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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300177

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300177

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300177
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 12 janvier, 3 et 17 février 2023, Mme B A, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " salariée ", dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Ruffel en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet, qui n'a pas examiné sa demande de titre de séjour " salariée ", s'est estimé en situation de compétence liée et n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa situation ;

- il porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 6.5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 16 février 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Charvin, rapporteur ;

- et les observations de Me Barbaroux, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née en 1960, déclare être entrée en France le 23 août 2017 depuis l'Espagne, sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles. Le 15 septembre 2022, elle a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence au regard de sa vie privée et familiale et en qualité de salariée. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de faire droit à cette demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

2. La décision contestée est signée, pour le préfet de l'Hérault et par délégation, par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté n° 2022-09-DRCL-0357 du 14 septembre 2022, régulièrement publié, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. C à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault, et notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Compte tenu de sa précision, cette délégation n'est pas d'une portée trop générale. Le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.

3. Aux termes du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention "salarié" ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française. ". Aux termes de l'article 9 de ce même accord : " () Pour être admis à entrer et à séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7 et 7 bis (lettres a à d), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. ". Il résulte de ces stipulations que, pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français pour y exercer une activité professionnelle salariée, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises.

4. Il est constant que Mme A ne disposait pas de visa long séjour à la date de sa demande de carte de séjour et était ainsi en situation irrégulière. Le préfet a ainsi pu à bon droit opposer à Mme A l'absence de détention d'un visa long séjour pour rejeter sa demande de certificat de résidence présentée en qualité de salariée sur le fondement de l'article 7 de l'accord franco-algérien. Il ne ressort par ailleurs pas des termes de la motivation de l'arrêté que le préfet de l'Hérault, qui a procédé à un examen particulier de la situation tant personnelle que familiale de l'intéressée, se serait estimé en situation de compétence liée pour refuser la délivrance du certificat de séjour sollicité sur ce seul motif. Les moyens tirés de l'erreur de droit doivent dès lors être écartés.

5. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, où à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Mme A se prévaut de son entrée régulière et de la durée de son séjour sur le territoire français depuis le 23 août 2017, de la présence de ses deux enfants nés en Algérie en 2000 et scolarisés en France. Elle n'établit toutefois ni la date ni la régularité de son entrée sur le territoire français. Ses enfants, dont elle soutient qu'ils suivent leur scolarité en France, sont tous deux majeurs et ne sont plus à sa charge. La situation de ses enfants au regard de leur scolarisation en France est sans incidence sur la situation personnelle de la requérante dès lors qu'ils sont tous deux majeurs. Ni les circonstances qu'elle a accompagné sa fille pour des séances de protonthérapie et qu'elle en a réglé les factures, ni les pièces versées au dossier ne sont de nature à établir que l'état de santé de celle-ci nécessiterait la présence de sa mère à ses côtés. Mme A, qui a divorcé en 2012, est donc célibataire et sans charge de famille en France. Les attestations qu'elle produit relatives à son implication en tant que parent d'élève ou au sein des associations des Sœurs de Saint-François-d'Assise ou des Restaurants du cœur ne sont pas suffisamment probantes quant à l'établissement en France du centre de ses intérêts privés et familiaux. La requérante ne démontre par ailleurs pas être dépourvue de toute attache familiale en Algérie, pays dans lequel elle a résidé jusqu'à l'âge de cinquante-sept ans. Dans ces conditions, compte tenu des conditions de séjour en France de Mme A, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus d'admission au séjour et des buts en vue desquels la mesure d'éloignement a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 27 septembre 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.

Délibéré à l'issue de l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

Mme Camille Doumergue, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

Le président-rapporteur,

J. Charvin

La greffière,

L. SalsmannL'assesseure la plus ancienne,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 4 avril 2023,

La greffière,

L. Salsmann

N 2300177Ls

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