vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2206224 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | KOUAHOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2022, Mme B C épouse F, représentée par Me Kouahou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2022 par lequel le préfet de l'Aude a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre, au préfet de l'Aude de lui délivrer une carte de séjour vie privée et familiale temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à défaut, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours, à compter de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros à Me Kouahou au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que l'arrêté :
- est signé par une autorité incompétente ;
- est entaché d'une erreur de droit et méconnait l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Mme C épouse F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E
- et les observations de Me Kouahou, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C épouse F, née le 29 octobre 1982, de nationalité algérienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 août 2022 par lequel le préfet de l'Aude a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé, pour le préfet de l'Aude et par délégation, par Mme Lucie Roesch, secrétaire générale de la préfecture. Par un arrêté du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, accessible tant aux juges qu'aux parties, le préfet de l'Aude a accordé à Mme D délégation " à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions, circulaires () relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Aude () " qui comprend " notamment la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers ". Cette délégation donnait donc compétence à Mme D pour signer un arrêté portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'une carte de séjour temporaire peut être délivrée à l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. Cet article, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoit pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, le préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
4. Il ressort des pièces du dossier que si le préfet de l'Aude n'a pas fait application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la requérante étant de nationalité algérienne, il a fait usage de son pouvoir discrétionnaire en recherchant si des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires étaient propres à justifier en opportunité la délivrance d'un titre de séjour à la requérante, notamment au regard de l'absence d'élément s'agissant de sa situation professionnelle. Par suite, l'autorité préfectorale n'ayant pas méconnu l'étendue de sa compétence, le moyen tiré de la violation de l'article L 435-1 ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Mme C fait valoir la durée de sa présence en France depuis 2016, la scolarité de ses enfants depuis 2017, et son insertion professionnelle. Toutefois, s'il est constant que Mme C est entrée en France en octobre 2016 avec l'une de ses filles et a obtenu un premier titre de séjour en qualité de parent accompagnant un enfant malade, déclare avoir été rejoint par son époux et leurs deux enfants, et justifie de la naissance de deux autres enfants nés en juillet 2019, elle a fait l'objet d'un refus de séjour assortis d'obligation de quitter le territoire français en juin 2018, refus confirmé par le tribunal administratif de Montpellier en février 2019, tout comme son époux en avril 2019. Si elle se prévaut de l'ancienneté de son séjour sur le territoire avec son époux et ses enfants, elle n'allègue pas être isolée dans son pays d'origine où elle a résidé jusqu'à l'âge de 34 ans au moins. Elle n'apporte par ailleurs aucun autre élément que les certificats de scolarité de ses enfants et une promesse d'embauche postérieure à la date de la demande, de nature à établir son intégration sur le territoire français. Dans ces conditions, elle ne peut être regardée comme ayant établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Dès lors que son époux, de même nationalité, est également en situation irrégulière et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il existerait un obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue, notamment en Algérie, et à ce que les enfants y poursuivent leur scolarité, le préfet n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus de séjour. Les moyens invoqués tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
7. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
8. En quatrième lieu, si Mme C se prévaut de l'intérêt supérieur de ses enfants notamment eu égard à leur scolarisation et plus particulièrement du fait que deux de ses enfants bénéficient d'une orientation vers une unité localisée pour l'inclusion scolaire, il ne ressort pas des pièces du dossier que les enfants de la requérante ne pourraient bénéficier dans leur pays d'origine d'une scolarité adaptée, ni que l'interruption d'une telle scolarité aurait , pour ces derniers, des conséquences d'une gravité exceptionnelle. Par suite, et alors même que les enfants de A C suivent une scolarité sans difficulté particulières, l'arrêté du préfet de l'Aude ne peut être regardé comme ayant méconnu les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Ce moyen doit être écarté.
9. En dernier lieu, il résulte des motifs précités que le préfet de l'Aude n'a pas entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation, ni sur la situation personnelle de l'intéressée, ni en considérant que celle-ci ne justifiait pas des conditions ouvrant droit à une admission exceptionnelle au séjour. Ce moyen ne peut qu'être écarté.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme C n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de Mme C épouse F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse F, au préfet de l'Aude et à Me Kouahou.
Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Bayada, première conseillère,
Mme Gavalda, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.
Le président-rapporteur,
J.-Ph. E L'assesseure la plus ancienne,
A. Bayada
La greffière,
I. Laffargue
La République mande et ordonne au préfet de l'Aude, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 10 février 2023.
La greffière,
I. Laffargueil
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026