jeudi 22 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2205433 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 octobre 2022, M. C B, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Hérault lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer sans délai un titre de séjour, ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et dans ces deux hypothèses d'assortir l'injonction d'une astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence, son signataire disposant d'une compétence trop générale pour être régulière ;
- il est entaché d'erreur de droit dès lors qu'il appartient à l'administration de justifier de ce que l'employeur n'aurait pas répondu à la demande de complément que lui a adressée la plateforme de main d'œuvre étrangère ;
- le non-respect des obligations qui découlent de l'article R. 5221-23 du code du travail et de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant que travailleur saisonnier ne peut légalement justifier un refus de titre de séjour " salarié ", alors, en outre, qu'il a bénéficié d'un récépissé de demande de titre de séjour ;
- le préfet ne pouvait lui opposer l'absence de visa de long séjour pour rejeter sa demande de changement de statut dès lors qu'il bénéficiait de titres de séjour depuis 2009 ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale car elle l'empêche de déposer une nouvelle demande de titre de séjour alors qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche pour un métier en tension pour lequel il justifie de ses compétences et d'une réelle expérience professionnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par décision du 20 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
-le code du travail ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rigaud, présidente,
- et les observations de Me Brulé, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 20 mars 1978, a sollicité, le 19 novembre 2021, le changement de statut de " travailleur saisonnier " en " salarié ". Par arrêté du 20 juillet 2022, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre demandé et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours. Par sa requête, il sollicite l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022.03.DRCL.166 du 9 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 39 du 10 mars 2022, le préfet de l'Hérault a accordé à Mme E A, sous-préfète, secrétaire générale adjointe de la préfecture de l'Hérault, une délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture, " tous actes, arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault () ". A ce titre, cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Cette délégation de signature habilitait ainsi Mme A à signer l'arrêté portant refus de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, et dès lors qu'il n'est ni établi, ni même allégué que M. D n'aurait pas été empêché, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable d'un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' () ". Aux termes de l'article L.421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ". Aux termes de l'article L. 5221-5 du code du travail : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. / () ". Aux termes de l'article R. 5221-5 du même code : " () II. - La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. / () Tout nouveau contrat de travail fait l'objet d'une demande d'autorisation de travail. ".
4. Il résulte de ces stipulations et dispositions qu'un ressortissant marocain doit disposer d'une autorisation de travail et d'un visa long séjour pour obtenir un titre de séjour en qualité de salarié. Or, pour rejeter la demande de M. B, le préfet de l'Hérault s'est notamment fondé sur le fait que l'intéressé a produit une demande d'autorisation effectuée le 30 mai 2022 par la société " Moussaouis " et que la plateforme de main d'œuvre étrangère a clôturé d'office cette demande au motif que la demande de complément adressée à cette société est restée sans suite. Le préfet doit ainsi être regardé comme ayant opposé à la demande de M. B l'absence de détention préalable, à l'appui de sa demande, d'une autorisation de travail, nécessaire à l'exercice d'une activité salariée. Il ressort en effet des pièces du dossier qu'une demande de complément adressée à cet employeur est restée sans suite et que les services préfectoraux ont, par suite, clôturé d'office la demande d'autorisation de travail. En se bornant à soutenir qu'il appartient à l'administration d'en justifier, le requérant ne conteste pas les motifs du refus d'autorisation de travail ainsi opposés par le préfet de l'Hérault. Par suite, le préfet était fondé, en application des dispositions précitées au point 3, à refuser la demande de titre de séjour " salarié " de M. B.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation de demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un document de séjour, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour. ".
6. Ces dispositions n'ont pas pour effet de dispenser l'étranger de la production d'un visa long séjour lorsqu'elle est requise pour la première délivrance d'un document de séjour mais d'imposer à l'étranger qui n'aurait pas effectué sa demande de renouvellement dans les délais prescrits de justifier d'un tel visa, sa demande devant regardée comme tendant à la première délivrance d'un titre de séjour de même nature.
7. Pour rejeter la demande de M. B tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", le préfet de l'Hérault s'est également fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé ne justifiait pas d'un visa de long séjour.
8. S'il est constant que M. B a déposé sa demande de document de séjour dans le délai de six mois après la date d'expiration de son titre, en novembre 2021, ledit titre portait la mention de travailleur saisonnier. Or, un tel titre ne saurait légalement se substituer au visa de long séjour exigé par les dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce second motif était donc également fondé.
9. Si M. B soutient que le préfet ne pouvait légalement lui opposer la méconnaissance des obligations fixées à l'article R. 5221-23 du code du travail et à l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant que travailleur saisonnier dès lors qu'il bénéficiait, à la fin de la période de six mois, d'un récépissé de demande de titre de séjour lui permettant de rester en France, il ressort cependant des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur les seuls motifs analysés aux points 4 à 8 du présent jugement.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". L'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
11. M. B se prévaut des titres de séjours en qualité de travailleur saisonnier dont il a bénéficié depuis 2009, de ses contrats de travail, en dernier lieu du contrat à durée indéterminée que lui offre la société " Moussaouis " en qualité de bûcheron, et de ses compétences professionnelles. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant n'a séjourné sur le territoire français qu'en qualité de travailleur saisonnier pour une durée moyenne de six mois par an et qu'il ne conteste pas sérieusement avoir satisfait à son obligation de retour dans son pays d'origine à l'expiration de chacun de ces contrats, hormis à compter du mois de novembre 2021. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquelles il a été pris et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. En dernier lieu, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire que la décision portant obligation de quitter le territoire ferait obstacle à ce que M. B puisse déposer une demande de titre de séjour en qualité de salarié s'il justifie remplir les conditions requises.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lison Rigaud, présidente,
Mme Isabelle Pastor, première conseillère,
M. François Goursaud, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.
La présidente-rapporteure,
L. Rigaud
L'assesseure la plus ancienne,
I. PastorLa greffière
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 22 décembre 202La greffière,
A. Junon
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026