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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2205537

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2205537

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2205537
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP VIAL-PECH DE LACLAUSE-ESCALE-KNOEPFFLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 octobre 2022, M. B C, représenté par Me Chninif, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire en fixant le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a décidé de l'assigner à résidence dans le département des Pyrénées-Orientales pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de procéder à un nouvel examen de sa demande de titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'arrêté en litige :

- le signataire de l'arrêté contesté n'était pas compétent pour ce faire ;

- il est insuffisamment motivé ;

Sur la décision refusant son admission au séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet a rejeté sa demande de parent d'enfant étranger malade sans recueillir au préalable l'avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle méconnaît les stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors notamment qu'il a deux enfants avec son épouse, laquelle a deux autres enfants issus d'un premier lit et pour lesquels un droit de visite du père a été mis en place ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, la qualité de parent d'enfant d'étranger malade s'appliquant également aux ressortissants algériens ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il présente des garanties de représentation.

Sur la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle porte atteinte à sa vie privée et familiale ;

- la durée de la mesure est disproportionnée.

Sur la décision prononçant son assignation à résidence :

- elle est illégale eu égard à l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- le préfet a méconnu le champ d'application de la loi dès lors que l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut s'appliquer à une mesure d'éloignement sans délai reconduite et non récemment édictée ;

- elle est injustifiée puisqu'il présente des garanties de représentation suffisantes et que le consulat refuse de lui délivrer un autre passeport.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2022, le préfet des Pyrénées - Orientales, représenté par la SCP Vial, Pech de Laclause, Escale, Knoepfller, Huot, Piret et Joubes, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle comporte des conclusions tendant à " dire et juger " ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Un mémoire, produit pour M. C, a été enregistré le 12 décembre 2022 à 23 heures 59, soit postérieurement à la clôture de l'instruction intervenue trois jours francs avant l'audience, et n'a pas été communiqué.

Vu :

- le jugement n° 2205449 du tribunal en date du 24 octobre 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Goursaud, premier conseiller,

- et les observations de Me Agier, représentant le préfet des Pyrénées-Orientales.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien, né en 1978, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 24 octobre 2018. Le 24 septembre 2019, il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée le 29 novembre 2019 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Par un arrêté du 10 juillet 2020, M. C a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire sans délai, devenue définitive. Le 15 juillet 2020, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 8 novembre 2021, le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de l'admettre au séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une assignation à résidence. Le tribunal de céans a confirmé la légalité de cet arrêté. M. C a, le 10 octobre 2022, sollicité la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant mineur malade en faisant valoir l'état de santé de son fils A âgé de 2 ans. Par un arrêté du 17 octobre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales a de nouveau refusé de lui octroyer le titre de séjour sollicité et lui a, pour la troisième fois, fait obligation de quitter le territoire français sans délai, assortissant cette mesure d'éloignement d'une assignation à résidence et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. C vous demande d'annuler ce dernier arrêté.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un jugement n° 2205449 du 24 octobre 2022, la magistrate désignée en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a statué sur les conclusions en annulation présentées par M. C à l'encontre de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 17 octobre 2022 en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sans délai, lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et porte assignation à résidence, sans se prononcer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant rejet de la demande de titre de séjour de M. C, dont l'examen relève de la compétence de la formation collégiale de ce tribunal. Par suite, il y a lieu de statuer, dans le cadre de la présente instance, que sur les conclusions en annulation dirigées contre la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et sur les conclusions qui lui sont accessoires.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

3. Aux termes de l'article 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C demande dans sa requête de " dire et juger que l'arrêté préfectoral du 17 octobre 2022 pris par le préfet des Pyrénées - Orientales est illégal et doit être annulé ". De telles conclusions doivent être regardées comme tendant à l'annulation de l'arrêté contesté et non comme de simples conclusions en déclaration de droits. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense ne peut qu'être écartée.

Sur le refus de titre de séjour :

5. Aux termes de l'article 3-1 de la convention de New York susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C est marié avec une ressortissante algérienne titulaire d'une carte de résident et mère de deux enfants nés les 6 août 2019 et 25 juin 2020 de cette union, et de deux enfants de nationalité française nés d'une précédente union. Le requérant verse au dossier un certificat médical du 23 août 2022 attestant que les troubles du comportement débutants chez le jeune A alors âgé de deux ans nécessitent sa présence auprès de ce dernier tandis qu'il ressort du projet personnalisé de l'enfant qu'il participe à son éducation. Dans les circonstances de l'espèce, l'exécution de la décision litigieuse aurait pour effet de priver durablement les enfants de M. C de la présence de leur père, en l'absence de possibilité de reconstitution de la cellule familiale en Algérie, eu égard à la nationalité des deux premiers enfants de son épouse, dont elle a la garde. Dans ces conditions, et alors que le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas estimé nécessaire de saisir le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour statuer sur la demande d'accompagnant d'un enfant malade du requérant, M. C est fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de sa requête, à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Pyrénées-Orientales délivre à M. C un certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer ce titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. D'une part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme supplémentaire à celle déjà allouée au conseil de M. C par la magistrate désignée. Les conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par le requérant doivent donc être rejetées. D'autre part, les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de M. C, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 17 octobre 2022 du préfet des Pyrénées-Orientales est annulé en tant qu'il refuse à M. C la délivrance d'un titre de séjour.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales de délivrer à M. C un certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par le préfet des Pyrénées-Orientales au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

Mme Sophie Crampe, première conseillère,

M. François Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le rapporteur,

F. Goursaud

La présidente,

L. Rigaud

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 22 décembre 2022.

La greffière,

A. Junon0000

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