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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2205113

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2205113

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2205113
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantLENOIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 26 septembre 2022, le 6 décembre 2022 et le 28 novembre 2023, M. C A, représenté par Me Lenoir, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2022 du préfet de l'Hérault portant refus de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour portant mention " bénéfice de la protection temporaire " ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui accorder le bénéfice de la protection temporaire et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 7 jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois suivant notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente faute de délégation régulière de signature ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation car il ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lesimple, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ukrainien né en 1969, déclare être entré en France en mars 2022, accompagné de membres de sa famille. Il a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour valable du 25 mars au 24 septembre 2022 au titre de la protection temporaire. Par décision du 22 septembre 2022 le préfet de l'Hérault lui a refusé le renouvellement de cette autorisation provisoire de séjour. M. A demande l'annulation de cette décision.

2. A titre liminaire, aux termes de l'article L. 581-2 : " Le bénéfice du régime de la protection temporaire est ouvert aux étrangers selon les modalités déterminées par la décision du Conseil de l'Union européenne mentionnée à l'article 5 de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001, définissant les groupes spécifiques de personnes auxquelles s'applique la protection temporaire, fixant la date à laquelle la protection temporaire entrera en vigueur et contenant notamment les informations communiquées par les Etats membres de l'Union européenne concernant leurs capacités d'accueil ". L'article L. 581-3 du même code précise que : " L'étranger appartenant à un groupe spécifique de personnes visé par la décision du Conseil mentionnée à l'article L. 581-2 bénéficie de la protection temporaire à compter de la date mentionnée par cette décision. Il est mis en possession d'un document provisoire de séjour assorti, le cas échéant, d'une autorisation provisoire de travail. Ce document provisoire de séjour est renouvelé tant qu'il n'est pas mis fin à la protection temporaire. Le bénéfice de la protection temporaire est accordé pour une période d'un an renouvelable dans la limite maximale de trois années. Il peut être mis fin à tout moment à cette protection par décision du Conseil. Le document provisoire de séjour peut être refusé lorsque l'étranger est déjà autorisé à résider sous couvert d'un document de séjour au titre de la protection temporaire dans un autre Etat membre de l'Union européenne et qu'il ne peut prétendre au bénéfice des dispositions de l'article L. 581-6 ". Enfin, aux termes de l'article L. 581-5 de ce code : " Un étranger peut être exclu du bénéfice de la protection temporaire dans les cas suivants : 1° Il existe des indices graves ou concordants rendant vraisemblable qu'il ait pu commettre un crime contre la paix, un crime de guerre, un crime contre l'humanité ou un crime grave de droit commun commis hors du territoire français, avant d'y être admis en qualité de bénéficiaire de la protection temporaire, ou qu'il s'est rendu coupable d'agissements contraires aux buts et aux principes des Nations unies ; 2° Sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public, la sécurité publique ou la sûreté de l'Etat ".

3. En premier lieu, la décision en litige est signée par Mme B, cheffe de la section asile de la préfecture de l'Hérault. Par un arrêté publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 30 août 2022, Mme B a reçu délégation à l'effet de signer les titres de séjour pour les réfugiés, bénéficiaires de la protection subsidiaire et les apatrides. S'il n'est pas expressément fait mention, dans cette délégation, de la délivrance des titres du régime de la protection temporaire, il résulte de ses termes qu'elle a pour objet de régir l'intégralité des décisions prises par la direction des migrations et de l'intégration, incluant les actes propres à ce régime, très rarement mis en œuvre, qui offre des garanties proches aux régimes applicables aux réfugiés et bénéficiaires de la protection subsidiaire. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, le préfet a motivé sa décision sur le fondement de l'article L. 581-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité compte tenu de la condamnation de M. A, par le tribunal judiciaire de Béziers le 22 août 2022, à une peine de trois mois d'emprisonnement délictuel assorti totalement de sursis probatoire de 18 mois, du fait de violences exercées de façon volontaire, en état d'ivresse, le 20 août 2022 sur sa femme et la mère de cette dernière.

5. L'intéressé fait valoir le caractère isolé de cet acte, le contexte particulier de tensions dans lequel il est intervenu et le soutien que lui apportent désormais son épouse et sa belle-mère, dans des attestations versées au débat. Toutefois, le jugement relève que les actes de violence commis ont induit une incapacité temporaire de sept jours sur chacune des deux victimes. Par ailleurs, lors de son audition par les services de police judiciaire, dont l'intervention a fait suite à l'appel de Mme A, cette dernière a déclaré que la violence physique à son encontre était un acte isolé mais a mentionné des violences verbales quotidiennes, depuis plus d'un an, et une volonté de se séparer de son époux du fait de son comportement agressif envers elle et sa fille âgée de sept ans, témoin des dites violences. Si Mme A fait désormais valoir qu'elle n'a pas mesuré la portée de ses déclarations et que l'absence d'interprète a pu conduire à une incompréhension, les propos qui sont retranscrits sont compréhensibles et sans incohérence. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent du séjour de l'intéressé sur le territoire et à la concomitance entre la condamnation pénale et la décision en litige, c'est sans méconnaître les dispositions précitées que le préfet a pu estimer que M. A constituait une menace à l'ordre public et refuser de renouveler son autorisation provisoire de séjour en qualité de bénéficiaire de la protection temporaire.

6. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige s'oppose à ce que M. A puisse exercer une activité professionnelle alors qu'il avait eu l'occasion de travailler en qualité de chauffeur de bus intérimaire entre juillet et septembre 2022. Toutefois, eu égard aux éléments ci-dessus détaillés, et malgré le conflit armé existant dans une partie de son pays d'origine, cette circonstance ne permet pas de conclure que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer l'autorisation provisoire de séjour sollicité.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du 22 septembre 2022 par laquelle le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler son autorisation provisoire de séjour en qualité de bénéficiaire de la protection temporaire doivent être rejetées. Par voie de conséquence il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. C A, au préfet de l'Hérault et à Me Lenoir.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 16 mai 2024.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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