mardi 21 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2206659 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | BAUTES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2022, M. E B F, représenté par Me Bautes, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, au besoin sous astreinte, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué n'est pas démontrée ;
- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sa durée de 6 mois est disproportionnée au regard de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 17 janvier 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
M. B F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 29 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les observations de Me Misslin, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B F, ressortissant congolais né le 21 novembre 1993 à Kinshasa, est entrée en France le 7 septembre 2013 muni de son passeport revêtu d'un visa et a bénéficié, à compter de cette date, d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, renouvelé jusqu'au 28 août 2017. Le 24 octobre 2017, puis le 10 juin 2020, il a fait l'objet de deux arrêtés portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, décisions confirmées par le tribunal administratif de Montpellier et la cour administrative d'appel de Marseille respectivement les 22 mars et 15 novembre 2018 et les 22 décembre 2020 et 8 décembre 2021. Le 18 mai 2022, M. B F a sollicité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ". Par un arrêté du 5 août 2022, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et a prononcé à son D une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de six mois. Par la présente requête, M. B F demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022.08.DRCL.320 du 1er août 2022, le préfet de l'Hérault a accordé à M. A C, sous-préfet de l'arrondissement de Béziers, une délégation à l'effet de signer, " tous actes, arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault (), à l'exception, d'une part des réquisitions prises en application de la loi du 11 juillet 1938 relative à l'organisation générale de la nation en temps de guerre, d'autre part de la réquisition des comptables publics régie par le décret
n° 62-1587 du 29 décembre 1962 portant règlement général sur la comptabilité publique. A ce titre, cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Cette délégation de signature habilitait ainsi M. C à signer l'arrêté portant refus de séjour, avec obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français, pris à l'encontre de M. B F. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police, telles que les décisions prises en matière de séjour des étrangers en France, doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. Alors que l'autorité préfectorale n'est pas tenue de préciser de manière détaillée l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'étranger, l'arrêté attaqué du 5 août 2022 vise les textes pertinents du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables à la situation de M. B F au regard du titre de séjour sollicité, et mentionne les principaux éléments de sa situation personnelle et familiale puis expose les raisons de fait pour lesquelles la délivrance du titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " lui est refusée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté. Par ailleurs, il ressort de l'examen des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Hérault s'est livré à un examen réel et sérieux de la situation du requérant. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit à défaut d'un tel examen doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article
L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
6. M. B F se prévaut de sa présence en France où il déclare résider depuis 2013, de son insertion professionnelle et des liens amicaux qu'il a tissés. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B F a été autorisé à séjourner en France pour y poursuivre ses études et n'avait donc pas vocation à y résider durablement, qu'il est célibataire, sans enfant, et il ne démontre pas, ni même n'allègue, que des membres de sa famille résideraient sur le territoire français ou qu'il serait isolé dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans. En outre, le requérant n'a validé aucun diplôme dans le cadre de ses études universitaires et s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire national à la suite des arrêtés préfectoraux des 28 août 2017 et 10 juin 2020 rejetant ses demandes de titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif puis la cour administrative d'appel. Enfin, si le requérant se prévaut du certificat de qualification professionnelle en qualité d'agent de prévention et de sécurité qu'il a obtenu en 2016, de contrats de travail qui lui ont été consentis, pour de très courtes durées ou un très faible nombre d'heures par mois ainsi que de deux promesses d'embauche d'une société qui ne précisent ni la nature ni la durée du contrat, ces seuls éléments ne sauraient permettre de regarder les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français prises à l'encontre de M. B F comme portant une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté sur la situation de M. B F doivent être écartés.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
8. M. B F fait valoir qu'il justifie d'une présence de près de dix ans en France où il a établi le centre de ses intérêts privés et familiaux et qu'il démontre sa volonté d'insertion professionnelle. Toutefois, ces circonstances ne constituent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels d'admission au séjour au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant, au regard de cet article, l'arrêté attaqué doit être écarté.
9. En cinquième lieu, en l'absence d'illégalité entachant le refus de séjour, M. B F n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale.
10. En sixième lieu, M. B F n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de celle portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
12. Il ressort des motifs de l'arrêté contesté que, pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre du requérant, le préfet de l'Hérault a fait référence à l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a mentionné la date d'entrée en France du requérant et la durée de son séjour sur le territoire et les deux mesures d'éloignement précédentes dont il a fait l'objet et qu'il n'a pas exécutées, en précisant qu'il ne justifiait pas avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France et que sa présence sur le territoire national ne représente pas une menace pour l'ordre public. Le préfet a ainsi pris en compte l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, compte tenu des conditions de séjour de l'intéressé et de l'absence de liens intenses et stables en France, le préfet de l'Hérault n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en fixant à six mois la durée l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. B F.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B F tendant à l'annulation de l'arrêté du 5 août 2022 du préfet de l'Hérault doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte.
14. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés par M. B F et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B F, au préfet de l'Hérault et à Me Bautes.
Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sabine Encontre, présidente,
Mme Delphine Teuly-Desportes, première conseillère,
M. Marc Rousseau, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.
La présidente-rapporteure,
S. DL'assesseure la plus ancienne,
D. Teuly-DesportesLa greffière,
L. Rocher
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 21 février 2023,
La greffière,
L. Rocher0dl
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026