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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2206345

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2206345

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2206345
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 décembre 2022 et 6 avril 2024, Mme F B, en sa qualité de représentante légale de ses filles E et A C, représentée par Me Bazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de faire bénéficier ses filles des conditions matérielles d'accueil à compter du 11 mars 2020 ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de verser l'allocation pour les demandeurs d'asile depuis l'enregistrement de leur demande ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 800 euros à verser à Me Bazin au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit car la demande d'asile déposée par ses filles leur ouvrait droit à l'allocation à compter de l'enregistrement de leur demande ;

- la décision méconnaît l'intérêt supérieur des enfants garanti par l'article 3-1 de la convention internationale du droit de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Crampe, première conseillère a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Madame F B, née le 18 mars 1996, de nationalité guinéenne, a présenté une demande d'asile, enregistrée en guichet unique le 27 novembre 2018 et a accepté, le même jour, l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Elle a déposé le 11 mars 2020 des demandes d'asile au nom de ses filles E et A C, nées le 13 novembre 2019. Ces dernières se sont vu reconnaître le statut de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, par deux décisions rendues le 30 novembre 2021. La famille composée de Mme B et ses deux filles mineures E C et A C, a perçu l'allocation pour demandeur d'asile de décembre 2018 à février 2020 dans le cadre de l'instruction de la demande d'asile formée par Mme B. Ayant déposé par la suite des demandes autonomes concernant E et de A, le 18 mars 2020, la qualité de réfugiée a été accordée à ces dernières par l'Ofpra, le 30 novembre 2021. Par ailleurs, l'allocation pour demandeur d'asile leur a été versée de novembre 2021 à janvier 2022. Ayant saisi l'OFII d'une demande tendant à obtenir, pour le compte de ses filles, le versement de cette allocation à compter de l'enregistrement de leur demande, sur laquelle l'office a gardé le silence, Mme B demande par la présente requête l'annulation de la décision implicite par laquelle l'OFII a refusé le versement des conditions matérielles d'accueil à ses filles à compter du 11 mars 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la demande d'asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, la demande est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants. Lorsqu'il est statué sur la demande de chacun des parents, la décision accordant la protection la plus étendue est réputée prise également au bénéfice des enfants. () ". Aux termes de l'article L. 723-15 du même code : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure, y compris lorsque le demandeur avait explicitement retiré sa demande antérieure, lorsque l'office a pris une décision définitive de clôture en application de l'article L. 723-13 ou lorsque le demandeur a quitté le territoire, même pour rejoindre son pays d'origine. () / Si des éléments nouveaux sont présentés par le demandeur d'asile alors que la procédure concernant sa demande est en cours, ils sont examinés, dans le cadre de cette procédure, par l'office si celui-ci n'a pas encore statué ou par la Cour nationale du droit d'asile si celle-ci est saisie ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile de présenter une demande en son nom et, le cas échéant, en celui de ses enfants mineurs qui l'accompagnent. Mais ces dispositions ne font pas obstacle à ce que les parents présentent, postérieurement au rejet définitif de leur propre demande, une demande au nom de leur enfant. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point précédent que la demande ainsi présentée au nom du mineur doit alors être regardée, dans tous les cas, comme une demande de réexamen au sens de l'article L. 723-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être refusé à la famille, conformément aux dispositions de l'article L. 744-8, sous réserve d'un examen au cas par cas tenant notamment compte de la présence au sein de la famille du mineur concerné.

4. Il résulte de ce qui précède que la demande d'asile présentée au nom de ses enfants mineurs par Mme B doit être considérée comme une demande de réexamen et que, contrairement à ce qui est soutenu, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était pas tenu d'accorder à la famille le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dès l'enregistrement de la demande concernant les enfants. Le moyen tiré de l'erreur de droit ainsi commise doit être écarté.

5. Si Mme B soutient que l'allocation aurait dû être versée à ses filles dès le 11 mars 2020, date de l'enregistrement de leur demande, elle ne produit aucun élément attestant qu'à cette date, elle justifiait d'une vulnérabilité particulière alors qu'il ressort de l'examen de vulnérabilité réalisé par l'OFII le 15 juillet 2021 que la famille était hébergée de manière stable, par l'OFII.

6. C'est ainsi par une exacte application des dispositions précitées que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de faire droit à la demande de la requérante tendant à accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à ses filles à compter du 11 mars 2020.

7. En deuxième lieu, l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 dispose que : " Dans toutes les décisions concernant les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII ait méconnu les stipulations précitées, dès lors d'une part qu'accorder les conditions matérielles d'accueil était une faculté et non un dû, ainsi qu'il est dit au point 5, et que la précarité alléguée par Mme B durant la période courant du mois du mars 2020 au mois d'octobre 2021 ne ressort pas des pièces du dossier, alors que la famille était hébergée de manière stable par l'OFII et que le certificat médical qu'elle produit est daté du 26 octobre 2021, est contemporain du rétablissement des conditions matérielles d'accueil versées à partir de novembre 2021.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à ses filles à compter du 11 mars 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement qui rejette les conclusions en annulation présentées par Mme B n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite ses conclusions en injonction au besoin sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation " ;

12. Les dispositions précitées font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que le requérant demande au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme F B, à Me Bazin et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 17 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couegnat, première conseillère,

Mme Sophie Crampe, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

La rapporteure,

S. Crampe

La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 2 mai 2024.

La greffière,

M. D00

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