vendredi 23 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2205281 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BARBAROUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 12 octobre 2022 et le 28 octobre 2022, ainsi qu'un mémoire complémentaire enregistré le 25 novembre qui n'a pas été communiqué, M. A B, représenté par Me Barbaroux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, ensemble le rejet de son recours gracieux du 5 octobre 2022.
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) subsidiairement, d'ordonner au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation sous les mêmes délais et astreinte ;
4°) en tout état de cause de condamner l'Etat à verser à Me Barbaroux une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour son conseil de renoncer à percevoir la partie contributive de l'Etat.
Il soutient que :
S'agissant du refus de séjour :
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de la durée de son séjour en France ;
- le préfet aurait du saisir la commission du titre de séjour dès lors qu'il justifie de plus de dix années de présence sur le territoire français ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît l'article L. 435-1 du code des étrangers et du droit d'asile au regard de sa situation personnelle.
S'agissant de la mesure d'éloignement :
- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;
- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
S'agissant du rejet du recours gracieux :
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
Par un mémoire, enregistré le 28 octobre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bayada, première conseillère,
- et les observations de Me Barbaroux représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né en 1971 à Sidi Slimane (Maroc) indique être entré en France en 1982, dans le cadre d'un regroupement familial. Il a bénéficié de plusieurs cartes de résident régulièrement renouvelés à compter de l'année 1987 jusqu'en 2017. Le 5 avril 2022, il a sollicité son admission au séjour en se prévalant de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 8 juillet 2022, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français. Par courrier du 14 septembre 2022, M. B a sollicité l'abrogation de ce refus de séjour, rejeté par une décision du 5 octobre 2022. Par sa requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté préfectoral du 8 juillet 2022 refusant son admission au séjour ensemble le rejet de la demande d'abrogation du refus de délivrance d'un titre de séjour.
Sur le refus de séjour :
2. En premier lieu, si le requérant soutient que le préfet de l'Hérault aurait relevé à tort qu'il a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine, alors qu'il a régulièrement résidé en France sous couvert de titres de séjour durant vingt ans, il ressort toutefois des termes même de l'arrêté attaqué que l'autorité préfectorale s'est fondé sur cette même durée de présence régulière en France pour apprécier le droit au séjour de l'intéressé. Par suite, et contrairement à ce que soutient le requérant, cette mention ne révèle pas un défaut d'examen de sa situation.
3. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
4. M. B soutient qu'il a fixé le centre de ses intérêts personnels en France, où il réside depuis son arrivée en 1982, avec le reste de sa famille et fait en outre valoir qu'il est dépourvu d'attaches au Maroc. S'il est constant que M. B a résidé en France pendant trente ans sous couvert de titres de séjour délivré pour le premier le 2 janvier 1987, puis renouvelés jusqu'au 1er janvier 2017, il ressort des pièces du dossier qu'après avoir formé une demande de renouvellement de ce titre de séjour le 14 novembre 2016, l'intéressé n'a pas donné suite à une demande de pièces complémentaires, réclamées par les services préfectoraux, et rejeté la demande de renouvellement. Alors que M. B fait valoir l'ancienneté et la continuité de son séjour sur le territoire national à compter de cette date, les pièces qu'il produit, composées d'une attestation de couverture maladie universelle établie en 2017 et 2018, de courriers émanant du département de l'Hérault relatives à des aides financières ponctuelles ainsi qu'un relevé bancaire sont insuffisantes à établir qu'il aurait continué de résider en France de manière habituelle depuis le 1er janvier 2017. Cette continuité n'est pas davantage établie par les attestations, peu circonstanciées versées au dossier. Par ailleurs, le requérant, célibataire et sans enfants, ne justifie pas d'une insertion particulière dans la société française. Enfin, le requérant n'établit pas être dépourvu d'attaches au Maroc. Dans ces conditions, M. B ne démontre pas que la décision en litige serait entachée d'une erreur de fait quant à la durée de sa présence sur le territoire national ni qu'elle porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Pour les mêmes motifs le préfet n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus de titre de séjour sur la situation personnelle de M. B.
5. En troisième et dernier lieu, en vertu du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'étranger d'apporter la preuve de sa présence habituelle pendant la période de dix ans.
6. S'il ressort des pièces du dossier en particulier du formulaire de demande de titre de séjour versé au débat par le préfet de l'Hérault, que M. B a uniquement sollicité le renouvellement d'un titre de séjour en se prévalant de sa vie privée et familiale mais n'a pas demandé son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité préfectorale a examiné son droit au séjour au regard de ces dispositions. Toutefois, et ainsi qu'il a été exposé au point, si le requérant prétend résider en France depuis plus de trente années à la date de l'arrêté contesté, l'intéressé n'établit pas, par les documents qu'il produit au dossier, essentiellement des cartes individuelles de couverture maladie universelle, un relevé bancaire ainsi que des courriers l'informant d'un octroi d'aide financière ponctuelle, sa résidence habituelle et continue en France, à compter du 1er janvier 2017. Par suite, le moyen tiré de ce que la commission du titre de séjour devait être saisie doit être écarté comme manquant en fait.
Sur la mesure d'éloignement :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français et tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, ne peut qu'être écarté.
8. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, les moyens tirés du défaut d'examen réel et complet de sa situation personnelle, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur la décision du 5 octobre 2022 rejetant la demande d'abrogation du refus de titre de séjour :
9. En premier lieu, la décision attaquée rappelle le refus de séjour ainsi que l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. B le 8 juillet 2022 et indique les raisons pour lesquelles le préfet de l'Hérault a décidé de confirmer sa précédente décision eu égard à l'absence d'éléments nouveaux justifiant l'abrogation demandée. Ces indications, qui ont permis à M. B de comprendre et de contester la décision prise à son encontre, étaient dès lors suffisantes. Par suite, le moyen tiré de la motivation insuffisante de la décision contestée doit être écarté.
10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 et en l'absence d'éléments de droit ou de fait nouveaux invoqués par le requérant, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ni l'annulation de la décision du 5 octobre 2022 rejetant la demande d'abrogation de l'arrêté du 8 juillet 2022. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, au préfet de l'Hérault et à Me Barbaroux
Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Bayada, première conseillère,
Mme Bossi, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2022.
La rapporteure,
A. BayadaLe président,
J.P. Gayrard
La greffière,
I. Laffargue
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 23 décembre 2022.
La greffière,
I. Laffargue
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026