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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2205317

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2205317

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2205317
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantESCALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 octobre 2022 et 12 mars 2023, Mme D E, représentée par Me Escale, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 août 2022 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Montpellier a décidé ne pas renouveler son contrat à durée déterminée ;

2°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Montpellier à lui verser la somme de 10 000 euros en raison de l'illégalité fautive de la décision portant non-renouvellement de son contrat à durée déterminée ;

3°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Montpellier de la réintégrer à son poste ou à un poste équivalent dans un délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- aucun motif tiré de l'intérêt du service ou pris en considération de la personne ne justifie la décision attaquée, celle-ci fait au contraire suite à ses arrêts de travail ;

- l'illégalité de cette décision est constitutive d'une faute dont elle est fondée à demander réparation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2022, le centre hospitalier universitaire de Montpellier conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25% par une décision du 7 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;

- et les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 16 avril 2020, Mme E a été recrutée par le centre hospitalier universitaire de Montpellier en qualité d'agente des services hospitaliers qualifiée affectée au bionettoyage, pour la période du 20 avril au 19 octobre 2020, par voie de contrat à durée déterminée renouvelé sans interruption à trois reprises jusqu'au 19 octobre 2022. Par une décision du 18 août 2022, le directeur général du contre hospitalier a informé l'intéressée que son contrat de travail ne serait pas renouvelé au-delà de son terme. Par sa requête, Mme E demande au tribunal d'annuler cette décision du 18 août 2022 et de condamner le centre hospitalier universitaire de Montpellier à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'illégalité fautive de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. A C, directeur adjoint des ressources humaines et de la formation du centre hospitalier universitaire de Montpellier, dont il ressort des pièces du dossier qu'il disposait d'une délégation consentie le 3 janvier 2022 par le directeur général de l'établissement et publiée au recueil spécial le 6 janvier 2022, à l'effet de signer, notamment, toutes décisions relatives à la gestion de la direction des ressources humaines et de la formation en cas d'absence ou d'indisponibilité de sa directrice, Mme B. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette dernière n'aurait pas été absente ou indisponible à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

3. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors applicable : " Sauf dérogation prévue par une disposition législative, les emplois civils permanents () des communes et de leurs établissements publics à caractère administratif sont () occupés soit par des fonctionnaires régis par le présent titre, () ". Aux termes de l'article 9-1 de la loi du 9 janvier 1986 relative à la fonction publique hospitalière dans sa version applicable au litige : " I - Les établissements peuvent recruter des agents contractuels pour assurer le remplacement momentané de fonctionnaires ou d'agents contractuels autorisés à exercer leurs fonctions à temps partiel ou indisponibles en raison d'un congé () Le contrat est conclu pour une durée déterminée. Il est renouvelable, par décision expresse, dans la limite de la durée de l'absence de l'agent à remplacer () ".

4. L'administration peut toujours, pour des motifs tirés de l'intérêt du service ou pris en considération de la personne, ne pas renouveler le contrat d'un agent public recruté pour une durée déterminée et, par là même, mettre fin aux fonctions de cet agent, sans que ce dernier puisse se prévaloir que la conclusion du contrat dont il a bénéficié aurait créé des droits à son profit. Il appartient à l'autorité administrative, lorsque l'agent soutient que la décision de renouvellement n'a pas été prise dans l'intérêt du service, d'indiquer, s'ils ne figurent pas dans la décision, les motifs pour lesquels il a été décidé de ne pas renouveler le contrat. A défaut de fournir ces motifs, la décision de non renouvellement doit alors être regardée comme ne reposant pas sur des motifs tirés de l'intérêt du service.

5. Mme E soutient que le non-renouvellement de son contrat de travail à durée déterminée ne repose sur aucun motif tiré de l'intérêt du service ou pris en considération de la personne, mais fait suite à ses arrêts de travail. Toutefois, le centre hospitalier universitaire de Montpellier fait valoir que la décision attaquée est fondée sur la manière de servir de Mme E et sur les difficultés rencontrées en terme de compétences attendues sur le poste qu'elle occupe. A cet effet il produit le compte-rendu d'évaluation professionnelle de l'année 2021 selon lequel l'intéressée doit approfondir ses prestations, respecter les horaires, prendre conscience de l'importance du travail en équipe en gardant son positionnement sans se substituer au responsable et faire preuve de discrétion et de réserve. Le dernier compte-rendu d'évaluation professionnelle du 22 juin 2022 relate également un manque d'autonomie et de compréhension des particularités d'un service d'urgence, l'équipe soignante devant régulièrement répéter les consignes pour une meilleure fluidité dans la prise en charge des patients, précise que l'intéressée doit faire attention à son langage parfois trop familier envers ses collègues de travail et lors des réunions de service, que si elle se plaint régulièrement d'être " la seule à tout faire et que les autres ne font rien ", il ne lui a toutefois pas été demandé d'effectuer des tâches supplémentaires à celles figurant dans sa fiche de poste, et que Mme E doit veiller à prévenir rapidement son encadrement en cas d'absence afin de ne pas désorganiser le service. Il ressort également des pièces du dossier que suite à cette évaluation, le directeur des investissements et de la logistique, supérieur hiérarchique de Mme E, a porté un avis négatif sur son renouvellement de contrat au motif " 2ème évaluation négative, les remarques ne sont toujours pas prises en compte ". Dans ces conditions, et alors que Mme E ne produit aucun élément permettant de supposer que l'établissement aurait refusé de renouveler son contrat en raison de son état de santé, et dès lors qu'elle ne conteste pas sérieusement les motifs tenant à l'intérêt du service invoqué par le centre hospitalier, elle n'est pas fondée à soutenir que l'établissement ne pouvait légalement refuser de renouveler son contrat.

6. Il résulte de ce précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 18 août 2022 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Montpellier a décidé ne pas renouveler son contrat à durée déterminée.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. Il résulte de ce qui a été exposé au point 5 ci-dessus, qu'en décidant de ne pas renouveler le contrat à durée déterminée de Mme E pour un motif tiré de l'intérêt du service, le centre hospitalier universitaire de Montpellier n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité. Par suite, en l'absence de faute, Mme E n'est pas fondée à demander réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi, lequel n'est en tout état de cause pas établi par la requérante.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité des conclusions indemnitaires, que celles-ci doivent être rejetées comme non fondées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier, qui n'est pas la partie perdante, la somme que demande Mme E au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

11. En second lieu, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par le centre hospitalier universitaire de Montpellier lequel n'a pas eu recours à un avocat dans la présente instance et n'établit pas avoir supporté des frais spécifiques.

DECIDE:

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier universitaire de Montpellier présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, au centre hospitalier universitaire de Montpellier et à Me Escale.

Délibéré après l'audience du 18 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 16 janvier 2024.

Le greffier,

F. Balickifb

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