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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2206730

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2206730

lundi 20 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2206730
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantBAUDARD.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête, enregistrée le 23 décembre 2022, Mme D de Cassia C A, représenté par Me Baudard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2022 du préfet de l'Hérault qui lui refuse un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français avec délai de départ, et fixe le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, et une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- le refus de séjour n'a pas été précédé de la consultation de la commission du titre de séjour prévue par les articles L. 432-13 et suivants du CESEDA, car elle relève de l'article L. 423-1 du même code ;

- le refus de séjour est insuffisamment motivé ;

- le refus de séjour méconnait les articles L. 423-1 et L. 423-2 du CESEDA, car la communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme, et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée ;

- elle est fondée sur un refus de séjour illégal ;

- l'obligation de quitter le territoire méconnait l'article L. 423-1 du CESEDA, l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 6 février 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés, la requérante ne justifiant pas d'une entrée régulière en France et d'une communauté de vie de six mois.

Par décision du 22 novembre 2022 la requérante a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante brésilienne née le 31 mai 2001, qui a épousé un ressortissant français le 6 mai 2022, avec qui elle prétend vivre depuis octobre 2021, demande d'annuler l'arrêté du 4 août 2022 du préfet de l'Hérault qui lui refuse un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et fixe le pays de renvoi.

2. Le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire énoncent les considérations de fait et de droit qui les fondent. Ils sont, dès lors, en tout état de cause, suffisamment motivés.

3. En vertu de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies :1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ;2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". En vertu de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

4. Il résulte des dispositions de l'article L. 423-1 que pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français, le demandeur doit être titulaire d'un visa de long séjour. Il est constant que si Mme C A remplit les autres conditions posées à l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle ne dispose pas d'un visa de long séjour, et ne remplit ainsi pas la condition prévue à l'article L. 412-1 de ce même code. Si elle peut être regardée aussi comme se prévalant des dispositions de l'article L. 423-2 du même code, la seule attestation peu circonstanciée établie par son mari ne justifie pas d'une communauté de vie des époux de six mois lors de l'intervention de la décision attaquée. Ainsi, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit en refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité de conjointe de français.

5. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".

6. Il résulte de ce qui vient d'être dit au point 4 que la requérante ne remplit pas la condition posée à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne peut ainsi se voir délivrer un titre de séjour au titre de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet n'avait pas à saisir la commission mentionnée à l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen tiré de l'absence de consultation de la commission du titre de séjour doit être écarté.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. La requérante, dont la vie commune avec son époux et le mariage sont récents, ne justifie d'aucune ancienneté de séjour en France, et n'est pas isolée au Brésil où elle peut retourner le temps de solliciter un visa de long séjour. Par suite, le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français ne méconnaissent pas l'article cité point 7.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces décisions soient entachées d'erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'étranger. Dès lors, ce moyen sera écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C A n'est fondé ni à exciper de l'illégalité du refus de séjour qui lui a été opposé ni à demander l'annulation de l'arrêté du 4 août 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent aussi être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de l'Hérault.

Copie en sera transmise à Me Baudard.

Après en avoir délibéré à l'issue de l'audience du 6 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pastor, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2023.

Le président,

V. B

L'assesseure la plus ancienne,

I. Pastor

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 mars 2023.

Le greffier,

F. Balicki

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