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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300127

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300127

lundi 3 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300127
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête et mémoires, enregistrés les 10 janvier et 20 février et 7 mars 2023, M. A D, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2022 du préfet de l'Hérault qui lui refuse un titre de séjour " parent d'enfant français ", l'oblige à quitter le territoire français, et fixe le délai de départ et le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour ou de réexaminer sa demande, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté est incompétent ;

- le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour, car il relève des articles L. 423-7 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, père de deux enfants français ayant dix ans de séjour continu en France ;

- le préfet méconnait l'article L. 423-7 du même code, dont il remplit les conditions ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnait les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 423-23 du même code, il ne trouble pas l'ordre public ;

- il méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par mémoire, enregistré le 20 février 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par décision du 13 décembre 2022 l'aide juridictionnelle totale a été accordée au requérant.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de Me Brulé, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M D, ressortissant marocain né le 7 septembre 1981, qui a bénéficié de titres de séjour du 21 septembre 2010 au 4 mars 2016, demande d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2022 du préfet de l'Hérault qui lui refuse un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, l'oblige à quitter le territoire français, et fixe le délai de départ et le pays de renvoi.

2. Par un arrêté n° 2022.03.DRCL.167 du 9 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture spécial n° 39 du 10 mars 2022 et accessible au juge comme aux parties, le préfet de l'Hérault a accordé à Mme G B, signataire de l'arrêté attaqué, sous-préfète chargée de mission secrétaire générale adjointe auprès du préfet de l'Hérault, une délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture, " tous actes, décisions, conventions, correspondances et documents dans les limites de l'arrondissement chef-lieu ". Dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E n'était pas absent ou empêché le 14 septembre 2022, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.

3. En vertu de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Si l'intéressé est père de deux enfants, nés les 18 février 2010 et 16 juin 2011, qui ont la nationalité française, il ne justifie pas contribuer à leur éducation ou entretien depuis deux ans. Par suite, le moyen tiré du non-respect de l'article L. 423-7 sera écarté.

4. Le requérant ne justifie pas de sa présence en France en 2017, 2019 et 2020, et donc de dix ans de présence continue sur le territoire. De ce fait, et comme M. D ne remplit pas les conditions prévues par l'article L. 423-7 du code cité au point précédent, le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 432-13 et L. 435-1 du même code sera écarté.

5. En vertu de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Il ressort des pièces du dossier que le refus de séjour est fondé sur cet article, du fait de la condamnation de l'intéressé, à des amendes les 12 mars 2014 et 31 octobre 2016 pour vol, à huit mois d'emprisonnement le 5 août 2016 pour vol en réunion, à six mois d'emprisonnement le 21 décembre 2017 pour vol en récidive, et enfin à huit mois d'emprisonnement le 24 février 2022 pour port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ; () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Le requérant ne justifie pas, par une attestation peu circonstanciée établie par la mère des enfants, vivre avec elle et leurs enfants depuis 2010. Il ne démontre pas non plus contribuer à l'éducation de ses enfants. Par suite, et eu égard aux condamnations pénales dont il a fait l'objet, le moyen tiré de la violation des articles cités point 6 sera écarté.

8. L'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 stipule que : " Dans toutes les décisions concernant les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 septembre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de l'Hérault.

Copie en sera transmise à Me Ruffel.

Après en avoir délibéré à l'issue de l'audience du 20 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Couégnat, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2023.

Le président,

V. C

L'assesseure la plus ancienne,

M. F

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 4 avril 2023.

Le greffier,

F. Balicki

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