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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2206798

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2206798

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2206798
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantBELLOULOU AMARA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête enregistrée le 29 décembre 2022, M. F G demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2022 A lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise A une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnait l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

A un mémoire enregistré le 31 janvier 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République démocratique et populaire algérienne relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision du président du tribunal désignant M. Choplin, président honoraire inscrit sur la liste prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, pour statuer sur les recours dont le présent tribunal est saisi en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Belloulou Amara, représentant M. G.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant algérien déclarant être né en 2006, déclare être entré sur le territoire français en 2021. A la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2022 A lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit A le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit A la juridiction compétente ou son président () ". En l'espèce, en raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. G au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ".

4. M. G n'a pas été en mesure de présenter un passeport en cours de validité et n'a pas établi être entré régulièrement en France. Il ne justifie pas être titulaire d'un titre de séjour. En outre l'intéressé est connu des services de police pour des faits d'usage illicite de stupéfiants, de détention de stupéfiants, d'offre ou cession de stupéfiants, de vol A effraction et de vol en réunion sans violence. Ainsi il entre dans les cas visés aux 1° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où le préfet peut prononcer une obligation de quitter le territoire français.

5. L'arrêté attaqué est signé, pour le préfet des Pyrénées-Orientales, A M. I D. A un arrêté du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à

M. I D, chef de bureau de la migration et de l'intégration, aux fins de signer notamment les décisions contenues dans l'arrêté contesté, en cas d'absence ou d'empêchement de M. H E, directeur de la citoyenneté et de la migration. A suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

6. Il ne ressort pas des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet, qui a notamment examiné les conséquences d'une mesure d'éloignement à l'encontre du requérant au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale et relevé que l'intéressé n'a apporté aucun élément de nature à établir qu'il encourrait des risques en cas de retour en Algérie, aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation.

7. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : 1o L'étranger mineur de dix-huit ans ; () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

8. La présomption de validité des actes d'état civil établis A une autorité étrangère ne peut être renversée A l'administration qu'en apportant la preuve, en menant les vérifications utiles, du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. Il en va ainsi lorsqu'il s'agit pour le préfet d'établir qu'un étranger est majeur et ne peut, en conséquence, bénéficier de la protection prévue en faveur des étrangers mineurs A le 1° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En revanche, l'administration française n'est pas tenue de solliciter nécessairement et systématiquement les autorités d'un autre État afin d'établir qu'un acte d'état civil présenté comme émanant de cet État est dépourvu d'authenticité, en particulier lorsque l'acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont dispose l'administration française sur la forme habituelle du document en question, manifestement falsifié.

9. M. G qui a déclaré être né le 21 juin 2006 et être âgé de 16 ans, n'a produit aucun document justifiant de son identité ainsi que de sa date de naissance. L'intéressé a été placé le 27 juillet 2022 dans un foyer de l'Institut département de l'enfance et de l'adolescence et l'éducateur qui a assuré une évaluation de la situation de l'intéressé, a conclu dans un rapport du 16 août 2022 à l'absence de document officiel d'identité, à des imprécisions importantes concernant la description de son cursus scolaire, à un récit du parcours migratoire qui comporte des imprécisions, à une posture de ce jeune qui, de A son assurance, s'apparente davantage à celle d'un adulte. Une expertise osseuse de l'intéressé a été réalisée, sur réquisition du Parquet, le 19 décembre 2022, selon la méthode de Greulich et Pyle, A un médecin expert judiciaire, sur la base d'une radiographie de la main gauche. Ce médecin a estimé, sur la base de ces éléments, un âge osseux correspondant de 18 à 20 ans. De même un panoramique dentaire effectué le 19 décembre 2022 démontre un âge dentaire correspondant à un stade H selon la classification de Dermirjian correspondant à un âge de 20,5 ans avec une marge de + ou - 1,97 an et au niveau mandibulaire à un âge de dentaire de 20,5 ans avec une marge de + ou - 2,09 ans.

10. Dans ces conditions, au regard des conclusions de ces deux expertises et en l'absence de document d'identité valable ou de toute autre pièce au soutien des allégations du requérant ou d'éléments de nature à confirmer la réalité de l'âge qu'il affirme avoir, le préfet des Pyrénées-Orientales a pu, à bon droit, estimer que M. G n'était pas mineur à la date à laquelle il a édicté la décision contestée. Il n'a, dès lors, pas méconnu les dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en obligeant le requérant à quitter le territoire national.

En ce qui concerne l'interdiction de retour pour une durée de deux ans :

11. En l'absence d'illégalité de la mesure d'éloignement, le moyen tiré, A la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, soulevé à l'encontre de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. G tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 27 décembre 2022 doivent être rejetées. Il en est de même, A voie de conséquence, de ses conclusions à fins d'injonction et de celles relatives aux frais liés au litige.

DECIDE:

Article 1er : M. G est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. G est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F G, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Belloulou Amara.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

Le magistrat désigné A le président du tribunal,

D. CLe greffier,

C. Touzet

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Montpellier, le 16 février 2023,

Le greffier,

C. Touzet

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