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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2205645

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2205645

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2205645
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantFORUM REFUGIES - CENTRE DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE DE PERPIGNAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2022, M. F C alias F B demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

* S'agissant de la décision portant refus de l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

* S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et de signalement à fin de non admission dans le système d'information Schengen :

- elle est privée de base légale en présence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il n'y a pas lieu de statuer sur la requête ;

- les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gayrard, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F C alias F B, né le 25 novembre 2001 de nationalité marocaine, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2022, notifié le même jour, par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays où il est légalement admissible, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

5. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 28 octobre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales a retiré son arrêté du 26 octobre 2022 mais a repris une décision visant " M. A se disant M. F C " portant obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays où il est légalement admissible assorti d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Il s'ensuit que, d'une part, les conclusions présentées par M. C contre l'arrêté du 26 octobre 2022 doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté du 28 octobre 2022 et, d'autre part, que l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet des Pyrénées-Orientales doit être écartée.

En ce qui concerne l'arrêté attaqué :

6. L'arrêté contesté est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales et par délégation, par Jean-Marc D, directeur de la citoyenneté et de la migration de la préfecture des Pyrénées-Orientales. Par un arrêté du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet des Pyrénées-Orientales a accordé à M. E D, une délégation à l'effet de signer les décisions relatives à la " mise en œuvre des mesures concernant les étrangers en situation irrégulière : éloignement () ". Cette délégation, qui est suffisamment précise, habilitait ainsi M. D pour signer un arrêté portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la mesure de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ;() " et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

8. La décision portant obligation de quitter le territoire français énonce clairement les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, dès lors, régulièrement motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Compte tenu du retrait effectué sur le premier arrêté du 26 octobre 2022, le requérant ne peut utilement faire valoir que le préfet des Pyrénées-Orientales a indiqué à tort qu'il aurait pénétré sur le territoire français muni d'un visa alors qu'il est entré de façon clandestine, qu'il aurait fait l'objet d'une mesure d'éloignement en 2020 ou qu'il n'aurait pas tenu compte de son titre de séjour espagnol dès lors que le préfet a corrigé ces points dans son nouvel arrêté du 28 octobre 2022. Il ne ressort, ni de la motivation des décisions en litige, ni d'aucune des pièces produites, que le préfet des Pyrénées-Orientales n'aurait pas procédé à l'examen réel et sérieux de la situation de M. C préalablement à l'édiction de l'arrêté litigieux et compte tenu des informations portées à sa connaissance. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 621-1 du même code : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. () ".

10. Si M. C soutient que le préfet des Pyrénées-Orientales a commis une erreur de droit en n'examinant pas s'il y avait lieu de le réadmettre en priorité en Espagne, il ressort des pièces du dossier que son titre de résidence temporaire est arrivé à expiration le 17 juin 2020, et que, par une décision du 24 mars 2021, les autorités espagnoles ont refusé la délivrance d'une autorisation de séjour avec obligation de quitter le territoire espagnol. Dans ces conditions et en tout état de cause, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire :

11. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

12. Pour contester la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire, M. C se borne à alléguer, sans en justifier, que c'est à tort que le préfet des Pyrénées-Orientales a considéré qu'il présentait un risque de fuite. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré irrégulièrement en France et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre, est sans domicile fixe, et dépourvu de tout document de voyage ou d'identité, a usé de plusieurs identités afin de ménager sa clandestinité au regard du séjour, caractérisant le risque de fuite. Par suite, en l'absence de toute circonstance particulière, le préfet des Pyrénées-Orientales a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Ce moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français et inscription au fichier du système d'information Schengen :

13. En l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait privée de base légale doit être écarté.

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

15. Il résulte de l'arrêté attaqué qu'avant de prendre à son encontre cette décision et d'en fixer la durée à deux ans, le préfet des Pyrénées-Orientales a relevé que le requérant est sans adresse fixe, célibataire sans enfant et ne justifie d'aucune insertion sociale, culturelle ou professionnelle en France, qu'il n'est pas dépourvu de lien avec son pays d'origine. En outre, le préfet des Pyrénées-Orientales a indiqué, de manière détaillée, que M. C s'est fait connaître défavorablement par les services de police, à trois reprises sur l'année 2021, pour des faits de vol aggravé commis sous des fausses identités et qu'il a fait l'objet de deux fiches judiciaires actives reliant son identité déclarée à son identité réelle dans le fichier des personnes recherchées, caractérisant une menace à l'ordre public. L'ensemble de ces circonstances est de nature à justifier la décision d'interdiction de retour d'une durée de deux ans, qui n'est pas disproportionnée au regard de la situation personnelle du requérant. Ce moyen doit être écarté.

16. Il découle de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 28 octobre 2022 du préfet des Pyrénées-Orientales doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F C alias F B et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Gayrard, président,

- Mme Bayada, première conseillère,

- Mme Gavalda, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

JP. Gayrard

L'assesseure la plus ancienne,

A. Bayada

La greffière,

I. Laffargue

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 30 décembre 2022.

La greffière,

I. Laffargue

2205645

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