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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2205575

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2205575

jeudi 29 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2205575
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP RECHE - GUILLE MEGHABBAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 octobre 2022, M. A B, représenté par la SCP Reche-Guille Meghabbar, demande au tribunal :

1°) l'annulation de l'arrêté du 10 septembre 2022 pris par le préfet de l'Aude portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aude de l'admettre au séjour au titre de sa vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Aude de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir après avoir saisi la commission du titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure faute de saisine de la commission du titre de séjour alors qu'il a une ancienneté de séjour de plus de dix ans ;

- l'ancienneté de son séjour et son insertion professionnelle justifiaient la régularisation de sa situation sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile tel qu'interprété par la circulaire du 28 novembre 2012 et la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet a commis une erreur de droit en ne vérifiant pas son droit au séjour au titre de sa vie privée et familiale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lesimple, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 10 septembre 2022 le préfet de l'Aude a refusé de délivrer à M. B, ressortissant marocain né en 1990, un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

3. M. B, qui soutient être entré en France le 1er janvier 2011 ne l'établit pas. Par ailleurs, une ordonnance établie en France le 1er mars 2011, un courrier adressé par l'administration le 20 juin 2013 et une facture pour des travaux informatiques établie le 7 juillet 2014 ne sont pas de nature à établir la continuité de son séjour en France entre 2011 et 2018. Alors qu'aucune autre pièce n'atteste de la présence en France de l'intéressé avant 2019, ce dernier n'établit pas résider habituellement sur le territoire français depuis plus de dix ans et le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées en s'abstenant de saisir la commission du titre de séjour.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' () ". L'article 9 du même accord stipule que : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ".

5. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

6. Il résulte de ce qui précède que le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour contester la décision en litige qui lui refuse la délivrance d'un titre de séjour en sa qualité de salarié.

7. Par ailleurs, M. B ne peut utilement se prévaloir des critères de régularisation prévus par la circulaire du 28 novembre 2012 dès lors que cette circulaire se borne à énoncer des orientations générales destinées à éclairer les préfets dans l'exercice de leur pouvoir de régularisation des étrangers. Cette circulaire est donc dépourvue de caractère réglementaire et ne comporte pas de lignes directrices dont les administrés pourraient se prévaloir devant le juge administratif.

8. Enfin, si l'intéressé produit deux contrats de travail en qualité d'ouvrier polyvalent dans le bâtiment du 9 janvier 2020 au 29 février 2020 ainsi que des documents, non définitifs, datés de mars 2021, relatifs à la création d'une société dont il détiendrait des parts, ces éléments ne permettent pas d'établir son insertion professionnelle sur le territoire. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation que le préfet a pu refuser de régulariser sa situation en sa qualité de salarié.

9. En troisième lieu, à supposer que le requérant ait entendu faire valoir la possibilité de se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vue d'obtenir une admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale, il n'allègue ni n'établit avoir présenté une telle demande. En tout état de cause, le requérant n'établit pas avoir été présent en France avant 2019 et il ne fait état d'aucune attache familiale ou sociale sur le territoire. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser son séjour.

10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de M. B. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonctions ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Aude.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 29 décembre 2022.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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