mardi 31 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2206194 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CHAUVIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 novembre et 20 décembre 2022, M. A C, représenté par Me Chauvin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", dans un délai de sept jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 15 euros par jour de retard et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation temporaire de séjour et de travail dans un délai de quarante-huit heures ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;
- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur de droit en tant que le préfet n'a pas préalablement saisi la commission du titre de séjour pour avis en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de fait au regard des solides attaches qu'il a sur le territoire français qui devraient le protéger d'un éloignement, une simple condamnation ne pouvant suffire à justifier une menace à l'ordre public ;
- elle se base sur des faits matériellement inexacts dès lors qu'il ne représente pas une menace pour la sécurité publique, qu'il justifie d'attaches personnelles et familiales en France et qu'il dispose de ressources stables et suffisantes ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour.
Par un mémoire enregistré le 9 décembre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Charvin, rapporteur ;
- et les observations de Me Babahacene, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant camerounais né en 1998, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui renouveler son titre de séjour " vie privée et familiale " et l'a obligé à quitter le territoire français.
2. La décision portant refus de titre de séjour vise les textes dont il est fait application et énonce, par des mentions précises qui ne présentent pas un caractère stéréotypé, les caractéristiques de la situation personnelle de M. C. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et répond de la sorte aux exigences de motivation fixées par les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il résulte en outre des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la motivation d'une décision portant obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code se confond avec celle du refus ou du retrait de titre de séjour, dont elle découle nécessairement, et n'implique dès lors pas de motivation spécifique. Le moyen tiré du défaut de motivation des décisions contestées ne peut dès lors qu'être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
4. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement un refus de titre de séjour et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressé est de nature à constituer une menace pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour refuser un titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné par le tribunal correctionnel de Perpignan, le 4 juin 2020, à une peine d'emprisonnement de trois ans dont un an ferme avec sursis probatoire pendant deux ans pour des faits commis en mars 2019 de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, de menace de mort réitérée commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et de violation de domicile. Cette condamnation était inscrite au bulletin judiciaire n° 2 de l'intéressé délivré le 28 septembre 2022, sur lequel est également indiqué que le juge d'application des peines du tribunal judiciaire a décidé, le 27 juillet 2022, du prolongement du délai probatoire pour un an. Dans ces conditions et compte tenu de la nature et de la gravité des faits reprochés, le préfet des Pyrénées-Orientales, qui s'est prononcé sur la situation de l'intéressé le 28 octobre suivant, a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que le comportement de M. C constituait une menace pour l'ordre public.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. Si le préfet des Pyrénées-Orientales peut légalement se fonder sur la menace pour l'ordre public que présente la présence en France de M. C pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour, c'est à la condition notamment que cette décision ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de celui-ci à mener une vie familiale normale dont le respect est garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. M. C fait valoir qu'il est entré en France en fin d'année 2014, à l'âge de dix-sept ans, soit depuis huit ans, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance, qu'il a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) en cuisine, qu'il possède en France des attaches solides et qu'il a fait la démonstration de son intégration, notamment par le travail. Il ressort toutefois des pièces du dossier, ainsi qu'il a été exposé au point 5, qu'il a été poursuivi pour des faits de violence perpétrés à l'encontre de sa conjointe pour lesquels il a été condamné à une peine d'emprisonnement de trois ans avec un sursis de deux ans. S'il se prévaut de la présence en France d'une tante et de cousins et déclare entretenir une relation régulière depuis avril 2021 avec une ressortissante française, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire, sans charge de famille et que les autres membres de sa famille résident au Cameroun, pays dans lequel il a lui-même vécu jusqu'à ses seize ans. Dans ces conditions, en dépit des efforts d'intégration fournis par M. C et de la durée de son séjour en France qui n'est pas contestée, compte tenu notamment de la menace que son comportement présente pour l'ordre public, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus d'admission au séjour et des buts en vue desquels la mesure d'éloignement a été prise. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent donc être écartés.
9. Pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, il y a également lieu d'écarter le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant, alors même que celui-ci disposerait de ressources régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins.
10. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".
11. Le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à ces articles, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit au point 8 ci-dessus que le requérant ne remplit pas les conditions d'une admission au séjour de plein droit sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est par ailleurs pas contesté qu'il ne satisfaisait plus aux conditions de l'article L. 421-1 du même code pour prétendre au renouvellement d'un titre de séjour en qualité de salarié exerçant une activité sous contrat à durée indéterminée. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.
12. Compte tenu de l'absence d'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour, M. C ne saurait exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de sa contestation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire.
13. Enfin, M. C ne saurait utilement soutenir que la mesure d'éloignement serait de nature à faire obstacle au suivi probatoire de l'intéressé pour permettre l'indemnisation de sa victime.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 28 octobre 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais exposés pour l'instance.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Pyrénées-Orientales.
Délibéré à l'issue de l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Jérôme Charvin, président,
M. Hervé Verguet, premier conseiller,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.
Le président-rapporteur,
J. Charvin
La greffière,
M. BL'assesseur le plus ancien,
H. Verguet
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 31 janvier 2023,
La greffière,
M. BLs
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026