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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2205248

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2205248

vendredi 23 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2205248
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 octobre 2022, Mme G E, représentée par Me Berry, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2022, notifié le 26 juillet 2022, par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour sans délai, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros à Me Berry au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- la décision est signée par une autorité incompétente dès lors qu'elle ne disposerait pas d'une délégation de signature ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle méconnait l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision fixant le pays de retour :

- la décision est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 11 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B

- et les observations de Me Berry, représentant Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, née le 8 mai 1977, de nationalité béninoise, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2022, notifié le 26 juillet suivant par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé, pour le préfet de l'Hérault et par délégation, par Mme F A, sous-préfète chargée de mission auprès du préfet de l'Hérault. Par un arrêté du 9 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de l'Hérault a accordé à Mme F A, une délégation à l'effet de signer en cas d'absence ou d'empêchement de M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture, " tous actes, arrêtés, décisions, circulaires () relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault () " qui comprend " notamment la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers ". Cette délégation, qui est suffisamment précise, habilitait ainsi Mme A pour signer l'arrêté contesté portant refus de séjour et assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ;() " et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision de refus de délivrance de titre de séjour énonce clairement les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, dès lors, suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, l'article L 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger accueilli par les organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles et justifiant de trois années d'activité ininterrompue au sein de ce dernier, du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration, peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ". La requérante soutient que sa situation relève du champ d'application de l'article précité. Toutefois, les justificatifs produits par Mme E n'attestent de son activité en qualité de compagne d'Emmaüs qu'à compter du 1er avril 2019 et jusqu'au 12 mars 2020, soit une durée totale de onze mois. Elle ne peut dès lors se prévaloir de ce que sa situation respecterait les conditions prévues à l'article L 435- 2 nécessitant trois ans d'activité au sein d'un organisme assurant son accueil et son hébergement. Au surplus, l'intéressée ne justifie pas non plus de perspectives d'intégration au sein de l'organisme. Dès lors, c'est sans méconnaitre les dispositions précitées ou une erreur manifeste d'appréciation que le préfet de l'Hérault a pu refuser de délivrer un titre de séjour à Mme E sur ce fondement.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme E est entrée en France le 3 décembre 2016 munie d'un visa de court séjour valable jusqu'au 2 janvier 2017. Le 20 février 2018, elle a fait l'objet d'un refus de séjour assorti d'une décision portant obligation de quitter le territoire français et s'est maintenue depuis lors en situation irrégulière. Si Mme E a conclu le 27 janvier 2017 un pacte civil de solidarité avec un ressortissant français né le 27 juin 1941, ce dernier est décédé en juillet 2020. Mme E est célibataire et sans enfant à charge et ne justifie pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français ainsi que la rupture des liens avec son pays d'origine dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 39 ans. Si la requérante prétend avoir une résidence stable en France, elle justifie avoir été domiciliée au CCAS de Quimper jusqu'au mois d'octobre 2018, puis fournit des justificatifs de domicile épars pour les années 2017, 2018, 2019, 2020 et 2021. Enfin, si la requérante se prévaut de ses activités au sein d'Emmaüs, de son parcours de formation et de son activité professionnelle auprès de particuliers, elle ne démontre toutefois pas d'une insertion sociale particulière. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Hérault aurait méconnu son droit au respect de sa vie privée et familiale en lui refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale. Il s'ensuit que le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article L. 423-23 du code précité doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

8. Si la requérante soutient qu'elle devait se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu du fait qu'elle a été demandeur d'asile, qu'elle avait été autorisée à séjourner en France en qualité d'étranger malade et qu'elle justifiait d'une présence de dix ans sur le territoire, de tels éléments, au demeurant insuffisamment étayés par les pièces versées au dossier, ne caractérisent pas des motifs exceptionnels. Dès lors, c'est sans méconnaitre les dispositions précitées que le préfet de l'Hérault a pu prendre la décision querellée.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Au regard des motifs précisés au point 6, le moyen tiré d'une méconnaissance du droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision fixant pays de destination serait privée de base légale doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme E n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G E, au préfet de l'Hérault et à Me Berry.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Bossi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

J.-P. B L'assesseure la plus ancienne,

A. Bayada

La greffière,

I. Laffargue

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 23 décembre 2022.

La greffière,

I. Laffargue

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