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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2206310

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2206310

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2206310
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL MAILLOT AVOCATS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 décembre 2022 et 16 mars 2023, M. et Mme B et D A, représentés par la SELARL Valette-Berthelsen, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Balaruc-les-Bains a délivré à la société Hélénis un permis de construire un immeuble collectif de 13 logements sur la parcelle cadastrée AD n° 228, située 8 avenue de la Gare ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2022 par lequel le maire de la commune de Balaruc-les-Bains a délivré à la société Hélénis un permis de construire modificatif ainsi que la décision du 4 octobre 2022 rejetant leur recours gracieux ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Balaruc-les-Bains et de la société Hélénis une somme de 2 000 euros chacune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué est abandonné ;

- le service instructeur n'a pas été mis à même d'apprécier le respect des dispositions de l'article UA 7 du règlement du plan local d'urbanisme relatives à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives compte tenu des contradictions existant dans le dossier de demande s'agissant de l'implantation du projet au droit de la limite séparative avec la parcelle AD n° 229 ;

- les permis litigieux permettent une implantation de l'immeuble non conforme aux dispositions de l'article UA 7 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- ils méconnaissent les dispositions de l'article UA 4 du même règlement prescrivant d'implanter les bassins de rétention en dehors des zones inondables ainsi que celles du règlement du plan de prévention des risques naturels d'inondation imposant une rétention des eaux pluviales dans la proportion de 120 litres / m² ; en outre le projet méconnait les dispositions du schéma directeur de gestion des eaux pluviales de la commune exigeant d'éviter le rejet direct des eaux de toitures dans le réseau pluvial.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, la société Hélénis, représentée par la SCP CGCB et Associés, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à la mise en œuvre des dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2023, la commune de Balaruc-les-Bains, représentée par la SELARL Maillot et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 11 mai 2023 par ordonnance du même jour, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Un mémoire présenté pour la SAS Hélénis, représentée par la SCP CGCB et Associés, a été enregistré le 15 mai 2023, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Goursaud, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Furstenheim, représentant M. et Mme A, celles de Me Montesinos-Brisset représentant la commune de Balaruc-les-Bains, et celles de Me Cassorla, représentant la SAS Hélénis.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 10 mai 2022, le maire de la commune de Balaruc-les-Bains a délivré à la société Hélénis un permis de construire un immeuble collectif de 13 logements sur la parcelle cadastrée section AD n° 228, située 8 avenue de la Gare. Par arrêté du 12 juillet 2022, il a délivré à cette même société un permis de construire modificatif. Par la présente requête, M. et Mme A demandent au tribunal l'annulation de ces arrêtés et de la décision du 4 octobre 2022 rejetant leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article UA 4 du règlement du plan local d'urbanisme de Balaruc-les-Bains, relatif aux réseaux : " () Eaux pluviales / Toute augmentation du ruissellement induite par de nouvelles imperméabilisations de sols (création ou extension de bâtis ou d'infrastructures existants), doit être compensée par la mise en œuvre de dispositifs de rétention des eaux pluviales ou autres techniques alternatives. / Les propriétaires devront respecter les obligations définies dans les dispositions générales et particulières du schéma directeur de gestion des eaux pluviales (SDGEP). Le dimensionnement des mesures visant à compenser l'imperméabilisation du sol devront notamment être conforme avec les préconisations définies dans SDGEP. / Lorsque le réseau public recueillant les eaux pluviales existe, les aménagements réalisés doivent être garantir l'écoulement des eaux pluviales dans le réseau collecteur. (). / De plus au sein des zones concernées par un zonage PPRI, il convient de rechercher la mise en œuvre de techniques compensatoire à l'urbanisme favorisant l'infiltration des eaux pluviales sur place et le ralentissement des écoulements (tranchées filtrantes, puits d'infiltration, chaussée réservoir, etc.). / On favorisera le plus possible le traitement naturel, notamment par rétention à la parcelle, par un réseau de fossés ou de noues, de zones engazonnées, des bassins paysagés, afin de limiter les débits en aval des projets. / Les bassins de rétention doivent être positionnés hors zone inondable. () ". Le schéma directeur de gestion des eaux pluviales prévoit que dans la zone 1, où se situe la parcelle du projet, les projets d'une surface supérieure à 200 m² doivent prévoir un volume minimal de rétention de 40 litres / m² imperméabilisé, qu'il s'agisse d'une imperméabilisation nouvelle ou existante.

3. Il ressort du plan de localisation des rétentions annexé à la notice hydraulique - Indice 5 du 15 avril 2022 que le dispositif de rétention prévu à la parcelle, à savoir deux canalisations réservoir en diamètre 1 000 mm situées de part et d'autre de l'immeuble projeté, sera intégralement implanté en zone bleue Bu du plan de prévention des risques naturels d'inondation (PPRI), correspondant à une zone urbaine inondable soumise à un aléa modéré où les enjeux sont peu importants. Ces ouvrages de rétention des eaux pluviales sont assimilables à un bassin de rétention au sens des dispositions précitées de l'article UA 4, dont ils remplissent les fonctions. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le dispositif de rétention des eaux pluviales prévu méconnaît les dispositions précitées de l'article UA 4 compte tenu de son implantation en zone inondable.

4. En second lieu, en vertu de l'article L. 562-1 du code de l'environnement, l'État élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles, en particulier pour les inondations, qui ont notamment pour objet de délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de leur nature et de leur intensité, d'y interdire les constructions ou la réalisation d'aménagements ou d'ouvrages ou de prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités. L'article L. 562-4 du même code précise que " le plan de prévention des risques naturels prévisibles approuvé vaut servitude d'utilité publique. Il est annexé au plan local d'urbanisme, conformément à l'article L. 153-60 du code de l'urbanisme. () ".

5. Aux termes des dispositions générales d'utilisation du sol du règlement du plan de prévention des risques naturels d'inondation du bassin versant de l'étang de Thau : " Afin de limiter les ruissellements pluviaux, un schéma d'assainissement pluvial communal est rendu obligatoire et toute opération d'urbanisation nouvelle devra prévoir des mesures compensatoires suffisantes pour permettre une rétention des eaux pluviales dans la proportion de 120 litres/m² imperméabilisé ". Ces dispositions s'appliquent sur l'ensemble du territoire de la commune ainsi que le précise le chapeau de cette partie du règlement aux termes duquel : " Outre les dispositions spécifiques énumérées dans les pages suivantes pour les projets et les bâtis existants dans les zones de danger et de précaution, plusieurs règles générales d'utilisation du sol s'appliquent sur l'ensemble du territoire de la commune ".

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la notice hydraulique, qu'est prévue la mise en place d'un dispositif de rétention à la parcelle d'un volume de 23,54 m³ calculé sur la base d'un volume minimal de rétention de 40 litres / m² imperméabilisés. La circonstance que ce volume de rétention a été calculé conformément aux préconisations du schéma directeur de gestion des eaux pluviales est sans incidence sur l'application des dispositions précitées plus contraignantes du règlement du PPRI imposant au pétitionnaire de prévoir des mesures compensatoires suffisantes pour permettre une rétention des eaux pluviales dans la proportion de 120 litres/m² imperméabilisé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance du volume de rétention au regard des prescriptions du règlement du PPRI doit être également accueilli.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est, en l'état de l'instruction, de nature à entrainer l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur l'application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

8. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. ". Aux termes de l'article L. 600-5-1 du même code : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".

9. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

10. Il résulte de l'instruction que les vices tirés de la méconnaissance par les permis de construire attaqués de l'article UA 4 du règlement du plan local d'urbanisme et des dispositions générales d'utilisation du sol du règlement du PPRI, tels que relevés aux points 3 et 5 ci-dessus, ne sont pas susceptibles de régularisation sans changer la nature même du projet au regard de la configuration particulière de la parcelle, située à cheval sur les zones rouge (RU) et bleue (BU) du PPRI du bassin versant de l'étang de Thau, de la liste limitative des travaux autorisés en zone BU par le règlement de ce plan versé au débat et compte tenu des dispositions générales d'utilisation du sol relatives aux mesures compensatoires liées à l'impérmabilistaion des sols.". Par conséquent, les conclusions des défendeurs tendant à l'application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme doivent être rejetées.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A sont fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués et de la décision rejetant leur recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui n'ont pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, les sommes demandées par la commune de Balaruc-les-Bains et par la société Hélénis au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Balaruc-les-Bains et de la société Hélénis une somme de 750 euros chacune à verser à M. et Mme A ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés des 10 mai 2022 et 12 juillet 2022 du maire de Balaruc-les-Bains ainsi que la décision du 4 octobre 2022 rejetant le recours gracieux formé par M. et Mme A sont annulés.

Article 2 : La commune de Balaruc-les-Bains versera à M. et Mme A une somme de 750 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La société Hélénis versera à M. et Mme A une somme de 750 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et D A, à la commune de Balaruc-les-Bains et à la société Hélénis.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Montpellier.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

M. François Goursaud, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

Le rapporteur,

F. Goursaud

La présidente,

L. Rigaud

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

M. C00

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