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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300010

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300010

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300010
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantLEMOUDAA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 janvier 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 3 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Lemoudaa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation en lui délivrant un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros à Me Lemoudaa au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 ainsi que les dépens.

Il soutient que:

- le préfet a méconnu l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- l'arrêté viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré 13 février 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il n'y a pas lieu de statuer sur la requête ;

- les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C

- et les observations de Me Lemoudaa, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

2. M. B A, ressortissant algérien né le 16 septembre 1986 à Tamzoura déclare être entré en France en juin 2012. Le 2 août 2022, il a demandé son admission au séjour titre de la vie privée et familiale en se prévalant de son mariage avec une ressortissante française. Par un arrêté du 19 septembre 2022, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'étendue du litige :

3. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

4. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 17 janvier 2023, le préfet de l'Hérault a retiré son arrêté du 19 septembre 2022 mais a repris une décision identique portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays où il est légalement admissible. Il s'ensuit que, d'une part, les conclusions présentées par M. A contre l'arrêté du 19 septembre 2022 doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté du 17 janvier 2023 et que, d'autre part, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté initial du 19 septembre 2022.

En ce qui concerne l'arrêté du 17 janvier 2023 :

5. En premier lieu, il n'est pas établi que le préfet se serait refusé à apprécier si, dans le cas particulier de M. A, une admission exceptionnelle au séjour pouvait lui être accordée dans le cadre de la mise en œuvre de son pouvoir de régularisation s'agissant d'un ressortissant algérien et nonobstant l'absence d'une telle procédure dans l'accord franco-algérien. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit que le préfet de l'Hérault a pu refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par M. A. Ce moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. A se prévaut d'une résidence habituelle en France depuis 2012 et de son union avec une ressortissante française. Toutefois, la production de documents épars, notamment médicaux, et d'attestations de proches non circonstanciées, ne permet pas d'établir la durée de séjour alléguée pas plus que l'ancienneté de la vie commune avec une ressortissante française avant le mariage célébré le 5 décembre 2020, soit récemment au regard de la date de la décision attaquée. En outre, M. A a usé de plusieurs identités afin de ménager sa clandestinité, et a déjà fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français sans délai le 12 mars 2016 sous l'une de ces identités, ainsi que d'une décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français prise le 22 avril 2021, à laquelle il s'est soustrait. Au surplus, l'arrêté contesté n'a ni pour objet ni pour effet de séparer durablement le requérant de son épouse, dès lors qu'il a la possibilité de retourner dans son pays d'origine pour y solliciter un visa de long séjour. Il s'ensuit que le préfet de l'Hérault n'a pas, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale sur le territoire une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par cette mesure. Ce moyen doit être écarté.

8. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, il n'est pas établi que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé de quitter le territoire français. Par suite ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Lemoudaa et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Bossi, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

Le président-rapporteur,

J-Ph. C L'assesseure la plus ancienne,

A. Bayada

La greffière,

I. Laffargue

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 31 mars 2023.

La greffière,

I. Laffargue

N°2300010

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