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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300184

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300184

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300184
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSUMMERFIELD GABRIELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 janvier 2023 et le 23 février 2023, M. B C, représenté par Me Summerfield, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 10 octobre 2022 par lequel le préfet des Pyrénées - Orientales a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours à destination de l'Equateur ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour d'une durée de dix ans ou, à défaut, d'une durée de cinq ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à payer à son avocate en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- son épouse a acquis le droit au séjour permanent au sens de l'article L 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte qu'il dispose du droit au séjour en qualité de conjoint en application notamment des articles L. 233-1, R. 233-9 et R. 233-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui doivent être interprétés en conformité avec le droit de l'Union et la jurisprudence de la cour de justice de l'Union européenne ;

- le préfet a commis une erreur de fait lorsqu'il indique qu'elle n'exerçait aucune activité professionnelle à la date de la décision attaquée ;

- il dispose d'un droit au séjour en qualité de conjoint d'une citoyenne de l'Union en application de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il dispose d'un droit au séjour en qualité de parent d'enfant citoyen de l'Union européenne scolarisé en application de l'article 10 du règlement n° 492/2011 sans satisfaire aux conditions définies dans la directive 2004/38/CE ;

- le refus de séjour qui sépare le père de ses enfants et de son épouse est contraire à l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour entache d'illégalité la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité équatorienne né le 7 septembre 1993, est entré sur le territoire français en février 2017, selon ses déclarations, muni d'un visa espagnol de court séjour valide du 15 octobre 2016 au 12 avril 2017 et a obtenu un visa régularisation délivré le 18 septembre 2018 par le préfet du Gard. M. C a obtenu un titre de séjour d'un an le 4 octobre 2018, régulièrement renouvelé jusqu'au 23 juin 2022, en qualité de membre de famille de citoyen de l'Union européenne. Le 2 juin 2022, M. C en a demandé le renouvellement. Par un arrêté du 10 octobre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande, a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité du refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 231-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ne sont pas tenus de détenir un titre de séjour. Toutefois, s'ils en font la demande, il leur en est délivré un ". Aux termes de l'article L. 233-1 de ce même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale () ". Aux termes de l'article L. 233-2 du même code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. Il en va de même pour les ressortissants de pays tiers, conjoints ou descendants directs à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées au 3° de l'article L. 233-1 ". Aux termes de l'article L. 234-1 de ce même code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. Les ressortissants de pays tiers, membres de famille, acquièrent également un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français à condition qu'ils aient résidé en France de manière légale et ininterrompue pendant les cinq années précédentes avec le citoyen de l'Union européenne mentionné au premier alinéa. Une carte de séjour d'une durée de validité de dix ans renouvelable de plein droit leur est délivrée. "

3. Il ressort des pièces du dossier qu'en application de l'article L. 231-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, l'épouse du requérant, de nationalité espagnole, pouvait résider en France sans détenir de titre de séjour. Toutefois, M. C, ressortissant d'un pays tiers, peut bénéficier d'un droit au séjour en France en sa qualité de conjoint d'un ressortissant de l'Union européenne si son épouse, ressortissante de l'Union, remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en application de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort de l'avis d'imposition 2022 sur les revenus 2021 que l'épouse du requérant, qui, à la date de la décision attaquée, ne produit qu'un contrat de travail à durée déterminée de très courte durée, n'a perçu qu'environ 4 000 euros de revenus en 2021. Ainsi, il ne ressort des pièces du dossier ni que l'épouse du requérant exercerait une activité professionnelle, ni qu'elle disposerait de ressources suffisantes pour elle et sa famille. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'elle disposerait d'une assurance maladie. Ainsi, son épouse ne remplissant pas, à la date de la décision attaquée, les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour, M. C ne pouvait bénéficier d'un titre de séjour en application de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni en application de l'article L. 234-1 de ce même code, le requérant n'établissant pas, en outre, leur présence en France depuis plus de cinq ans à la date de la décision attaquée.

4. M. C se prévaut également de sa qualité de père de trois enfants ressortissants de l'Union européenne de nationalité espagnole, dont un était scolarisé en maternelle à la date de décision attaquée. D'une part, si l'arrêté attaqué est, sur ce point, entaché d'une erreur de fait quant au nombre d'enfant scolarisé et à leur niveau d'étude, ladite erreur n'a pas eu d'influence sur la décision du préfet qui n'est pas fondée sur ces éléments erronés. D'autre part, le droit de l'Union, interprété par la Cour de justice de l'Union européenne et transposé en droit interne par les dispositions citées au point 2 du présent jugement, confère au ressortissant mineur d'un Etat membre, en sa qualité de citoyen de l'Union, ainsi que, par voie de conséquence, le ressortissant d'un Etat tiers, parent de ce mineur et qui en assume la charge, un droit de séjour dans l'Etat membre d'accueil à la double condition que cet enfant soit couvert par une assurance maladie appropriée et que le parent qui en assume la charge dispose de ressources suffisantes. En l'absence d'une assurance maladie et au vu des ressources insuffisantes de M. C, qui ne lui permettent pas de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, comme cela ressort d'ailleurs du relevé des prestations de la caisse d'allocations familiales, le requérant ne peut davantage se prévaloir de sa qualité de père de trois enfants de nationalité espagnole.

5. Enfin, M. C se prévaut de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant mais se borne à se prévaloir de la séparation de son épouse et de ses enfants. Toutefois, la décision refusant un titre de séjour n'a pas pour objet de séparer le requérant du reste de sa famille. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que la cellule familiale pourrait se reconstruire en Equateur, pays dont le requérant et son épouse ont la nationalité, ou éventuellement en Espagne, où M. C a bénéficié d'un titre de séjour jusqu'en 2021.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

6. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. C ne saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

7. Aux termes de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 ".

8. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 du présent jugement que M. C, qui n'est pas citoyen de l'Union européenne, ne bénéficie pas d'un droit au séjour permanent et n'entrait ainsi pas dans les cas prévus par l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faisant obstacle à l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

9. Le préfet des Pyrénées-Orientales a fixé comme pays de destination, le pays dont M. C a la nationalité ou tout pays dans lequel il est légalement admissible. La circonstance que l'épouse et les enfants de M. C sont de nationalité espagnole est sans incidence sur la décision fixant le pays de renvoi qui détermine seulement le pays vers lequel le requérant peut être renvoyé mais qui ne porte pas sur son éloignement.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2022 ne peuvent être que rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté contesté, n'implique pas la délivrance d'un titre de séjour à M. C. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales de prendre une telle mesure doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. C la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet des Pyrénées Orientales et à Me Summerfield.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

Mme Camille Doumergue, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La rapporteure,

C. A

Le président,

J. Charvin

La greffière,

L. Salsmann

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 4 avril 2023

La greffière,

L. Salsmann

mf

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