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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2206118

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2206118

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2206118
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSEP D'AVOCATS ARMANDET - LE TARGAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 novembre 2022, Mme C H et M. A D, représentés par Me Girard, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au centre hospitalier universitaire (CHU) de Montpellier de nommer un médecin référent pour G D au sein du centre, dans un délai de 48 heures, et de prendre en charge immédiatement son infection.

Ils soutiennent que :

- leur fils G, souffrant d'une maladie rare de l'intestin, et pour cela suivi par l'hopital parisien Necker, qui le soigne à distance et communique avec les infirmières, et par le CHU de Montpellier, s'est vu retirer par ce dernier son médecin référent, et ce médecin a procédé à un signalement qui a abouti au non lieu ;

- une infectiologue et quelques soignants les ont reçus et ont proposé une échographie et un prélèvement, non effectués par le CHU qui argue de l'absence du médecin référent de Necker et qui leur a proposé le 22 novembre dernier le même médecin référent qui a procédé au signalement abusif et qui est en désaccord avec le traitement proposé par Necker ;

- l'absence de soin et de désignation de médecin référent par le CHU porte une grave atteinte manifestement illégale au droit à la vie et à la santé de l'enfant protégé par les articles 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 1110-5 du code de la santé publique ;

- l'urgence est justifiée, car le cathéter de G est infecté, l'enfant a une infection urinaire et risque la septicémie, ce qui met en péril sa santé, et le Dr F préconise une échographie et un protocole d'irrigation de la vessie en urgence ; de plus, G a besoin d'un référent au CHU, il ne peut être pris en charge par le médecin de Necker, qui doit ensuite contacter les infirmières, avec perte de temps.

Par un mémoire, enregistré le 25 novembre 2022, le CHU Montpellier, représenté par Me Armandet, conclut au rejet du recours.

Il soutient que l'hopital Necker, et le médecin référent B, est le centre de référence pour la maladie rare de G, et que le CHU pratique les soins urgents, recevant régulièrement l'enfant ; qu'en septembre dernier le professeur E a été contacté pour un cathéter sale, une prise en charge hospitalière étant proposée, puis le Dr B a décidé une prise en charge locale ; que l'enfant a été ensuite vu le 22 novembre 2022 pour un cathéter sale avec prise en charge en urgence, conforme aux prescriptions de l'hopital Necker, avec antibiotiques et changement du cathéter ; qu'aucune urgence, aucun risque d'infection non controlée ou de septicémie n'existent ; que le professeur E, pédiatre infectiologue, est le médecin interlocuteur de l'enfant depuis novembre 2021, il est, compte tenu de la pathologie de l'enfant, le seul compétent au CHU, et le signalement n'a pas été fait à sa seule initiative, mais à celle de l'équipe.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Vu le code de la santé publique ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montpellier a désigné M. Rabaté, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 25 novembre 2022 à 14 heures :

- le rapport de M. Rabaté, juge des référés ;

- les observations de Me Mallet, substituant Me Girad, représentant les requérants, présents à l'audience, qui persiste dans ses écritures, et soutient en outre que l'enfant a été hospitalisé hier au CHU, où son cathéter a été changé, et en est sorti ce matin, et que ses parents souhaitent un médecin interlocuteur au CHU ;

- les observations de Me Le Junter, substituant Me Armandet pour le CHU de Montpellier, qui persiste dans ses écritures et soutient en outre qu'aucun fondement légal ne permet la désignation d'un référent au CHU, lequel soigne l'enfant en cas d'urgence, contrairement aux allégations insultantes des parents et conformément au protocole de soins.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1.Aux termes de l'article L. 512-2 du code de justice administrative/ " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " En vertu de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi ". Le droit au respect de la vie constitue une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Lorsque la carence de l'autorité publique crée un danger caractérisé et imminent pour la vie des personnes, portant ainsi une atteinte grave et manifestement illégale à cette liberté fondamentale, et lorsque la situation permet de prendre utilement des mesures de sauvegarde dans un délai de quarante-huit heures, le juge des référés peut, au titre de la procédure particulière prévue par l'article L. 521-2 précité, prescrire toutes les mesures de nature à faire cesser la situation résultant de cette carence.

2. Mme H et M. D demandent, sur le fondement de l'article L. 512-2 cité point 1, d'enjoindre au CHU de Montpellier de nommer un médecin référent au CHU pour leur fils G D, âgé de huit ans et pris en charge par l'hopital Necker du fait de sa maladie rare, et de prendre en charge son infection.

3. Il ressort des pièces du dossier et des observations des parties à l'audience, que G a été hospitalisé du 24 au 25 novembre 2022 matin au CHU de Montpellier, où son cathéter a été changé et où son infection a été soignée. Par suite, la demande d'injonction de prendre en charge l'infection est devenue sans objet.

4. Aucun texte ne prévoit que le CHU de Montpellier nomme pour un patient suivi par un autre centre hospitalier du fait d'une maladie rare un médecin référent. Par suite, en n'y procédant pas, et en faisant du professeur E le principal interlocuteur des requérants, le CHU de Montpellier n'a pas porté d'atteinte grave et manifestement illégale au droit à la vie protégé par l'article 2 cité point 1, et en tout état de cause, au droit à la santé protégé par l'article L. 1110-5 du code de la santé publique. Par suite, l'injonction de nommer un médecin référent, qui ne présente en outre aucun caractère d'urgence, doit être rejetée.

.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'injonction de prise en charge de l'infection de G D.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme H et de M. D est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C H, à M. A D, et au centre hospitalier universitaire de Montpellier.

Fait à Montpellier, le 25 novembre 2022.

Le juge des référés, La greffière

V. Rabaté C. Touzet

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 25 novembre 2022.

La greffière

C. Touzet

2206118

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