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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2206301

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2206301

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2206301
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2022, Mme A B, épouse C, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", subsidiairement, d'ordonner le réexamen de sa demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'arrêté attaqué :

- est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet ne pouvait pas refuser d'admettre l'intéressée au séjour sans se prononcer sur la première demande de regroupement familial qu'elle a formalisée au mois d'avril 2021 et dont il n'est pas contesté qu'elle remplit les conditions légales pour l'obtenir ;

- est insuffisamment motivé ou est entaché d'erreur de droit ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire et un bordereau de pièce enregistrés le 10 janvier 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme B, épouse C, ne sont pas fondés.

Un mémoire a été présenté pour Mme B, épouse C, le 16 janvier 2023, après la clôture de l'instruction intervenue, le 10 janvier 2023 à 12h00, qui n'a pas été communiqué.

Par une décision du 27 décembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,

- et les observations de Me Barbaroux, représentant Mme B, épouse C.

Une note en délibéré présentée pour Mme B, épouse C, par Me Ruffel, a été enregistrée le 27 janvier 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 10 janvier 1992, est entrée en France le 25 août 2016, munie d'un passeport revêtu d'un visa de type D portant la mention " étudiant " à entrées multiples, valable du 21 août 2016 au 19 novembre 2016. Elle a obtenu, le 13 janvier 2017, un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant ", valable du 28 octobre 2016 au 27 octobre 2017, régulièrement renouvelé jusqu'au 27 octobre 2021. Le 1er décembre 2021, elle a sollicité du préfet de l'Hérault, par changement de statut, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de visiteur. Le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi par un arrêté du 18 août 2022 dont Mme B demande l'annulation dans la présente instance.

Sur les conclusions en annulation :

2. Il appartient au préfet, saisi d'une demande de titre de séjour par un étranger en vue de régulariser sa situation, de vérifier que la décision de refus qu'il envisage de prendre ne comporte pas de conséquences d'une gravité exceptionnelle sur la situation personnelle de l'intéressé et n'est pas ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, est entrée régulièrement en France le 25 août 2016 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de type D portant la mention " étudiant " et a bénéficié de certificats de résidence algérien en cette qualité, renouvelés chaque année jusqu'au 27 octobre 2021. Mme B, ingénieur en génie biomédical dans la spécialité parcours instrumentation biomédicale, s'est mariée à Montpellier le 21 décembre 2019 avec M. C D, compatriote, titulaire d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 9 août 2032. De cette union est né à Montpellier l'enfant Yanis le 15 août 2021. Son époux est inscrit au registre du commerce et des sociétés depuis le 16 octobre 2018 sous le nom commercial " ZK Nettoyage " et exerce, en exploitation personnelle, l'activité de nettoyage courant de bâtiments, livraison de repas à domicile et l'installation de fibre optique. Le couple qui a pris à bail un appartement de 38 m² depuis le 25 juin 2020 a déclaré 38 000 euros de revenus en 2020, 33 257 euros en 2021 et 28 750 euros pour les trois premiers trimestre 2022. Mme B justifie de périodes d'emploi auprès de la société EGNH Hôtellerie à Fontainebleau en qualité d'agent de service du 4 février 2018 au 4 mars 2018 et du 5 avril 2018 au 13 août 2018 puis en qualité d'employée polyvalente auprès de la SARL BMD " L'oasis " à Montpellier du 19 août 2019 au 30 septembre 2020, ce qui démontre sa volonté d'intégration et son insertion. Mme B qui maitrise parfaitement la langue française est inscrite au titre de l'année universitaire 2022/2023 à l'université de Montpellier en Master II sciences et numérique pour la santé, ingénierie des dispositifs pour la santé et s'est prévalue à l'audience de notes provisoires honorables. Au vu de la situation d'ensemble de Mme B, tenant la durée de son séjour en France depuis près de six ans à la date de la décision en litige, de la communauté de vie avec son époux, de la présence de son enfant, témoignant ainsi de l'ancrage et de la stabilité de sa situation familiale sur le territoire français, des revenus suffisants dont dispose le couple et des perspectives d'intégration de l'intéressée compte tenu du niveau de formation, et quand bien même l'arrêté relève que l'intéressée n'a pas validé son Master, Mme B, épouse C, est fondée à soutenir qu'en lui refusant l'admission au séjour le préfet de l'Hérault a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 18 août 2022 du préfet de l'Hérault doit être annulé dans son ensemble.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de l'Hérault délivre, dans un délai de deux mois, un certificat de résidence algérien valable un an portant la mention " vie privée et familiale " à Mme B épouse C.

Sur les frais d'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à la requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Hérault du 18 août 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de délivrer à Mme B, épouse C, un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B, épouse C, la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme A B, épouse C, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besle, président,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Rousseau, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

Le rapporteur,

M. Rousseau

Le président,

D. Besle La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 7 février 2023

La greffière,

C. Arce

lr

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