jeudi 9 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2206437 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 décembre 2022, M. A F, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :
1°) de lui allouer le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination de l'Algérie et a pris à son égard une interdiction de retour d'une durée d'un an ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux dès lors que le préfet indique qu'il a été placé en garde à vue pour des faits de vols mais il ne précise pas qu'aucune charge n'a finalement été retenue contre lui ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 6 5) de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est arrivé en France en 2020 et n'a, depuis lors, plus quitté le territoire national ; il travaille " au noir " pour subvenir à ses besoins et a établi en France le centre de ses intérêts privés et familiaux ;
Sur la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à ses garanties de représentation ; en effet il réside depuis 2020 chez son cousin et a un passeport en cours de validité ;
Sur la décision fixant l'Algérie comme pays de destination :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision fixant une interdiction de retour :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'aucune charge n'a été retenue contre lui.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
-
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les observations de Me Brulé, représentant M. F.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissant algérien né en 1991, a été interpellé par les services de gendarmerie le 8 décembre 2022. Par arrêté du même jour, le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire national sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an. Par la présente requête, il sollicite l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. F a été admis le 19 janvier 2023 à l'aide juridictionnelle. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
Sur la légalité de l'ensemble des décisions :
3. L'arrêté attaqué est signé, pour le préfet de l'Hérault, par Mme E C, cheffe de la section éloignement, à qui le préfet de l'Hérault a délégué sa signature aux fins de signer notamment tout arrêté " ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français ", par un arrêté du 21 septembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, librement accessible sur le site internet de la préfecture de l'Hérault et produit au dossier. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;(..) 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a obligé M. F à quitter le territoire national sur le fondement du 1° et du 5° précités de l'article L. 611-1du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la seule circonstance qu'il n'ait pas précisé que les faits qui ont donné lieu à son interpellation ont été classés sans suite n'est pas de nature à révéler un quelconque défaut d'examen réel et sérieux de sa situation.
6. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. F soutient qu'il réside en France depuis 2020, qu'il y a déplacé le centre des intérêts privés et familiaux et qu'il travaille pour subvenir à ses besoins. Toutefois, en n'apportant aucun élément de nature à démontrer le déplacement de ses centres d'intérêts privés et familiaux en France alors qu'il est célibataire sans charge de famille et que ses parents et sa fratrie résident en Algérie, la seule circonstance qu'il résiderait, sans même l'établir, depuis deux ans en France sans avoir cherché à régulariser sa situation ni sollicité une autorisation de travail, n'est pas de nature à faire regarder la décision en litige comme étant entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle d'ensemble et ce, que ce soit sur le fondement de l'article 6 5° de l'accord franco-algérien ou de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En dernier lieu, M. F ne peut utilement se prévaloir de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'est pas applicable aux ressortissants algériens. En tout état de cause, compte tenu de ce qui a été dit au point 7, en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation, notamment pour des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, le préfet de l'Hérault n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire :
9. L'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; (..) 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " et l'article L. 612-3 du même code que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : (..)1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; (..) 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
10. M. F conteste l'absence de garanties de représentation suffisantes, ayant notamment justifié le refus de lui accorder un délai de départ volontaire pour exécuter la mesure d'éloignement. Toutefois, alors que le préfet s'est également fondé sur les 1° et 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. F ne conteste pas ne pas avoir cherché à régulariser sa situation administrative en France et avoir déclaré son intention de ne pas se conformer à une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, sans que puisse y faire obstacle la circonstance qu'il détient un passeport en cours de validité, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que le préfet a pu considérer qu'il existait un risque que M. F se soustraie à la mesure d'éloignement et a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.
Sur la décision fixant le pays de destination :
11. En se bornant à faire état de son enracinement à la société française sans élément permettant d'apprécier la réalité de ses allégations, M. F ne démontre pas que la décision fixant l'Algérie où résident les membres de sa famille porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel qu'il est garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision portant interdiction de retour d'une durée d'un an :
12. L'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
13. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.
14. Compte tenu de la faible durée de présence en France du requérant et de l'absence avérée de liens dont il pourrait se prévaloir, le préfet de l'Hérault a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, alors même que l'intéressé ne constituerait pas une menace pour l'ordre public et qu'il n'a jamais fait l'objet dans le passé d'une mesure d'éloignement.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. F tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 8 décembre 2022 doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de ses conclusions relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à admettre M. F à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.
Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lison Rigaud, présidente,
Mme Isabelle Pastor, première conseillère,
Mme Sophie Crampe, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.
La rapporteure,
I. B
La présidente,
L. RigaudLe greffier,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 9 février 2023.
La greffière,
M. D
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026