lundi 14 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2205842 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | BLONDELLE |
Vu la procédure suivante :
Par ordonnance n°2206247 du 8 novembre 2022, le magistrat désigné du tribunal administratif de Toulouse a transmis au tribunal administratif de Montpellier, en application de l'article R.776-15 du code de justice administrative, le dossier de la requête de M. A B, enregistrée le 26 octobre 2022 au greffe du tribunal administratif de Toulouse.
Par cette requête, M. A B, représenté par Me Blondelle, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Aude l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens ainsi que le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru, à tort, en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.
Sur la décision fixant le pays de destination :
-elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
-elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.
Sur la décision portant interdiction de retour :
- elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2022, le préfet de l'Aude conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Viallet, conseillère, dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 2 novembre 2003, déclare être entré dans l'espace Schengen par l'Espagne en 2018 puis sur le territoire français la même année, alors qu'il était encore mineur. Le 24 octobre 2022, lors d'une enquête de flagrance, M. B n'a pas pu justifier être en possession d'un passeport revêtu d'un visa, ni d'un document en cours de validité autorisant son séjour en France. Par arrêté du 24 octobre 2022 dont M. B demande l'annulation, le préfet de l'Aude l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M.B a été assigné à résidence par un arrêté du préfet de l'Aude le 24 octobre 2022.
Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs soulevés à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, octroi d'un délai de départ volontaire et fixation du pays de destination :
3. Par arrêté n° DPPPAT-BCI-2022-048 du 7 septembre 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de l'Aude a donné délégation à Mme C D, adjointe à la cheffe de bureau de l'immigration et de la nationalité à fin de signer, notamment, les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
4. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B. Dès lors, il comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. ll ne ressort par ailleurs, ni de cette motivation, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de l'Aude n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B. Dès lors, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation doit être écarté.
5. En second lieu, selon les termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous réserve des engagements internationaux de la France et hors le cas des ressortissants des Etats membres de l'Union européenne, des Etats parties à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire d'un document de séjour. Aux termes de l'article L. 611-1 de ce code: " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : () 2° Au plus tard la veille de son dix-neuvième anniversaire, pour l'étranger mentionné aux articles L. 421-22, L. 421-23, L. 421-26 à L. 421-29, L. 421-30 à L. 421-33, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-24 ou L. 426-1 ; 3° Au plus tard, deux mois après la date de son dix-huitième anniversaire, s'il ne remplit pas les conditions de délivrance de l'un des titres de séjour mentionnés au 2°. () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions qu'un étranger mineur entré irrégulièrement en France doit, pour se conformer à l'obligation de possession d'un titre de séjour qui pèse sur lui à compter du jour où il devient majeur, solliciter un tel titre dans les deux mois qui suivent son dix-huitième anniversaire. Il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que s'il s'est abstenu de solliciter un titre pendant cette période.
6. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B serait entré sur le territoire français alors qu'il était mineur, sans pouvoir justifier du caractère régulier de son entrée, et qu'il s'est maintenu sur le territoire après sa majorité sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. D'autre part, si le requérant, célibataire et sans enfant, prétend être sans nouvelles de ses parents depuis huit ans, il ne justifie toutefois pas être dépourvu d'attaches familiales au Maroc où il a vécu jusqu'à l'âge de 15 ans, et ne démontre pas son intégration alors qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits répétés de vols, recel, et trafic de stupéfiants commis entre 2020 et 2021. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire en litige, prise sur le fondement du 1° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Le moyen doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet se serait cru, à tort, dans une situation de compétence liée pour fixer le délai de départ volontaire accordé au requérant. Le moyen invoqué à cet égard doit dès lors être écarté.
8. En second lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée refusant à M. B un délai de départ volontaire serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
9. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée fixant le pays de destination serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée portant interdiction de retour sur le territoire français serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. B déclare être entré en France en 2018. Célibataire et sans charge de famille, il n'établit ni même n'allègue qu'il disposerait d'attaches particulières sur le territoire français. En outre, M. B est défavorablement connu des services de police pour des faits répétés de vols, recel, et trafic de stupéfiants commis entre 2020 et 2021. Par ailleurs, s'il affirme être sans nouvelles de sa famille depuis huit ans, l'intéressé ne justifie pas de circonstances humanitaires faisant obstacle à l'édiction de la décision attaquée. Dans ces conditions, le préfet de l'Aude n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Le moyen doit donc être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Aude du 24 octobre 2022.
Sur les frais liés au litige :
14. La présente instance n'ayant occasionné aucun des frais prévus par les dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions présentées en ce sens par M. B doivent être rejetées.
15. L'Etat n'étant pas partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Blondelle et au préfet de l'Aude.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.
La magistrate désignée,
ML. E
La greffière,
C. Touzet
La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 14 novembre 2022.
La greffière,
C. Touzet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026