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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2206133

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2206133

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2206133
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 novembre 2022 et le 13 janvier 2023, M. E A, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2022 du préfet de l'Hérault portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours édicté à son encontre et la décision du préfet de l'Hérault du 27 juillet 2022 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'ordonner la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ; subsidiairement d'ordonner le réexamen de sa demande dans un délai de deux mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Etat à payer une somme de 2 000 euros TTC à son conseil sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur l'illégalité de l'arrêté du 1er juillet 2022 :

- l'arrêté est entaché d'une incompétence de son auteur, dont la délégation a un caractère trop général ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- le préfet a commis une erreur de droit au regard de l'article 6 -2 de l'accord franco-algérien dont il remplit les conditions dès lors que la rupture de la communauté de vie ne peut lui être opposée que lors du premier renouvellement ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- il a méconnu le principe de la présomption d'innocence ;

Sur l'illégalité de la décision du 27 juillet 2022 de rejet de son recours gracieux :

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation ;

- elle est entachée de la même erreur de droit que la décision initiale ;

- le rejet est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 octobre 2022 du président du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat, rapporteure,

- et les observations de Me Brûlé, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 1989, s'est marié le 5 août 2021 en Algérie à une ressortissante française et est entré en France le 15 décembre 2021 muni d'un passeport revêtu d'un visa C Etats Schengen mention " famille de français " valable du 15 décembre 2021 au 11 juin 2022. Il a sollicité le 13 janvier 2022 la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de " conjoint de française ". Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ainsi que la décision du 27 juillet 2022 par laquelle le préfet de l'Hérault a rejeté son recours gracieux.

2. L'arrêté du 1er juillet 2022 a été signé pour le préfet de l'Hérault par M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté n° 2022.03.DRCL.166 du 2 mars 2022, versé à l'instance par le préfet de l'Hérault et régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, M. C B a reçu délégation à l'effet de signer notamment " tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers ". Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.

3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 2. Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () ". Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE". ". Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

4. L'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne prive pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public ainsi que le prévoient les articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il ressort des termes de son arrêté que si le préfet a mentionné, dans un des considérant décrivant la situation personnelle et administrative du demandeur, que le couple était séparé et qu'une requête en divorce a été déposée par l'épouse du requérant, il n'en a pas fait un motif de son refus de délivrance d'un certificat de résidence " conjoint de française " qui est clairement motivé en droit par les articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en fait par la mention au fichier du traitement d'antécédents judiciaires de ce que M. A a été entendu dans le cadre d'une procédure pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Dans ces conditions, d'une part le moyen invoqué tiré de l'erreur de droit qui aurait été commise par le préfet en fondant ses décisions sur la rupture de la communauté de vie alors que la délivrance d'un premier certificat de résidence à un ressortissant algérien marié à une ressortissante française n'est pas conditionnée à la réalité de cette communauté de vie ne peut qu'être écarté, et d'autre part, le motif tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté au regard du motif de l'ordre public doit être écarté.

6. Si M. A justifie avoir travaillé rapidement après son arrivée sur le territoire français, il ne conteste pas être séparé de son épouse depuis février 2022, ni avoir fait l'objet de l'audition mentionnée dans l'arrêté, ni avoir commis les faits de violence pour lesquels il a été entendu. Dans ces conditions, eu égard à la brièveté de son séjour et même s'il est toujours marié, le préfet n'a pas entaché son refus de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit donc être écarté.

7. M. A ne peut utilement se prévaloir d'une atteinte au principe de la présomption d'innocence dès lors qu'un tel principe ne saurait utilement être invoqué à l'encontre d'une décision prise en matière de police des étrangers.

8. Pour rejeter les recours gracieux adressés par M. A le préfet de l'Hérault a estimé qu'après un examen attentif de sa situation, il n'apparaissait aucun élément nouveau de nature à reconsidérer sa position. Il ne ressort pas des termes des recours gracieux, qui contestent la position prise par le préfet, qu'ils contiendraient des éléments nouveaux, notamment quant à sa situation de travail. Dans ces conditions, et alors que le refus est fondé sur le motif de la menace à l'ordre public, les moyens tirés du défaut d'examen et du défaut de motivation de la décision du 27 juillet 2022 portant rejet de ses recours gracieux doivent être écartés.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait présenté un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi comme le prévoient les stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien. Dans ces conditions, et compte tenu en outre de la durée et des conditions de son séjour en France rappelées aux points précédents, le préfet n'a commis ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation en rejetant les recours gracieux formés par M. A.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 1er juillet 2022 et de la décision du 27 juillet 2022 par laquelle le préfet a rejeté son recours gracieux doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais du litige.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré à l'issue de l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,

M. Hervé Verguet, premier conseiller,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

La rapporteure,

M. Couégnat

Le président,

J. Charvin La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 31 janvier 2023

La greffière,

M. D

N°2206133Ls

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