mardi 14 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2206538 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | MAVOUNGOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 décembre 2022, M. E A B, représenté par Me Mavoungou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n°2022-66-0861 du 23 septembre 2022 du préfet des Pyrénées-Orientales portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sans délai, assorti d'une interdiction de retour ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", au besoin sous astreinte de 100 euros par jour de retard après un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;
3°) de condamner la préfecture des Pyrénées-Orientales à verser des frais irrépétibles pour un montant de 1 500 euros avec distraction au profit de Me Mavoungou, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de la condamner aux entiers dépens.
Il soutient que :
- son recours, intervenu dans le délai de 48 heures suivant la notification de l'arrêté attaqué, est recevable ;
- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence de son auteur ;
- le refus de séjour est entaché d'une insuffisante motivation et d'un défaut d'examen sérieux et personnalisé de l'ensemble de sa situation ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que la communauté de vie n'était pas justifiée et qu'il ne faisait valoir aucune intégration particulière et en refusant pour ces motifs de lui délivrer un titre de séjour ;
- le refus de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 6 point 5 de l'accord franco-algérien, de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale car fondée sur une décision de refus de séjour elle-même illégale ;
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen réel de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 septembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Couégnat, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 25 juin 1986, est entré régulièrement en France le 18 août 2014 muni d'un passeport revêtu d'un visa Etats Schengen de type " C " de trente jours à entrées multiples, délivré par les autorités consulaires françaises à Alger valable du 30 juillet 2014 au 25 janvier 2015. Il a sollicité le 18 août 2022 la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, en produisant l'enregistrement de la déclaration conjointe d'un pacte civil de solidarité (PACS) datée du 11 avril 2022 avec une ressortissante française née en 1955. Par la présente requête, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire avec une interdiction de retour sur le territoire français de six mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de séjour :
2. L'arrêté contesté est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales et par délégation, par M. Yohann Marcon, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté n° 2022235-001 du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture et visé par l'arrêté attaqué, le préfet des Pyrénées-Orientales a accordé à M. C délégation à l'effet de signer " tous actes, arrêtés, décisions, () relevant des attributions de l'Etat dans le département des Pyrénées-Orientales () " à l'exception de deux catégories d'actes qui ne concernent pas les décisions prises en matière de séjours et éloignement des étrangers. Cette délégation de signature habilitait ainsi M. C à signer l'arrêté pris à l'encontre du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur du refus de séjour manque en fait et doit être écarté
3. Le refus de séjour contesté vise notamment l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, rappelle les date et conditions d'entrée de M. A B sur le territoire et le PACS que celui-ci a conclu en avril 2022 avec une ressortissante française et est motivé par l'absence de justification suffisante de la communauté de vie du couple, le préfet indiquant précisément les éléments de fait sur lesquels il a fondé son appréciation, l'absence d'intégration particulière et de projet d'emploi ou de formation de M. A B, l'absence d'enfant et d'aucune autre attache familiale en France, ces éléments l'ayant conduit à estimer que les conditions n'étaient pas réunies pour lui délivrer le certificat de résidence mention " vie privée et familiale " sollicitée. L'arrêté révèle également que le préfet a écarté la possibilité de délivrer à M. A B un autre titre de séjour de plein droit en application de l'accord franco-algérien, compte tenu de l'absence de visa de long séjour de l'intéressé et après un examen attentif de sa situation personnelle. Le refus de séjour mentionne ainsi avec suffisamment de précisions les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté.
4. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté ni de l'ensemble des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de M. A B avant de refuser de lui délivrer le certificat de résidence sollicité. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.
5. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
6. M. A B se prévaut d'une résidence en France depuis 8 ans, de sa communauté de vie réelle avec sa compagne, de son absence d'attache en Algérie et de la fixation du centre de ses intérêts privés et familiaux en France. S'il est constant que M. A B est entré régulièrement en France en août 2014, il n'était pas autorisé à s'y maintenir à l'expiration de son visa valable un mois. Il n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité et la continuité de son séjour depuis cette date, ni d'ailleurs aucun élément concret quant aux conditions de ce séjour. Il ne justifie d'aucun élément d'intégration, de projet professionnel ou de perspective d'embauche. S'il justifie du PACS conclu en avril 2022 avec une ressortissante française avec laquelle il indique s'être installé dans le département des Pyrénées-Orientales en mai 2021, il apporte peu d'élément probant sur cette communauté de vie, dès lors qu'ainsi que le relève le préfet, le bail est établi au seul nom de sa compagne et que les seules quittances de loyer établies aux deux noms qu'il produit sont postérieures à la décision contestée, ainsi que la facture de téléphonie mobile. L'attestation d'un agent commercial est également peu circonstanciée quant au projet immobilier commun du couple. Seules les attestations produites, qui émanent d'amis, de voisins et de la famille de sa compagne font état de la vie commune du couple, depuis son arrivée en mai 2021 dans le département des Pyrénées-Orientales, voire depuis avril 2020 en région parisienne. Le couple n'a pas d'enfant et M. A B n'établit pas être isolé dans son pays d'origine où vivent ses parents et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 28 ans. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, au caractère très récent du PACS et à l'absence totale d'autre élément de nature à établir son intégration sur le territoire, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus de séjour qui lui a été opposé, même en retenant une vie commune depuis mai 2021. Les moyens tirés de la violation des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent donc être écartés.
7. Il résulte des motifs tels qu'ils viennent d'être exposés au point précédent et dès lors que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait pris la même décision s'il avait retenu une vie commune depuis mai 2021, que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entaché le refus de délivrance d'un certificat de résidence doit être écarté.
8. M. A B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui se sont substituées, depuis le 1er mai 2021, à celles invoquées du 7° de l'article L. 313-11 du même code, dès lors que celles-ci ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
9. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
10. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ". La décision d'éloignement contestée est prise notamment sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et accompagne une décision de refus de séjour qui, ainsi qu'il l'a été dit au point 3 est suffisamment motivée. Le moyen tiré de son insuffisante motivation manque donc en fait et doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède, et alors qu'aucun moyen n'est invoqué à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision refusant d'accorder à M. A B un délai de départ volontaire et de celle lui faisant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de six mois, que les conclusions de M. A B tendant à l'annulation de l'arrêté du 23 septembre 2022 du préfet des Pyrénées-Orientales doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de M. A B à fin d'injonction de délivrance du titre de séjour sollicité doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par M. A B et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A B et au préfet des Pyrénées-Orientales.
Délibéré à l'issue de l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Jérôme Charvin, président,
M. Hervé Verguet, premier conseiller,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023
La rapporteure,
M. Couégnat
Le président,
J. Charvin La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 14 février 2023
La greffière,
M. D
N°2206538Ls
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026