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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2206100

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2206100

lundi 30 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2206100
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête, enregistrée le 23 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2022 du préfet de l'Hérault portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi, et interdiction de retour d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté émane d'un signataire incompétent ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le refus d'un délai de départ méconnait les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car il vit avec sa compagne à Nîmes depuis plusieurs années et a des garanties de représentation ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, pour les mêmes raisons ;

- l'interdiction de retour est illégale pour les mêmes raisons.

Par un mémoire, enregistré le 29 décembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de Me Ruffel, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. B, ressortissant guinéen né le 12 avril 2001, a été interpellé par la police le 21 novembre 2022 travaillant sur un chantier sans document d'identité et titre de séjour, et qu'il a fait l'objet d'un précédent arrêté d'éloignement du préfet du Gard du 22 avril 2021 confirmé par jugement du tribunal administratif de Nîmes du 16 juillet 2021. L'intéressé demande d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2022 du préfet de l'Hérault portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi, et interdiction de retour d'un an.

Sur la compétence de l'auteur de l'acte :

2. Par un arrêté du 22 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible au juge et aux parties, le préfet de l'Hérault a donné délégation à Mme E D, signataire de l'arrêté, cheffe de la section éloignement de la préfecture, aux fins de signer notamment les décisions relatives à la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

3. Si M. B soutient vivre avec une ressortissante française depuis deux ans, et la connaitre depuis 5 ans, les pièces qu'il produit, dont des photographies, et des attestations peu circonstanciées, ne justifient que d'une vie commune d'un an avant l'intervention de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, même si le requérant dispose de contrats à durée indéterminée depuis 4 ans, et eu égard aux constats opérés point 1, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

Sur le refus de délai de départ :

4. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ;3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". En vertu de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; 8° L'étranger ne bénéficie pas de garanties de représentation suffisantes ".

5. Eu égard aux constats opérés point 3, au fait que l'intéressé ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire, et même si M. B bénéficie de garanties de représentation, le refus de délai de départ ne méconnait pas les articles cités point 4.

Sur le pays de renvoi :

6. M. B n'apportant aucun justificatif sur le fait que son renvoi en Guinée, où il ne démontre pas être isolé, méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen, en tout état de cause, sera écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. Eu égard aux constats opérés aux points précédents, l'interdiction de retour sur le territoire, limitée à un an, n'est pas disproportionnée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 novembre 2022 du préfet de l'Hérault. Par voie de conséquence, ses conclusions relatives à l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent aussi être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Hérault.

Après en avoir délibéré à l'issue de l'audience du 16 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Couégnat, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.

Le président,

V. C

L'assesseure la plus ancienne,

M. F

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 31 janvier 2023.

Le greffier,

F. Balickifb

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