jeudi 16 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2206358 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | FORUM REFUGIES - CENTRE DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE DE PERPIGNAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 6 décembre 2022 et le 22 février 2023, M. D A, représenté par Me Renversez, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son avocat sous réserve de renonciation à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
A l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'a pas été justifié d'une délégation de signature de son auteur ;
- la décision méconnait les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, L. 423-23 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
A l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- prise en méconnaissance des dispositions des articles L.612-6 et suivants, elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; ses conséquences sur sa situation personnelle sont disproportionnées en méconnaissance de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les mentions qu'il n'a aucune attache sur le territoire national et qu'il présente une menace à l'ordre public sont erronées.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 janvier 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A a été déclarée caduque par décision du 19 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Crampe, première conseillère,
- les observations de Me Renversez, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 7 mars 1992, soutient être entré en France pour la première fois en 2000. Il indique avoir été titulaire d'un titre de séjour délivré par l'Espagne entre 1996 et 2013. Il a fait l'objet d'un premier arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, le 17 avril 2014, puis d'un deuxième arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, le 4 février 2017. Il demande au tribunal l'annulation des décisions du 4 décembre 2022 par lesquelles le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. M. A a déposé le 6 décembre 2022 une demande au titre de l'aide juridictionnelle dont il a été constaté la caducité par décision du 19 janvier 2023, faute pour le requérant d'avoir fourni les documents et renseignements demandés dans le délai imparti. Il n'y a ainsi pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant de la légalité externe :
3. Par un arrêté n° 2022.03.DRCL.167 du 9 mars 2022, régulièrement publié au recueil spécial n° 39 du 10 mars 2022 des actes administratifs de la préfecture, accessible au juge comme aux parties, le préfet de l'Hérault a accordé à Mme E B, nommée sous-préfète chargée de mission secrétaire générale adjointe auprès du préfet de l'Hérault par décret du 20 octobre 2020, une délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture, " tous actes, décisions, conventions, correspondances et documents dans les limites de l'arrondissement chef-lieu ". Dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C n'était pas absent ou empêché à la date du 4 décembre 2022, Mme B était compétente pour signer l'arrêté en litige.
S'agissant de la légalité interne :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, () 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".
6. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ; () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. Si M. A expose qu'il a implanté sa vie privée et familiale en France où il vit avec sa concubine française et son enfant français âgé de 13 ans, qu'il n'a cependant pas reconnu, qu'il est père de deux autres enfants français âgés de 6 et 8, il ressort des pièces du dossier qu'il a déclaré lors de l'enquête de police que ces derniers vivent avec leur mère dont il est séparé, qu'il ne justifie pas d'une adresse fixe ni de la relation de concubinage alléguée avec une ressortissante française. De même, s'il produit des attestations émanant de proches indiquant l'avoir vu avec ses enfants à plusieurs reprises, ces éléments sont non circonstanciés et il admet de pas disposer de preuve de sa contribution à leur entretien ou à leur éducation ni même ne justifie entretenir des relations avec eux. Il ne justifie pas davantage de la durée de séjour dont il se prévaut par des documents médicaux portant sur des périodes éparses en 2013, 2014, 2017, 2021 et 2022, ni, alors qu'il a déclaré effectuer des travaux de façadier sans être déclaré, d'une particulière intégration. Par suite, le préfet de l'Hérault n'a porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de M. A et n'a méconnu ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une mesure d'éloignement sur la situation personnelle de M. A.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code prévoit que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
9. Il ressort des pièces du dossier que l'interdiction du territoire de M. A est motivée notamment par les circonstances qu'il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement, qu'il n'apporte pas la preuve de la durée de séjour dont il se prévaut, qu'il ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants et représente une menace à l'ordre public. Il ressort également des pièces du dossier que M. A a été interpelé et placé en garde à vue pour rébellion et complicité de refus d'obtempérer au regard des éléments ressortant de l'enquête de police.
10. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. A, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault aurait fondé sa décision sur des faits matériellement inexacts.
11. En deuxième lieu, alors même que M. A n'a pas fait l'objet d'une condamnation pénale, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault aurait commis une erreur manifeste en estimant que sa présence en France présentait une menace pour l'ordre public.
12. En dernier, pour les motifs exposés au point 8, en l'absence d'éléments permettant de justifier de la vie privée et familiale ainsi que de la durée de séjour dont se prévaut M. A, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a fixé à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à M. A.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 4 décembre 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais du litige.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Denis Besle, président,
Mme Sophie Crampe, première conseillère,
Mme Isabelle Pastor, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.
La rapporteure,
S. Crampe
Le président,
D. BesleLa greffière,
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 16 mars 2023.
La greffière,
A. Junon
[BD1]Pensez à utiliser une maquette à jour mentionnant le bon numéro de chambre, cela évitera des erreurs.
N°2206358
aj
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026