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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2205901

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2205901

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2205901
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 novembre 2022, M. B F, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à Me Ruffel au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature régulière ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation au regard de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'examen de son admission exceptionnelle au séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du 12 octobre 2022, M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Brûlé, représentant M. F.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, de nationalité marocaine, déclare être entré pour la dernière fois en France, le 20 avril 2016 sous couvert d'un titre de séjour délivré par les autorités espagnoles. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 9 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 39 du 10 mars 2022, le préfet de l'Hérault a accordé à Mme G C, sous-préfète, secrétaire générale adjointe de la préfecture de l'Hérault, une délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture, " tous actes, arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault (). A ce titre, cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Cette délégation de signature habilitait ainsi Mme C à signer l'arrêté portant refus de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, et dès lors qu'il n'est ni établi, ni même allégué que M. E n'aurait pas été empêché, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort, ni des termes de la décision attaquée qui mentionne la naissance de ses fils D, le 30 septembre 2018 et Noham, le 16 octobre 2019, ni des pièces du dossier, que le préfet de l'Hérault n'aurait pas pris en compte l'intérêt supérieur des enfants de M. F protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. F a été condamné pénalement, le 1er juin 2016, à une peine d'un an d'emprisonnement avec maintien en détention pour des faits de vol aggravé par trois circonstances. Dans ces conditions, eu égard à la gravité et au caractère relativement récent de cette infraction pénale et alors même que les faits reprochés au requérant de détention non autorisée de stupéfiants et de vente à la sauvette n'ont fait l'objet d'aucunes poursuites, le requérant n'est pas fondé à soutenir que son comportement ne représente pas une menace à l'ordre public.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. F, qui soutient être entré pour la dernière fois en France en 2016, a été condamné pénalement le 1er juin 2016 à un an d'emprisonnement avec maintien en détention pour vol aggravé par trois circonstances. En outre, il a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français le 6 avril 2018, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Montpellier par jugement du 17 juillet 2018 et par la cour administrative d'appel de Marseille par une ordonnance du 9 octobre 2018, puis une seconde mesure d'éloignement a été prise à son encontre le 18 octobre 2019, dont la légalité a été également confirmée par le juge administratif. Si M. F s'est marié le 10 février 2018 avec sa compagne de nationalité marocaine titulaire d'une carte de résident, mère de trois enfants français majeurs nés d'une précédente union, avec laquelle il a eu un premier enfant né le 30 septembre 2018 puis un second enfant né le 16 octobre 2019, le mariage et la naissance de ses enfants présentent toutefois un caractère relativement récent au regard de la décision attaquée. Par ailleurs, les seules circonstances que M. F dispose d'une promesse d'embauche en date du 1er septembre 2021 en qualité d'étancheur pour le compte de la société Kadi étanchéité et qu'il s'est porté volontaire auprès d'une association caritative ainsi qu'au sein de la réserve civique dans le contexte de l'épidémie de covid-19 ne suffisent pas à établir l'existence d'une intégration particulière du requérant au sein de la société française. En outre, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Maroc puisqu'y résident, selon le formulaire de demande de titre de séjour qu'il a lui-même complété, son père et sa sœur. Au vu de ces éléments, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de M. F en France, et notamment de la menace à l'ordre public qu'il représente, l'arrêté en litige ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Eu égard au très jeune âge de ses propres enfants et compte tenu du fait que les enfants de nationalité française de son épouse nés d'un précédent mariage sont désormais majeurs, l'intéressé ne justifie d'aucun obstacle à la reconstitution de sa cellule familiale au Maroc. Ainsi, l'arrêté attaqué ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

10. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' (). Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence ".

11. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié. En revanche, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont applicables aux ressortissants marocains en matière de délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

12. D'une part, en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation pour délivrer à M. F un titre de séjour " salarié " au motif que la promesse d'embauche en qualité d'étancheur pour le compte de la société Kadi étanchéité en date du 1er septembre 2021 ne constitue pas un motif exceptionnel d'admission au séjour, le préfet de l'Hérault n'a commis aucune erreur de droit ou erreur manifeste d'appréciation.

13. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le préfet n'a pas, en refusant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation en vue de la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, commis d'erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. F n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. L'Etat n'étant pas partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Bossi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

La rapporteure,

M. BossiLe président,

J.-Ph. Gayrard

La greffière,

I. Laffargue

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 27 janvier 2023.

La greffière,

I. Laffargueil

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