jeudi 23 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2206670 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | GILBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 décembre 2022 et le 18 janvier 2023, M. C A, représenté par Me Gilbert, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour de deux ans et fixant le pays à destination duquel il peut être reconduit d'office ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence faute de délégation de signature régulière ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire :
- elle est insuffisamment motivée ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision d'interdiction de retour :
- elle est insuffisamment motivée, s'agissant notamment de l'absence de menace à l'ordre public et de circonstances humanitaires ;
- elle est d'une durée disproportionnée au regard de l'ancienneté de son séjour en France et de son intégration ;
- elle est irrégulière par voie de conséquence de l'irrégularité entachant la décision l'obligeant à quitter le territoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 14 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lesimple, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 19 décembre 2022 le préfet des Bouches-du-Rhône a pris à l'encontre de M. A, ressortissant ivoirien né en 1995, un arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai, assorti d'une interdiction de retour de deux ans. Il a également fixé le pays à destination duquel l'intéressé pourra, le cas échéant, être reconduit d'office. M. A demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B, adjointe au chef du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour qui bénéficie d'une délégation de signature l'habilitant à signer les décisions attaquées en vertu d'un arrêté n°13-2022-09-30-00001 du 30 septembre 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°13-2022-285 de la préfecture des Bouches-du-Rhône. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Si M. A se prévaut de son séjour en France depuis 2019, celui-ci demeure récent et la présence de sa compagne, ressortissante ivoirienne, et de son enfant sur le territoire n'est pas de nature à démontrer qu'il aurait établi en France le centre de ses intérêts privés et familiaux dans la mesure où sa compagne fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et que la cellule familiale peut se reconstituer en Côte d'Ivoire. Par ailleurs, si l'intéressé établi avoir ponctuellement exercé une activité professionnelle, il ne justifie pas d'une intégration sociale ou professionnelle ni d'une adresse ou de ressources stables. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les stipulations précitées que le préfet a pu l'obliger à quitter le territoire français.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
Sur la décision refusant de lui octroyer un délai de départ :
6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code précise : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
7. Le préfet, qui a visé les deux articles précités, a relevé que M. A avait fait part de son intention de ne pas se conformer à son obligation d'éloignement, qu'il s'était soustrait à l'exécution d'une précédente mesure et qu'enfin, dénué de passeport en cours de validité ou de justificatif de domicile, il ne présentait pas de garanties de représentations suffisantes. La seule circonstance que le préfet n'a pas précisé que ces constatations de faits étaient relevées afin de justifier le défaut d'octroi d'un délai de départ volontaire ne permet pas de conclure à un défaut de motivation de la décision.
8. Les conclusions tendant à l'annulation du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doivent donc être rejetées.
Sur la décision fixant le pays de destination :
9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. Il ressort de la décision en litige que le préfet a examiné les conséquences de la décision en litige au regard des stipulations précitées et il a par ailleurs précisé que la demande de réexamen de la demande d'asile de M. A avait été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 13 avril 2021, décision confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 29 juillet 2021. Il résulte de ces décisions que les allégations avancées par le requérant quant aux craintes qu'il fait valoir en cas de retour en Côte d'Ivoire, vis-à-vis de son ancien employeur ou de membres de sa famille, ont été écartées faute d'être suffisamment probantes. Si le requérant réitère des craintes il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations. Dès lors, la décision est suffisamment motivée au regard des déclarations avancées et c'est sans méconnaître les stipulations précitées que le préfet a pu fixer la Côte d'Ivoire comme pays à destination duquel M. A pouvait être reconduit d'office.
11. Les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent donc être écartées.
Sur la décision d'interdiction de retour :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A ne peut se prévaloir de l'irrégularité de la décision portant obligation de quitter le territoire français pour soutenir l'irrégularité, par voie de conséquence, de la décision portant interdiction de retour.
13. En deuxième lieu aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
14. Il ressort des termes de la décision en litige que le préfet a précisé les considérations de droit et de faits justifiant le prononcé d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans. D'une part, alors que le préfet a mentionné l'absence de circonstances humanitaires s'opposant au prononcé d'une telle mesure et que le requérant ne fait pas état de telles circonstances, la décision n'est pas entachée d'un défaut de motivation sur ce point. D'autre part, le fait qu'il n'ait pas fait état de la menace à l'ordre public que constitue le comportement de M. A signifie qu'il a implicitement écarté cette menace et n'entache nullement la décision en litige d'un défaut de motivation.
15. En troisième lieu, au regard, d'une part, du caractère relativement récent du séjour en France de M. A, de l'absence d'attaches sociales, personnelles ou familiales durables sur le territoire, alors que sa cellule familiale peut se reconstituer en Côte d'Ivoire où il a vécu la majeure partie de sa vie et, d'autre part, de la prise d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées en prononçant une interdiction de retour d'une durée de deux ans.
16. Les conclusions tendant à l'annulation de la décision prononçant une interdiction de retour de deux ans doivent donc être rejetées.
17. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A à l'encontre de l'arrêté du 19 décembre 2022 pris par le préfet des Bouches-du-Rhône. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Gilbert.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Eric Souteyrand, président,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller,
Mme Audrey Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.
La rapporteure,
A. Lesimple Le président,
E. Souteyrand
La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet des Bouches du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 23 mars 2023.
La greffière,
M-A. Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026