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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300069

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300069

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300069
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBLAZY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un bordereau de pièce enregistrés les 5 janvier et 6 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Blazy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2022-340-958 du 6 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, en application des articles L. 911-1 à L. 911-3 du code de justice administrative et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer le titre de séjour sollicité ;

3°) mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que l'arrêté en litige :

- est entaché d'incompétence faute de justifier d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- procède d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que ses échecs sont liés à son état de santé ;

Par un mémoire en défense enregistré le 15 février 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de 1'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Rousseau, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique :

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante burundaise née le 15 octobre 2001, est entrée en France le 23 août 2019 sous couvert d'un visa de type D étudiant afin d'y poursuivre des études dans le domaine médical. Après avoir essuyé un redoublement en première année commune aux études de santé pour les années universitaires 2019/2020 et 2020/2021 à l'université de Montpellier puis avoir été ajournée à l'issue de la première année de la formation universitaire " portail physique chimie sciences de l'ingénieur " (PCSI) au titre de l'année universitaire 2021/2020 suite à sa réorientation, le préfet de l'Hérault a refusé le renouvellement de son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions en annulation :

2. L'arrêté en litige est signé, pour le préfet de l'Hérault et par délégation, par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté n° 2022-09-DRCL-0357 du 14 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 126 du 14 septembre 2022, accessible au juge comme aux parties, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. C à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault, et notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. L'arrêté refusant le renouvellement du titre de séjour étudiant de Mme B et portant mesure d'éloignement, qui vise les textes dont il est fait application, notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ses articles 3, 6 et 8, les articles L. 422-1 et L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif à la délivrance des titres de séjours aux étrangers étudiant en France et à la possibilité d'être éloigné du territoire en cas de refus de renouvellement de titre de séjour, rappelle que l'intéressée ne peut pas apporter la preuve d'une progression dans ses études ni justifier du sérieux des études poursuivies puisqu'elle cumule un redoublement en première année commune aux études de santé (PACES) pour les années 2019/2020 et 2020/2021 auprès de l'Université de Montpellier, qu'elle fournit une inscription pour l'année 2022/2023, en première année portail PCSI Kiné, auprès de l'université de Montpellier, pour la 2ème année consécutive alors qu'elle a été ajournée pour l'année 2021/2022. Egalement, la décision contestée, mentionne que célibataire, sans charge de famille, elle ne démontre pas que le centre de ses intérêts privés et familiaux est établi en France au sens des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni être dans l'impossibilité de regagner son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où elle ne démontre pas être isolée, ce qui permet d'établir que le préfet s'est également prononcé sur la demande de titre de séjour de la requérante au regard de sa vie privée et familiale en France. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault n'aurait pas pris en considération les raisons à l'origine des échecs subis par la requérante au cours de ses études alors qu'il était loisible à Mme B, dans le cadre de l'instruction de sa demande de renouvellement, d'apporter tous éléments utiles propres à sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et complet de la situation de la requérante ne peut qu'être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché ICT ", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. L'autorité administrative peut procéder aux vérifications utiles pour s'assurer du maintien du droit au séjour de l'intéressé et, à cette fin, convoquer celui-ci à un ou plusieurs entretiens. () " et aux termes de l'article L. 422-1 du même code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée par un étranger en qualité d'étudiant, de rechercher, sous le contrôle du juge et à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement ses études. Le renouvellement de ce titre de séjour est ainsi subordonné à la réalité et à la progression des études poursuivies par le bénéficiaire. A cet égard, le caractère réel et sérieux des études est subordonné à une progression régulière de l'étudiant et à la cohérence de son parcours.

5. Pour estimer que Mme B n'apportait pas la preuve d'une progression dans ses études ni du sérieux de celles-ci, le préfet de l'Hérault a relevé qu'à l'issue de trois années d'études universitaires elle n'a validé aucun diplôme. Mme B inscrite à l'université de Montpellier en première année commune aux études de santé au titre de l'année 2019/2020 a échoué et son redoublement dans cette même formation en 2020/2021 n'a pas permis de remédier à ses difficultés. Réorientée vers le portail physique chimie sciences de l'ingénieur (PCSI) au titre de l'année universitaire 2021/2022, elle a également échoué. La requérante fait valoir que l'absence de réussite au cours de ses trois dernières années ne résulte pas d'un manque de travail ou de sérieux dans ses études mais est liée à un état de santé défaillant et verse au dossier une échographie doppler thyroïdiennes du 10 décembre 2021, des résultats de laboratoire de biologie médicale du 9 juin 2021, un courrier de son kinésithérapeute daté du 12 décembre 2022 indiquant l'avoir suivi de février à avril 2022 pour des lombalgies chroniques, deux certificats médicaux l'un du 9 novembre 2021, l'autre du 19 novembre lui prescrivant, pour le premier, 4 jours de repos du 9 novembre au 12 novembre 2021, pour le second, 5 jours de repos du 13 au 17 novembre 2021, un certificat médical de justification d'absence scolaire du 11 au 20 avril 2022 pour l'épreuve de licence 1 " python pour les sciences " (code UE has201h) organisée le 17 mai 2022, un certificat d'un kinésithérapeute du 12 février 2022 indiquant avoir pris en charge l'intéressée pour des lombalgies chroniques de février à avril 2022 et une attestation sur l'honneur d'un coach sportif précisant l'avoir assistée pour des problèmes dorsaux entre le 23 février et le 23 août 2022. Toutefois, les ennuis de santé qu'a rencontrés la requérante, caractérisés principalement par des lombalgies chroniques, ne permettent pas à eux seuls de justifier ses échecs répétés et sa réorientation dès lors qu'il n'est pas démontré leur impact réel sur le déroulement de sa scolarité et notamment ses périodes d'absence. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'en estimant qu'elle ne pouvait être regardée comme apportant la preuve d'une progression dans ses études ni du sérieux de ses études dès lors qu'à l'issue de trois années d'études elle n'a validé aucun diplôme, le préfet de l'Hérault aurait fait une inexacte application des dispositions précitées, ni entaché sa décision de refus de renouvellement de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles R. 761-1 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A B, au préfet de l'Hérault et à Me Blazy.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Rousseau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

Le rapporteur,

M. ROUSSEAU

La présidente,

S. ENCONTRE La greffière

C. ARCE

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 mars 2023

La greffière,

C. ARCE

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