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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2206041

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2206041

lundi 30 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2206041
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantMAVOUNGOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête, enregistrée le 21 novembre 2022, Mme G D, épouse F, représentée par Me Mavoungou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2022 du préfet des Pyrénées-Orientales portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, et fixation du délai de départ et du pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour vie privée ou familiale, dans un délai d'un mois au besoin sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens et une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de l'arrêté, le secrétaire général de la préfecture, M. E B, est incompétent ;

- le refus de séjour est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 7 bis de l'accord franco-algérien, car son époux est âgé, son état de santé s'est détérioré, il doit être soigné en France, il est dépendant de son fils et de son épouse, et elle sera isolée en Algérie ;

- l'obligation de quitter le territoire est fondée sur un refus de séjour illégal ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation.

Par mémoire, enregistré le 23 décembre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales, représenté par Me Joubes, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par décision du 20 décembre 2022 la requérante a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de Me Agier, représentant le préfet des Pyrénées-Orientales.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante algérienne née le 10 avril 1958, entrée en France le 9 juillet 2022 avec son époux, demande d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2022 du préfet des Pyrénées-Orientales qui lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français, et a fixé le délai de départ et le pays de renvoi.

2. L'arrêté contesté est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales et par délégation, par M. Yohann Marcon, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté n° 2022235-001 du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible au juge et aux parties, le préfet des Pyrénées-Orientales a accordé à M. B délégation à l'effet de signer " tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département des Pyrénées-Orientales () ". Cette délégation de signature habilitait ainsi M. B à signer l'arrêté portant refus de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français, pris à l'encontre de la requérante. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En vertu de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g. b) À l'enfant algérien d'un ressortissant français si cet enfant a moins de vingt et un ans ou s'il est à la charge de ses parents, ainsi qu'aux ascendants d'un ressortissant français et de son conjoint qui sont à sa charge ".

4. La requérante, n'apporte aucun justificatif établissant qu'elle serait à la charge financière de son fils A. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 7 bis cité au point précédent doit être écarté.

5. En vertu de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Si Mme D se prévaut de l'état de santé de son mari, celui-ci n'a pas demandé de titre de séjour en qualité d'étranger malade, mais au titre de sa vie privée et familiale, lequel lui a été refusé, et n'a pas été examiné par le collège médical de l'OFII. La requérante, par la seule production d'attestations de proches, de rendez-vous médicaux prévus en janvier 2023, et d'un certificat médical d'octobre 2022 attestant d'une maladie neuro-chirurgicale de l'époux et de sa dépendance vis-à-vis d'elle, ne justifie pas que l'état de santé de son mari nécessite son maintien en France. L'intéressée, qui vit en France depuis 3 mois chez un de ses fils, n'est pas isolée en Algérie, où elle a presque toujours vécu, où son époux, qui fait l'objet de la même mesure d'éloignement, peut l'accompagner et y être soigné, et où vivent ses trois autres enfants. Dès lors, les moyens tirés du non-respect de l'article cité au point précédent et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation seront écartés.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

7. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à exciper du refus de séjour qui lui a été opposé.

8. La décision portant obligation de quitter le territoire, prise à la suite d'un refus de séjour, sur le fondement de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à être motivée, en application de l'article L. 613-1 du même code. Dès lors, le moyen tiré de son insuffisante motivation est inopérant.

9. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle soit entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de l'étranger.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 17 octobre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, celles relatives aux dépens, non exposés dans l'instance, et celles relatives à l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent aussi être rejetées.

11. Il n'y pas lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du préfet des Pyrénées-Orientales relatives à l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G D et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Copie en sera transmise à Me Mavoungou.

Après en avoir délibéré à l'issue de l'audience du 16 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Couégnat, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.

Le président,

V. C

L'assesseure la plus ancienne,

M. H

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 31 janvier 2023.

Le greffier,

F. Balicki fb

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