jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2300098 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SUMMERFIELD GABRIELLE |
Vu la procédure suivante :
I°) Par une requête, enregistrée le 6 janvier 2023 sous le n° 2300098, M. C F, représenté par Me Summerfield, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est arrivé en France en février 2017, parle parfaitement le Français, est intégré ; le couple s'investit dans l'éducation de leurs filles et n'a pas abusé du système d'assistance sociale ; il a utilisé une fausse carte d'identité portugaise pour pouvoir exercer des métiers pénibles et en tension ; les emplois étaient déclarés de sorte que les employeurs se sont acquittés de l'ensemble des charges sociales ;
- elle méconnait l'intérêt supérieur des enfants garantie par l'article 3-1 de la convention de New-York, l'ainée Ana-Carla est scolarisée en classe de CM2 et la cadette Sarah est née en France et est appréciée de ses camarades de classe ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour.
S'agissant de la décision en tant qu'elle fixe le délai de départ volontaire à 30 jours :
- elle est illégale en ce que ce délai de trente jours est insuffisant au vu de la situation des enfants qui devront être scolarisés au Brésil.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
II°) Par une requête, enregistrée le 6 janvier 2023 sous le n° 2300099, Mme B de Araujo Teixeira, représentée par Me Summerfield, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :
- elle méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le couple est arrivé en 2017 avec leur fille ainée et a donné naissance en France à leur deuxième fille en 2018 ; elle n'a jamais fait l'objet de procédure pénale, elle suit avec assiduité des cours de français et a noué des amitiés fortes avec les parents des camarades de classe de ses enfants ;
- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour.
S'agissant de la décision en tant qu'elle fixe le délai de départ volontaire à 30 jours :
- elle est illégale en ce que le délai de trente jours est insuffisant au vu de la situation des enfants qui devront être scolarisés au Brésil.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme de Araujo Teixeira ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- et les observations de M. F.
Considérant ce qui suit :
1. M. F et Mme H, ressortissants brésiliens nés respectivement en 1985 et 1989, ont sollicité par courrier du 24 mai 2022 pour Monsieur et du 21 juin 2022 pour Madame, la régularisation de leur situation administrative sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés du même jour, 25 novembre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté leurs demandes et les a obligés à quitter le territoire national dans le délai de trente jours. Par la requête susvisée n° 2300098 M. F demande l'annulation de l'arrêté du 25 novembre 2022 pris à son encontre et par la requête susvisé n° 2300099 Mme de Araujo Teixeira Paiva demande l'annulation de l'arrêté pris à son encontre.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées, qui concernent les membres d'une même famille et portent sur les mêmes questions de droit, ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul et même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant des décisions portant refus de séjour :
3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
4. M. F et Mme G Paiva se prévalent de ce qu'ils sont entrés en France en 2017 accompagnés de leur fille ainée Ana Carla, qu'ils y résident depuis lors de manière continue, qu'ils y ont donné naissance à leur deuxième fille, A, en mai 2018, et y sont parfaitement intégrés. S'il est vrai qu'ils établissent la réalité de leur séjour en France depuis 2017, par la production de quittances de loyer de 2017 à mars 2021 pour un logement situé en Seine et Marne, et produisent un courrier de soutien adressé par le maire d'Argelès-sur-Mer, où ils résident désormais, au préfet ainsi que plusieurs attestations, trois établies par des parents de camarades de classe de leur fille ainée avec lesquels ils ont tissés des liens d'amitié et une par une enseignante louant la parfaite intégration d'Ana Carla, il ressort toutefois des pièces du dossier d'une part, qu'ils se sont maintenus sur le territoire national sans solliciter leur régularisation administrative et d'autre part, s'agissant de la période antérieure à leur déménagement en 2021 dans le département des Pyrénées-Orientales, ils apportent peu voire aucun élément permettant d'établir une intégration sociale et professionnelle particulière. En particulier, alors que M. F a présenté des faux documents d'identité afin de pouvoir travailler, ainsi qu'il le justifie, il ne présente que quelques bulletins de salaires éparses ne permettant pas de justifier d'une réelle insertion professionnelle, même après leur déménagement à Argelès-sur-Mer. En outre, alors qu'ils ont vécu la majeure partie de leur vie dans leur pays d'origine, dont ils sont tous deux ressortissants et où résident des membres de leur famille respective, ils ne démontrent pas que leur vie familiale ne pourrait pas y être reconstituée. Dans ces conditions, compte tenu de leurs conditions de séjour en France, alors même que Mme G Paiva suit des cours de Français avec assiduité, le préfet des Pyrénées-Orientales a pu sans porter une atteinte disproportionnée au droit au respect de leur vie privée et familiale en France.
5. Lorsqu'il a été révélé qu'un étranger a fait usage de faux documents administratifs, il incombe au juge administratif, pour apprécier la réalité du séjour de l'étranger et la consistance de ses liens personnels et familiaux, d'apprécier l'ensemble des pièces produites par l'intéressé, en tenant compte de la nature particulière des documents produits sous couvert d'une usurpation d'identité.
6. Si M. F fait valoir qu'en produisant des faux documents d'identité à son nom, sans usurpation d'identité, il n'a porté atteinte à personne en particulier, et a seulement souhaité travailler, il résulte de ce qui a été dit au point 4 qu'il ne démontre pas l'existence d'une intégration professionnelle particulière. Ainsi et pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés au point 4, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet aurait en leur refusant l'admission au séjour entaché ses décisions d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ces décisions sur leur situation personnelle d'ensemble.
7. Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
8. Les requérants soutiennent que les stipulations précitées ont été méconnues dès lors que les décisions attaquées vont faire obstacle à la poursuite de la scolarité de leurs enfants sur le territoire national. Toutefois, l'aînée n'est scolarisée qu'en classe de CM2, et les requérants n'apportent aucun élément pour établir que la scolarité des enfants ne pourrait pas se poursuivre au Brésil, pays dont elles détiennent la nationalité. Par suite, alors que les décisions en litige n'ont pas pour effet de séparer les requérants de leurs enfants, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention des droits de l'enfant doit être écarté.
S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français :
9. En l'absence d'illégalité du refus de séjour opposé par le préfet des Pyrénées-Orientales à M. F et Mme de Aranjo Teixea Paiva, ces derniers ne sont pas fondés à se prévaloir de l'illégalité de la mesure d'éloignement par la voie de l'exception de l'illégalité du refus de séjour.
S'agissant des décisions en tant qu'elles fixent le délai de départ volontaire à trente jours :
10. L'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. ".
11. Il ne ressort pas des pièces des dossiers et n'est pas allégué que M. F et Mme de Aranjo Teixera Paiva auraient présenté une demande tendant à la prolongation du délai de trente jours de principe fixé par les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La circonstance que leurs enfants soient scolarisés respectivement en cours moyen 2ème année et en maternelle ne constitue pas une circonstance particulière justifiant, à la date des décisions contestées, une prolongation du délai de trente jours. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que les décisions en tant qu'elles fixent un délai de départ volontaire à 30 jours seraient illégales.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F et Mme G Paiva doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. L'exécution du présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des décisions contenues dans les arrêtés du 25 novembre 2022 du préfet de Pyrénées-Orientales, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions des requérants tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de leur délivrer des titres de séjour, autorisations provisoires de séjour ou de procéder au réexamen de leur situation doivent donc être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, soit condamné à verser quelque somme que ce soit aux requérants.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. F et Mme G Paiva sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, à Mme B G Paiva et au préfet des Pyrénées-Orientales.
Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lison Rigaud, présidente,
Mme E D, première conseiller,
M. François Goursaud, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.
La rapporteure,
I. D
La présidente,
L. RigaudLe greffier,
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 30 mars 2023.
La greffière,
A. Junon
2 et 2300099
aj
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026