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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2205316

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2205316

lundi 26 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2205316
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantABDOULOUSSEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête et mémoires, enregistrés les 13 et 28 octobre et 10 novembre 2022, M. D C, représenté par Me Abdouloussen, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2022 du préfet de l'Hérault portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi, et interdiction de retour d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté est incompétent ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- le refus d'accorder un délai de départ est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreurs de fait, de droit, et manifeste d'appréciation, au regard de l'article L. 612-2 du CESEDA ;

- l'interdiction de retour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 28 octobre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par décision du 23 novembre 2022, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à 25%.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- et les observations de Me Abdouloussen, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. C, ressortissant algérien né le 26 février 1975, a été interpellé le 11 octobre 2022 à Montpellier, et la police a trouvé à son domicile de faux documents d'identité italiens. M. C demande d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2022 du préfet de l'Hérault portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi, et interdiction de retour d'un an.

Sur les moyens communs aux décisions :

2. Par un arrêté du 22 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible au juge et aux parties, le préfet de l'Hérault a donné délégation à Mme E B, signataire de l'arrêté, cheffe de la section éloignement de la préfecture, aux fins de signer notamment les décisions relatives à la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. Il ressort de l'examen des décision contestées qu'elles comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, les moyens tirés de leur insuffisante motivation doivent être écartés.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

5. En vertu de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit. 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Si M. C soutient être arrivé en France en 2014 et s'être occupé de son grand-père jusqu'à son décès, il ne justifie pas d'un séjour continu sur le territoire. L'intéressé, célibataire sans enfant, disposait de faux documents d'identité italiens, et s'il a travaillé en France, y est sans ressource et en situation irrégulière depuis des arrêtés d'éloignement des 30 juillet 2014 et 30 juillet 2015, et il n'est pas isolé en Algérie où résident sa mère et sa fratrie. Le requérant ne peut utilement invoquer des promesses d'embauche qui sont postérieures à l'arrêté attaqué. Par suite, et nonobstant des attestations favorables produites, le moyen tiré de la violation des articles cités point 5 doit être écarté.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire soit entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et de l'examen de la décision contestée, que le préfet ait commis un défaut d'examen réel et complet de la situation de l'étranger. Par suite, ce moyen doit être écarté.

Sur le refus de délai de départ :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".

10. Eu égard aux constats opérés point 6, le refus d'un délai de départ, même si l'intéressé a un domicile à Montpellier, n'est pas entaché d'erreur de fait sur l'utilisation de faux documents d'identité et la soustraction à des mesures d'éloignement, ni n'est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, et il n'a pas méconnu l'article cité point 9. Par suite ces moyens seront écartés.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. Eu égard aux constats opérés point 6, l'interdiction de retour sur le territoire, limitée à un an, n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2022 du préfet de l'Hérault. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent aussi être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de l'Hérault.

Copie en sera transmise à Me Abdouloussen.

Après en avoir délibéré à l'issue de l'audience du 5 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2022.

Le président,

V. A

L'assesseure la plus ancienne,

B. Pater

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 4 janvier 2023.

Le greffier,

F. Balicki fb

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