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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2205224

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2205224

vendredi 23 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2205224
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantVEYRIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2022, M. D A, représenté par Me Veyrier, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner au préfet de lui communiquer son entier dossier ;

3°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault l'obligeant à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Veyrier en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de renonciation par ce dernier à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité ne disposant pas de la compétence pour ce faire ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle repose sur des informations issues de la consultation du fichier TAJ par un agent dépourvue d'habilitation ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de circulation sur le territoire français est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête :

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique.

Le rapport de Mme Bayada, rapporteure a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant roumain né le 30 novembre 1996, a été interpellé le 5 octobre 2022 et placé en garde à vue par les services de gendarmerie de la Grande-Motte pour des faits de violences aggravées par trois circonstances (refus de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'état alcoolique, port d'arme blanche de catégorie D et port d'armes de catégorie B) ainsi que pour blessures involontaires. Par un arrêté du 6 octobre 2022, le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai assorti d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de 3 ans.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à la production par le préfet de l'entier dossier de M. A :

3. Dès lors que l'affaire est en état d'être jugée et que le principe du contradictoire a été respecté, il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen unique dirigé contre l'ensemble des décisions :

4. Par un arrêté, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du 30 août 2022, Mme C B a reçu délégation de signature à l'effet de signer tout arrêté ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 40-28 du code de procédure pénale : " I. - Ont accès à la totalité ou, à raison de leurs attributions, à une partie des données mentionnées à l'article R. 40-26 pour les besoins des enquêtes judiciaires : / 1° Les agents des services de la police nationale exerçant des missions de police judiciaire individuellement désignés et spécialement habilités soit par les chefs des services territoriaux de la police nationale, soit par les chefs des services actifs à la préfecture de police ou, le cas échéant, le préfet de police, soit par les chefs des services centraux de la police nationale ou, le cas échéant, le directeur général dont ils relèvent. / () II. - Peuvent être destinataires des mêmes données : / 1° Les autres agents de l'Etat investis par la loi d'attributions de police judiciaire ; / 2° Les magistrats instructeurs () ; / 3° Les organismes de coopération internationale en matière de police judiciaire et les services de police étrangers () ".

6. L'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. La consultation du fichier des antécédents judiciaires d'un étranger en situation irrégulière sur le territoire français par un agent de police judiciaire, pour les besoins d'une enquête judiciaire relative aux infractions commises par ce dernier, qui vise à la mise en œuvre de pouvoirs de police judiciaire et relève de la compétence de la juridiction judiciaire, est manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative. L'autorité compétente pour décider d'une opération de police judiciaire ne saurait être le préfet, qui n'a pas la qualité d'officier de police judiciaire au sens de l'article 16 du code de procédure pénale. Il ne peut être excipé, à l'encontre d'une procédure administrative, du vice de procédure entachant la consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires opérée dans le cadre d'une enquête de police judiciaire, qui ne relève pas de l'autorité du préfet. En conséquence, l'éventuelle irrégularité procédurale de la consultation de ce fichier au cours d'une enquête de police judiciaire, pour défaut d'habilitation de l'agent de police judiciaire, est sans incidence sur la régularité de la procédure administrative par laquelle le préfet, après examen de la situation d'un étranger en situation irrégulière décide, sur le fondement des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de son éloignement à destination du pays de destination qu'il fixe, et assortit ses décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français.

7. En l'espèce, le préfet fait valoir que les informations contenues dans le fichier des antécédents judiciaires ont été portées à sa connaissance par les services de la police judiciaire dans le cadre de de l'enquête judiciaire conduite, à la suite son placement en garde à vue, pour "violences aggravées par trois circonstances ", et donnant lieu à la consultation, pour les besoins de l'enquête des données relatives aux antécédents judiciaires de l'intéressé par un agent de police judiciaire spécialement habilité conformément aux dispositions de l'article R. 40-28 du code de procédure pénale, et non par un agent de ses services et placé sous son autorité. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault ne justifierait pas de ce que l'agent placé sous son autorité ne disposait pas d'une habilitation à consulter un tel fichier manque en fait et doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ".

9. Il résulte de ces dispositions, qu'il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été interpellé, ainsi qu'il a été dit, pour des faits de violences aggravées par trois circonstances (refus de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'état alcoolique, port d'arme blanche de catégorie D et port d'armes de catégorie B) ainsi que pour blessures involontaires, faits pour lesquels le préfet fait valoir qu'il a été condamné à une peine d'emprisonnement ferme de six mois. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault a pu estimer, sans erreur d'appréciation, que le comportement de M. A constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de circulation :

11. Aux termes de l'article L. 251-4 de ce même code : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". Le sixième alinéa de l'article L. 251-1 de ce code, applicable aux interdictions de circuler en application de l'article L. 251-6 du même code, prévoit que : " L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

12. En l'espèce, la décision contestée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, et vise notamment l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, retrace le parcours de M. A en France, rappelle ses conditions de séjour sur le territoire français, et notamment les infractions pénales retenues à son encontre justifiant que sa présence sur le territoire français soit considérée comme une menace à l'ordre public, rappelle sa situation privée et familiale et relève qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant interdiction de circulation doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de l'arrêté du 6 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de circulation sur le territoire pour une durée de trois ans doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de l'Hérault et à Me Veyrier.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Bossi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2022.

La rapporteure,

A. BayadaLe président,

J.P. Gayrard

La greffière,

I. Laffargue

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 23 décembre 2022.

La greffière,

I. Laffargue

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