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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300092

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300092

mardi 10 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300092
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantGHIAMAMA MOUELET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 janvier 2023, M. B E, représenté par Me Ghiamama Mouelet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 janvier 2023 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet du Var de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnait le principe du droit à être entendu prévu à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire méconnait l'article L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huchot, premier conseiller, dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Ghiamama Mouelet, représentant M. E assisté de M. F, interprète.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant M. E, né le 1er mai 2001 et de nationalité tunisienne, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français il y a environ deux ans. Il a été auditionné par la direction départementale de la sécurité publique au commissariat de Toulon les 4 et 5 janvier 2023. Le 5 janvier 2023, M. E a fait l'objet d'un arrêté du préfet du Var portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et a été placé au centre de rétention administrative de Sète. M. E a été maintenu en rétention par le juge des libertés et de la détention par une ordonnance du 7 janvier 2023. Par sa requête, M. E demande l'annulation de l'arrêté du 5 janvier portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 26 décembre 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, numéro n° 239 du 27 décembre 2022, consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Var a donné délégation à M. Lucien Guidicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Var, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie la décision en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de faits qui constituent le fondement de chaque décision prononcée, notamment le parcours du requérant, son audition par les services de police des 4 et 5 janvier 2023 et sa présence alléguée depuis deux ans. Par suite le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. En troisième lieu, et d'une part, la méconnaissance alléguée de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration est inopérante, les rapports entre les étrangers et l'administration en matière de droit au séjour étant entièrement régis par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. D'autre part, si aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. L'étranger peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Le requérant qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise l'arrêté attaqué et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à y faire obstacle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu et de l'absence de procédure contradictoire doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. E est entré irrégulièrement sur le territoire français et n'a jamais demandé la délivrance d'un titre de séjour et ce seul motif permettait au préfet du Var ne pas accorder de délai de départ volontaire au requérant, quand bien même l'intéressé n'a pas déclaré ne pas vouloir se conformer à une éventuelle obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Var aurait fait une inexacte application des dispositions précitées doit être écarté.

10. En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du même code, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

12. Il résulte de ces dispositions que seules des circonstances humanitaires peuvent faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour lorsque l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et que la durée de cette interdiction doit alors être fixée en prenant en compte la durée de présence en France, les liens tissés, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et la menace à l'ordre public. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, cette circonstance n'est pas retenue au nombre des motifs justifiant la durée de l'interdiction, l'autorité administrative n'est pas tenue, sous peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

13. D'une part, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet du Var a expressément motivée la décision portant interdiction de retour sur le territoire français sur les quatre critères énoncés par l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

14. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. E n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement prise par les autorités françaises, mais que ce dernier n'a jamais entrepris de démarche pour régulariser sa situation relative au séjour et que l'intéressé est célibataire et sans charge de famille et a vécu l'essentiel de son existence dans son pays d'origine où vivent encore ses parents et sa sœur. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. E a été interpellé pour des faits commis le 7 mai 2022 à Toulon de menace de mort, d'agression sexuelle, de violence et d'extorsion par violence. Par ailleurs, M. E n'établit pas la réalité de sa présence sur le territoire français depuis deux ans comme allégué ni d'une quelconque intégration particulière, sociale ou professionnelle. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet du Var aurait fait une inexacte application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. E est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. B E, à Me Ghiamama Mouelet et au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

N. C

La greffière,

C. D

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 10 janvier 2023,

La greffière,

M. D

N°230009

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