jeudi 29 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2206735 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | FORUM REFUGIES - CENTRE DE RETENTION ADMINISTRATIVE DE SETE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 décembre 2022, M. I E, représenté par Me Belloulou-Amara, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays dont il a la nationalité comme pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault le réexamen de sa situation administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, somme qui sera à verser à son conseil sous réserve d'une renonciation expresse à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente faute de justifier d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il vit en couple et est père de trois enfants mineurs résidents habituellement en France et dont l'aîné est scolarisé ;
- elle ne prend pas en compte l'intérêt supérieur de ses trois enfants mineurs en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors qu'il dispose de liens personnels et familiaux avérés en France ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle émane d'une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée dès lors qu'il est présent en France depuis dix ans avec l'intégralité des membres de sa famille et que celle-ci est bien intégrée ;
- elle est contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dans la mesure où l'exécution de la mesure d'éloignement privera ses enfants de la présence de leur père.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. G en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rousseau, magistrat désigné ;
- les observations de Me Belloulou-Amara, représentant M. E, présent à l'audience ; il conclut aux mêmes fins que la requête par des moyens identiques ;
- le préfet de l'Hérault, régulièrement convoqué n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée après les observations orales du requérant en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. I E, né le 1er janvier 2001 à Naples, de nationalité serbe, a été interpellé par les services de police le 21 décembre 2022, rue Jean Franco à Béziers, à la suite d'un différend entre conjoints. Il a été placé en garde à vue pour des faits de violences volontaires aggravées. Informé de la situation administrative et estimant qu'il ne bénéficiait pas d'un droit de se maintenir sur le territoire national, le préfet de l'Hérault a, par un arrêté du 22 décembre 2022, obligé M. E à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a en outre opposé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur la légalité de l'ensemble des décisions :
4. L'arrêté attaqué est signé, pour le préfet de l'Hérault, par Mme D C, cheffe de la section éloignement, à qui le préfet de l'Hérault a délégué sa signature aux fins de signer notamment tout arrêté " ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français ", par un arrêté du 21 septembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, librement accessible sur le site internet de la préfecture de l'Hérault et produit au dossier. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail.() ".
6. M. E ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire, où il s'est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. La demande d'asile qu'il a présentée a été définitivement rejetée par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 8 décembre 2021, notifiée le 9 décembre suivant. Enfin, il a déclaré avoir travaillé " au noir " à Avignon. La situation de M. E entre dans le champ d'application des 1°, 5° et 6° de cet article sur lequel est fondée l'obligation de quitter le territoire français critiquée.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. M. E déclare être entré en France en 2012 en compagnie de ses parents sans toutefois être en mesure d'établir ni la date d'entrée ni la continuité de son séjour en France alors qu'il a précisé dans le cadre de son audition par les services de police être allé dans huit pays différents pendant les dix dernières années. Marié religieusement en Belgique à Mme H, il vit séparé de cette dernière. Si sa conjointe réside en France avec ses trois enfants mineurs B, A et F, la régularité de son séjour n'est nullement établie. Il ne produit aucune pièce attestant de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, déclarant ne pas les avoir à charge. Il n'établit pas davantage la régularité du séjour en France de ses parents et de ses frères qui résident dans une caravane sur un camp à Aubagne. Le requérant a déjà fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français avec délai, assortie d'une interdiction de retour de deux ans, pris par le préfet du Nord, le 14 avril 2022, notifiée le 20 avril 2022, qu'il n'a pas exécutée. Il est par ailleurs défavorablement connu des services de police et de justice pour avoir été condamné par le tribunal correctionnel de Béthune le 24 septembre 2021 à une peine de 4 mois d'emprisonnement et à une amende de 250 euros pour des faits de refus, par le conducteur d'un véhicule, d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité, circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, conduite d'un véhicule sans permis et conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ce qui ne permet d'attester sa bonne intégration. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et eu égard aux effets de la mesure prise, le préfet de l'Hérault n'a pas, en prenant l'arrêté attaqué, porté au droit de M. E au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par cette mesure en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant: " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte du point précédent que M. E a déclaré que ses enfants n'étaient pas à sa charge. Si ce dernier a voulu se rendre à Béziers pour reprendre contact avec son ex-compagne afin de pouvoir rencontrer ses enfants, cette seule circonstance ne saurait justifier l'existence de liens particuliers avec ceux-ci. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". En vertu de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
11. Il résulte des dispositions précitées que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ volontaire, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
12. Pour édicter à l'encontre de M. E une interdiction de retour sur le territoire français pour la durée maximale de trois ans, le préfet de l'Hérault a pris en considération les circonstances qu'il n'était en mesure, ni d'établir la durée de sa présence en France depuis 2012, ni en être reparti, qu'il ne justifiait pas avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France dans la mesure où, marié religieusement avec Mme H avec laquelle il a eu trois enfants, il a déclaré que ses enfants n'étaient pas à sa charge, qu'il a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que son comportement représente une menace à l'ordre public dès lors qu'il a été placé en garde à vue pour des faits de violences volontaires aggravées. M. E ne justifie pas circonstances humanitaires faisant obstacle à l'interdiction contestée et compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 8 et 9 la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
13. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. E ne peut être que rejetée, y compris ses conclusions à fins d'injonction et celles présentées sur fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. I E, au préfet de l'Hérault et à Me Belloulou-Amara.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.
Le magistrat désigné,
M. G
La greffière
C. Touzet La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 29 décembre 202La greffière,
C. Touzet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026