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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300105

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300105

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300105
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 janvier 2023, Mme A C représentée par Me Ruffel, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer une autorisation titre de séjour en qualité d'étudiant ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer, sans délai, un titre de séjour l'autorisant à travailler, dans l'attente du jugement au fond ;

3°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il y a urgence à prononcer la suspension de l'exécution de la décision de rejet en litige dès lors que l'autorisation provisoire de séjour dont elle disposait a expiré à l'issue de sa demande renouvellement et qu'un titre de séjour lui est nécessaire pour effectuer ses stages et passer ses examens dans le cadre des études qu'elle entend poursuivre à l'issue du baccalauréat qu'elle a obtenu avec la mention " bien " en juillet 2022 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité d'une telle décision :

. qui est entachée de vices de forme faute de mention d'une date et de l'identité de son auteur,

. qui est entachée d'une erreur de droit, l'autorisation provisoire de séjour d'une durée de plus de cinq mois dont elle disposait étant de nature à pallier l'absence de visa de long séjour requis sur le fondement de l'article 9 de l'accord franco-algérien,

. qui est entachée aussi d'une autre erreur de droit, le préfet s'étant, à tort, cru en situation de ne pas examiner sa situation personnelle au motif erroné tiré du caractère incomplet du dossier de sa demande de titre de séjour,

. qui méconnaît les articles 6-5 de l'accord franco-algérien et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 24 janvier 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête, il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun moyen de la requête n'est fondé en droit.

Vu :

- la requête tendant à l'annulation de la décision susvisée ;

- la décision du 30 novembre 2022 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme C une aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montpellier a désigné M. Souteyrand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Souteyrand, vice-président ;

- et les observations de Me Carbonnier pour la requérante et de M. B pour le préfet de l'Hérault.

Considérant ce qui suit :

1. Madame C, ressortissante algérienne née le 26 avril 2003, demande au tribunal de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a, le 16 août 2022, rejeté sa demande de titre de séjour en qualité d'étudiante qu'elle avait présenté le 2 août 2022, au motif qu'elle ne dispose pas d'un visa de long séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " ; qu'aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. // Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre ; qu'il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète du demandeur et de ses proches. Si cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas du retrait ou du refus de renouvellement d'un titre de séjour, il appartient en revanche au requérant, dans les autres cas, au nombre desquels figure le refus de première demande de titre, de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Aux termes du titre II du protocole annexé à l'accord : " Les membres de la famille s'entendent du conjoint d'un ressortissant algérien, de ses enfants mineurs ainsi que des enfants de moins de dix-huit ans dont il a juridiquement la charge en vertu d'une décision de l'autorité judiciaire algérienne dans l'intérêt supérieur de l'enfant. / () ". Il résulte de ces stipulations qu'est éligible au regroupement familial l'enfant âgé de moins de dix-huit ans, à la date du dépôt de la demande, dont le demandeur, de nationalité algérienne, a juridiquement la charge en vertu d'une décision de l'autorité judiciaire de son pays d'origine. Aux termes de l'article 9 de l'accord du 27 décembre 1968 : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4(lettre c et d) (a à d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. / () ". En l'absence de possession d'un visa de long séjour, un dossier de demande de titre de séjour est, en dehors du cas d'un renouvellement de titre de séjour, incomplet et dès lors le refus d'en poursuivre l'instruction, n'a pas le caractère d'une décision susceptible d'être contestée par la voie d'un recours pour excès de pouvoir.

5. Mme C, qui est entrée en France avec un visa de court séjour le 5 avril 2019, alors qu'elle était âgée de 15 ans et 11 mois, a qui le préfet a délivré, à titre exceptionnel, une autorisation provisoire de séjour seulement valable du 23 mars au 30 août 2022 afin de lui permettre d'achever ses études secondaire en passant son baccalauréat, qu'elle a obtenu avec la mention " bien " au mois de juillet 2022, et a qui il avait été expressément indiqué par courrier le 23 mars qu'il lui appartenait de regagner son pays d'origine afin de solliciter un visa de long séjour auprès des autorités consulaires françaises si elle souhaitait poursuivre ses études en France, n'établit pas l'urgence à statuer par la voie du référé suspension sur sa demande tendant à la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a refusé, le 16 août 2022, de lui délivrer une autorisation titre de séjour en qualité d'étudiante au motif que son dossier était incomplet faute de disposer d'un visa de long séjour, alors qu'au surplus les parents de Mme C vivent en Algérie et qu'elle a pu achever en France son cycle d'étude secondaire. Il y a lieu, par suite, de rejeter la requête, en toutes ses conclusions, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête.

DECIDE

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et au préfet de l'Hérault.

Fait à Montpellier, le 24 janvier 2023.

Le juge des référés, La greffière,

E. Souteyrand A. Farell

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 25 janvier 2023.

La greffière,

A. Farell

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