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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2205614

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2205614

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2205614
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationVice-Président ENCONTRE
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 juin 2022 par laquelle par la commission de médiation de l'Hérault a rejeté sa demande de logement présentée dans le cadre des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation, à titre principal, de reconnaître le caractère prioritaire de sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil.

Elle soutient que :

- la régularité de la composition de la commission de médiation n'est pas démontrée ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que les travaux visant à remédier à l'indécence de son logement n'ont pas été réalisés ;

- suite au refus du bailleur de procéder à leur relogement, elle est hébergée chez sa belle-mère avec son époux et ses trois enfants mineurs, , dans un logement en situation de suroccupation et est enceinte de son quatrième enfant ;

- elle est en attente d'un logement social dans un délai anormalement long et ne dispose pas des ressources pour se loger dans le parc privé.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 avril 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une décision du 12 octobre 2022, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Encontre, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Encontre,

- les observations de Me Bautes, représentant Mme A,

- les observations de Mme C, représentant le préfet de l'Hérault.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a saisi la commission de médiation du département de l'Hérault afin que sa demande de logement social soit reconnue comme prioritaire et urgente. La commission a rejeté sa demande par une décision du 7 juin 2022, notifiée le 17 juin suivant, dont Mme A par la présente requête, doit être regardée comme demandant l'annulation de cette décision.

2. Si la requérante conteste la régularité de la composition de la commission de médiation de l'Hérault, le préfet de l'Hérault en défense justifie par les pièces qu'il produit de la régularité de la composition de la commission. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement sur-occupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap (). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement. Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y'a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte des démarches précédemment effectuées. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social et qui se trouvent dans l'une des situations suivantes : () - - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 () - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance () - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées au 2° de l'article D. 542-14 du code de la sécurité sociale, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. " Aux termes de l'article R. 822-25 du même code : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus. "

4. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article L. 441-1-4-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Toutefois, au titre de l'appréciation de la bonne foi du demandeur, la commission de médiation peut légalement tenir compte de la circonstance que l'intéressé a refusé récemment et sans motif légitime une offre de logement correspondant à ses besoins et capacités. Ne peut être regardé comme de bonne foi, au sens de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, le demandeur qui a délibérément créé par son comportement la situation rendant son relogement nécessaire.

5. S'il est constant que Mme A n'a reçu aucune proposition de logement dans un délai anormalement long, il résulte de ce qui vient d'être exposé ci-dessus que la commission de médiation de l'Hérault pouvait, sans commettre d'erreur de droit, examiner la situation d'ensemble du requérant au regard notamment des conditions dans lesquelles il est logé.

6. Pour rejeter la demande de logement de Mme A, la commission de médiation a constaté que l'intéressée, déclarant être hébergée par sa belle-mère avec ses trois enfants mineurs et se trouver dans un logement en situation de suroccupation, était locataire d'un appartement présentant des signes d'indécence mais qu'elle avait décidé de résilier son bail en décembre 2021, après la réalisation des travaux requis, effectués par le bailleur le 29 octobre 2021. Ainsi, la commission de médiation doit être regardée comme s'étant fondée sur le fait que les conditions d'hébergement de Mme A lui étaient imputables, dès lors qu'elle avait quitté sans motif légitime le logement dont elle disposait et que, par suite, il n'y avait pas d'urgence à la reloger.

7. Mme A fait valoir qu'elle a dû quitter le logement qu'elle occupait en décembre 2021, en raison de son état d'indécence constaté par un rapport du service d'hygiène et de santé de la ville du Montpellier du 20 janvier 2021 mentionnant des infiltrations d'eau, une forte humidité et un défaut de ventilation. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport établi le 10 janvier 2022 par l'expert désigné par le tribunal judiciaire de Montpellier le 2 juin 2021, que divers travaux ont été réalisés tout du long de l'année 2021, notamment en ce qui concerne de l'étanchéité de la terrasse, la réfection des joints de dilatation, des embellissements et la dératisation des lieux et que seule une amélioration de la ventilation de l'appartement restait à effectuer. Si Mme A soutient qu'à la date à laquelle elle a donné son congé, aucun des travaux requis n'avait été réalisé à l'intérieur du logement, elle ne l'établit pas, le rapport de l'expert attestant de ce que l'essentiel des travaux avait été effectué et la requérante ne démontre, ni même n'allègue, que le bailleur aurait refusé de procéder aux travaux résiduels à réaliser. En outre, contrairement à ce que soutient Mme A, des propositions de relogement lui ont été faites, qu'elle a refusées en raison de la localisation et de la superficie du logement ou, pour un logement situé au 13ème étage, de difficultés d'accès aux ascenseurs en raison du nombre de résidents dans l'immeuble. Ainsi, la commission de médiation a pu, à bon droit, prendre en considération les éléments antérieurs à sa saisine, relatifs aux conditions de logement de Mme A, et considérer que la situation d'hébergement dans laquelle se trouve la requérante relevait de son fait et, par suite, qu'elle s'était elle-même placée dans la situation d'urgence invoquée, sans que la décision attaquée puisse être regardée comme entachée d'une erreur d'appréciation au motif que la modicité des ressources de Mme A ne lui permetrait pas de se loger dans le parc locatif privé.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée en date du 7 juin 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement et à Me Bautes.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023

La magistrate désignée,

S. Encontre

Le greffier

D. Lopez

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 décembre 2023,

Le greffier,

D. Lopez lr

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