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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2205334

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2205334

lundi 26 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2205334
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête, enregistrée le 14 octobre 2022, M. D A, représenté par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté 2022/340/589 du 9 août 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un certificat de résidence algérien dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, au besoin sous astreinte, et subsidiairement, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

Les décisions :

- sont entachées d'un vice d'incompétence de son signataire.

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée et ne résulte pas d'un examen particulier de sa situation, en ce que le préfet indique à tort qu'il a l'ensemble de sa famille en Algérie, à savoir ses parents, sa sœur et ses deux frères et ne mentionne pas l'article 5 de l'accord franco-algérien qui comporte des dispositions relatives à la délivrance d'un certificat de résidence aux algériens qui souhaitent exercer en France une activité non salariée ;

- est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnait l'article 7 c) de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 et d'une erreur manifeste d'appréciation, en ce que le préfet de l'Hérault aurait donc dû tenir compte de sa situation particulière sans se borner à retenir le montant des revenus industriels et commerciaux déclarés ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en ce qu'il a sa vie personnelle et sociale en France et que ses frères ne résident plus en Algérie ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 6 5° de l'accord franco algérien quant à son intégration et ses attaches en France où il vit depuis plus de 6 ans ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

La décision d'obligation de quitter le territoire :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation.

Par une décision du 17 octobre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. A.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 28 décembre 1968 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, rapporteur ;

- et les observations de Me Misslin se substituant à Me Bautes, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, né le 9 décembre 1990, entré sur le territoire national le 26 août 2016 muni d'un passeport revêtu d'un visa D de Transit Schengen à entrées multiples mention " étudiant ", a obtenu le 12 janvier 2017, un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant ", valable du 4 octobre 2016 au 3 octobre 2017, renouvelé jusqu'au 3 octobre 2018, puis a obtenu le 11 juin 2018, un certificat de résidence algérien portant la

mention " artisan ", valable du 27 avril 2018 au 26 avril 2019, renouvelé jusqu'au 26 avril 2022. Il a sollicité le 18 février 2022, le renouvellement de son dernier titre de séjour et la délivrance d'un certificat de résidence algérien de 10 ans. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 9 août 2022, en tant que le préfet de l'Hérault rejette sa demande de renouvellement de titre de séjour et lui fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours.

Sur le moyen commun tiré de l'incompétence du signataire des décisions :

2. Le préfet de l'Hérault justifie de la délégation, donnée par arrêté du 1er août 2022 et publiée au recueil spécial des actes administratifs n°106 de la même date, à M. B C, sous-préfet de Béziers, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault par intérim, à l'effet de signer tous les actes relatifs à la police des étrangers. Par suite, ce dernier était compétent.

Sur le refus de renouvellement du certificat de résidence " artisan " :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le refus de renouvellement de titre de séjour mentionne les éléments de fait propres à la situation professionnelle et personnelle de M. A et les textes applicables, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'accord franco-algérien du 28 décembre 1968. La circonstance que le préfet n'ait pas mentionné l'article 5 de l'accord franco-algérien n'est pas, dans ces circonstances, de nature à faire regarder cette motivation comme insuffisante. Dès lors, la décision attaquée, qui énonce ainsi les éléments de fait et de droit sur lesquels elle se fonde, est suffisamment motivée au regard des dispositions précitées. M. A n'est de même pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation familiale au seul motif tiré de ce que l'arrêté mentionne la résidence de deux frères en Algérie alors que M. A avait indiqué qu'un seul de ses frères y réside.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis ". Aux termes de l'article 7 du même accord : " () c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité ". Il résulte de ces stipulations que le préfet, saisi d'une demande de renouvellement d'un certificat de résidence en qualité d'artisan, est en droit de vérifier le caractère effectif de l'activité artisanale d'un ressortissant algérien justifiant de son inscription au registre des métiers.

6. Le préfet de l'Hérault a refusé de faire droit à la demande de M. A de renouvellement du certificat de résidence algérien mention " artisan " obtenu sur le fondement de l'article 7 c) de l'accord franco-algérien, au motif qu'il ne justifie pas de l'exercice effectif de son activité et exerce une activité salariée non autorisée. Le requérant fait valoir que, bien que les revenus industriels et commerciaux dégagés par sa société de nettoyage créée en 2018 ne soient pas particulièrement élevés, il s'est toujours investi dans le développement de son entreprise. Toutefois, il ressort des pièces produites qu'il a déclaré à l'administration fiscale des salaires d'un montant de 2 012 euros pour l'année 2019, de 2 860 euros pour l'année 2020, et de 2 067 euros pour l'année 2021 et au titre de ces mêmes années, des revenus industriels et commerciaux d'un montant de 8 000 euros pour l'année 2019, de 4 100 euros pour l'année 2020 et nuls pour l'année 2021. Dans ces circonstances, M. A, qui se borne à alléguer, pour toute explication, l'impact de la crise de la Covid, ne justifie pas du caractère effectif de son activité artisanale.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 5) de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Il est constant que M. A, âgé de 32 ans, est célibataire, sans enfant, sans famille en France où il vit depuis six ans, et que ses parents, une sœur et un frère vivent à Guelma en Algérie. Dans ces circonstances, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, notamment au regard des stipulations de l'article 6 5) de l'accord franco-algérien précité doivent être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la décision de refus de renouvellement du certificat de résidence algérien " artisan " doivent être rejetées.

Sur la légalité de la décision d'obligation de quitter le territoire :

10. La décision portant refus de séjour n'étant, eu égard à ce qui vient d'être dit, pas entachée d'illégalité, l'exception d'illégalité soulevée par M. A sera écartée.

11. Pour les mêmes motifs qu'exposés au point 7, la décision obligeant M. A à quitter le territoire ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l' article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. D A et au préfet de l'Hérault.

Copie en sera transmise à Me Bautes.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 202La rapporteure,

B. Pater

Le président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 4 janvier 2023.

Le greffier,

F. Balicki

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