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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2206129

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2206129

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2206129
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBAUDARD.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 novembre 2022 et complétée par des pièces le 2 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Baudard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n°2022-ETR-085 du préfet de l'Hérault du 1er août 2022 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la signification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour à compter de la signification de la décision à intervenir, injonction assortie d'une astreinte fixée à 100 euros par jour de retard en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision de refus de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure pour absence de consultation préalable de la commission du titre de séjour en violation des articles L. 432-13 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 435-1 du même code ;

- l'arrêté, qui refuse son admission exceptionnelle au séjour, sans examiner les critères prévus, est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- le préfet a commis une erreur de droit en lui opposant l'absence de visa de long séjour ;

- il a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de procéder à sa régularisation ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas motivée ;

- elle est privée de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur l'interdiction de retour de six mois :

- elle n'est pas motivée ;

- elle sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. B a obtenu l'aide juridictionnelle totale par décision du président du bureau d'aide juridictionnelle du 25 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Couégnat, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né en 1985, déclare être entré en France en février 2008. Il a sollicité le 18 mai 2022 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 1er août 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. La décision vise les textes dont il est fait application et énonce l'ensemble des considérations de fait sur lesquelles elle se fonde, notamment l'absence de preuve de la date d'entrée du demandeur sur le territoire et de sa résidence réelle depuis l'année 2008, l'existence de trois précédents refus de séjour accompagnés de mesures d'éloignement et l'absence de bonne intégration, l'absence de production par l'intéressé du visa de long séjour et la circonstance que l'intéressé ne peut être regardé comme justifiant de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires de nature à permettre une admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Dans ces conditions, la décision portant refus de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est donc suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". Aux termes du second alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ". Si M. B déclare être entré en France en 2008 et y résider depuis, il ne produit aucune pièce justificative de cette résidence pour les années antérieures à 2014, à l'exception d'une ordonnance médicale datée de 2008. Il ne justifie donc par résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Par suite le préfet n'était pas tenu de soumettre sa demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue par l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du vice de procédure dont serait entachée la décision de refus de séjour doit donc être écarté.

4. Aux termes de l'article 3 de l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable portant la mention " salarié " éventuellement assorties de restrictions géographiques ou professionnelles. () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".

5. Il résulte de la combinaison de ces textes que, si la situation des ressortissants marocains souhaitant bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est régie par les stipulations de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, la délivrance à un ressortissant marocain du titre de séjour " salarié " prévu à l'article 3 de ce texte est subordonnée, en vertu de son article 9, à la condition, prévue à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la production par ce dernier d'un visa de long séjour.

6. Il ressort des termes de la décision que le préfet de l'Hérault n'a retenu le motif tiré de l'absence de production par M. B d'un visa de long séjour que pour justifier son refus de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié. Le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise le préfet en refusant sa régularisation exceptionnelle pour ce motif manque donc en fait et doit être écarté. M. B qui ne conteste pas qu'il ne disposait pas d'un visa de long séjour n'est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que le préfet n'aurait pas tenu compte de l'ensemble des critères qu'il énonce pour examiner sa demande de titre de séjour.

7. M. B se prévaut de l'ancienneté de son séjour et de son insertion professionnelle. Toutefois, ainsi qu'il l'a été dit au point 3, il ne justifie pas de la réalité et de la continuité du séjour allégué. S'il justifie avoir exercé une activité professionnelle entre juin 2016 et janvier 2020 pour une société mise ensuite en liquidation, il ressort des pièces du dossier qu'il a démarré cette activité alors qu'il s'était maintenu sur le territoire malgré une première décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français datée du 31 juillet 2015. Il a ultérieurement fait l'objet de deux autres décisions de refus de séjour assorties d'obligation de quitter le territoire français datées des 31 juillet 2017 et 6 septembre 2019. S'il a produit une promesse d'embauche à l'appui de sa demande de titre de séjour, il n'en justifie pas dans le cadre de l'instance et il résulte des termes de l'arrêté contesté que cette promesse n'était pas datée. Ces éléments ne suffisent pas à démontrer que le préfet, en refusant de lui délivrer un titre de séjour " salarié ", aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit donc être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

9. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ". La décision obligeant M. B à quitter le territoire français vise les points 1° et 3° de l'article L. 611-1 et est motivée par l'entrée irrégulière de l'intéressé sur le territoire et son maintien en situation irrégulière durant de nombreuses années. Dans ces conditions, et alors qu'ainsi qu'il l'a été dit au point 2 la décision de refus de séjour est suffisamment motivée, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 7 que le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, du refus de titre de séjour, doit être écarté.

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B devrait se voir attribuer un titre de séjour de plein droit. Ainsi qu'il l'indique lui-même, les dispositions de l'article L. 435-1 permettant l'admission exceptionnelle au séjour d'un étranger en qualité de salarié ne s'appliquent pas aux ressortissants marocains, dont la situation au regard du travail est régie par l'article 3 de l'accord franco-marocain. Dans ces conditions, et alors qu'en outre l'admission exceptionnelle au séjour qu'il prévoit ne constitue pas un cas de délivrance de plein droit d'un titre de séjour, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise le préfet en l'éloignant malgré la protection dont il prétend devoir bénéficier doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour pour une durée de six mois :

12. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".

13. L'interdiction de retour vise l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est motivée par l'absence de justification d'une réelle présence ancienne en France et d'y avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux, par la circonstance qu'il a fait l'objet de trois décisions portant obligation de quitter le territoire français même si son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public. La décision est donc suffisamment motivée au regard de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 7 que le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, du refus de titre de séjour, doit, en tout état de cause, être écarté.

15. Le moyen tiré de ce que M. B devrait se voir attribuer un titre de séjour de plein droit, qui ainsi qu'il l'a été dit au point 11 est infondé, est en tout état de cause inopérant à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 1er août 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Hérault et à Me Baudard.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,

M. Hervé Verguet, premier conseiller,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023

La rapporteure,

M. Couégnat

Le président,

J. Charvin

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 31 janvier 2023

La greffière,

M. C

Ls

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