mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2300089 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | BADJI-OUALI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 6 janvier et 10 mars 2023, M. C G, représenté par Me Badji-Ouali, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une autorisation temporaire de séjour dans un délai de quinze jours à compte de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué n'est pas démontrée ;
- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'un vice de forme et de procédure en ce qu'il ne comporte pas l'heure de sa notification ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision refusant un départ volontaire est insuffisamment motivée ;
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-2 1° et 3° et L. 612-3 1° et 8° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est insuffisamment motivée ;
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 14 février 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une décision du 23 février 2023, M. G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F ;
- les observations de Me Badji-Ouali, représentant M. G.
Considérant ce qui suit :
1. M. G, ressortissant algérien né le 6 décembre 1990, qui dit être entré en France en 2020, a été interpellé le 5 janvier 2023 lors d'un contrôle routier à Montpellier et placé en garde à vue pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et de refus de se soumettre à un test d'alcoolémie. Le même jour, il a reçu notification d'un arrêté pris par le préfet de l'Hérault portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire avec interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, l'intéressé conteste cet arrêté.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". M. G ayant obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 23 février 2023, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire, sont devenues sans objet. Il n'y a dès lors pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2022.09. DRCL.0367 du 21 septembre 2022, le préfet de l'Hérault a accordé à Mme E D, cheffe de section éloignement de la préfecture de l'Hérault, une délégation à l'effet de signer, " tout arrêté ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français ". Cette délégation de signature habilitait ainsi Mme D à signer l'arrêté portant refus de séjour, avec obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français, pris à F de M. G. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté du 5 janvier 2023 ni des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault, qui a notamment examiné les conséquences d'une mesure d'éloignement pour M. G, notamment au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale, ne se serait pas livré à un examen réel et sérieux de la situation du requérant. Si l'arrêté attaqué comporte une erreur sur la nationalité de l'intéressé, cette mention erronée reste sans incidence sur la légalité de l'acte attaqué au regard des dispositions dont le préfet a fait application pour prononcer les décisions contestées et au regard de la situation de l'intéressé. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'un examen particulier et approfondi de la situation du requérant doit être écarté.
5. En troisième lieu, si l'arrêté du 5 janvier 2023 ne comporte pas la mention de l'heure à laquelle il a été notifié à M. G, cette circonstance, qui n'a d'effet que sur le délai de recours contentieux, reste sans incidence sur la légalité de l'acte attaqué.
6. En quatrième lieu, l'arrêté du 5 janvier 2023 énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions qu'il comporte et satisfait ainsi aux dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. Si M. G fait valoir qu'il réside en France depuis 2020 et qu'il est bénéficiaire de l'aide médicale d'Etat depuis le 19 octobre 2022, il ressort des pièces du dossier qu'il est entré et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français, qu'il est célibataire et sans enfant et qu'il a vécu jusque l'âge de 30 ans en Algérie, où il ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales. En outre, si le requérant soutient qu'il vit avec sa mère, Mme H, épouse G, qui réside au 36 rue Hippolyte Fizeau à Montpellier, dont il produit le certificat de résidence, il ne démontre pas, ni même n'allègue, que sa présence à ses côtés serait indispensable et il ressort au demeurant du procès-verbal de son audition par les services de police, qu'il a déclaré être le fils de Mme B A. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :/ () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
10. D'une part, compte tenu de ce qui a été dit aux points précédents, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire doit être écarté.
11. D'autre part, contrairement à ce qui est soutenu, il ressort des motifs de l'arrêté litigieux que, pour justifier de l'absence d'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet de l'Hérault ne s'est pas fondé sur la menace à l'ordre public que présenterait la présence de l'intéressé sur le territoire national. En outre, si le requérant soutient que le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de de la durée de son séjour et de la présence régulière de sa mère en France, il est entré irrégulièrement sur le territoire français et n'a engagé aucune démarche en vue de régulariser sa situation administrative et ne justifie pas de garanties de représentation suffisantes, ayant déclaré lors de son audition par les services de la police nationale ne pas être en possession d'un document d'identité ou de voyage, n'avoir aucune attache familiale en France et être hébergé par une connaissance à Montpellier qui réside au 36 rue Hippolyte Fizeau à Montpellier, sans au demeurant en justifier. Il s'ensuit que M. G entre dans le champ d'application des 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire en application de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet de l'Hérault en n'accordant pas au requérant un délai de départ ne peut qu'être écarté.
12. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
13. Compte tenu de ce qui a été dit plus haut, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doit être écarté.
14. Au regard des conditions d'entrée et de séjour de M. G sur le territoire français, de l'absence de démonstration d'une vie privée et familiale en France et de son interpellation pour conduite d'un véhicule sans permis, c'est sans méconnaître les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sans entacher sa décision d'erreur d'appréciation que le préfet de l'Hérault a pris à F du requérant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. G tendant à l'annulation de l'arrêté du 5 janvier 2023 du préfet de l'Hérault doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque sur leur fondement.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. G.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C G, au préfet de l'Hérault et à Me Badji-Ouali.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sabine Encontre, présidente,
Mme Delphine Teuilly-Desportes, première conseillère,
M. Marc Rousseau, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
La présidente-rapporteure, L'assesseure la plus ancienne,
S. F D. Teuly-Desportes
La greffière,
C. Arce
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 28 mars 2023,
La greffière,
C. Arce lr
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026