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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300234

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300234

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300234
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP RECHE - GUILLE MEGHABBAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 janvier 2023, M. A B, représenté par la SCP Rèche-Guille Meghabbar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Aude l'a obligé à quitter le territoire sans délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aude de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire d'enjoindre au préfet de l'Aude de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) en tout état de cause de condamner l'Etat au paiement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure pour défaut de consultation de la commission du titre de séjour en violation de l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un vice de procédure pour absence de signature et de présence d'un interprète ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen total de sa situation personnelle et actuelle ;

- il remplit les conditions de délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français ce qui fait obstacle à son éloignement ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation faute pour le préfet de l'Aude d'établir l'existence d'une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Couégnat, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant croate né le 3 août 1983, demande l'annulation de l'arrêté du 17 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Aude l'a obligé à quitter sans délai le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;() L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ". Aux termes de l'article L. 251-2 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 ".

3. Pour obliger M. B à quitter le territoire français, le préfet de l'Aude, après avoir relevé que celui-ci ne pouvait bénéficier du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1, s'est fondé sur la circonstance que le comportement personnel de l'intéressé constituait du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française. Il ressort des termes de l'arrêté que cette appréciation est fondée sur les nombreux faits, listés dans l'arrêté, pour lesquels M. B est mis en cause. M. B conteste fermement l'accusation récente de faits de violences habituelles sur mineurs, relève qu'il n'a jamais fait l'objet d'une condamnation pénale et soutient qu'une liste de faits non datés, ne faisant pas référence à une infraction précise, ne suffit pas à établir la réalité d'une menace actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française. Le préfet de l'Aude, qui n'a produit aucun mémoire en défense, n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité des " mises en cause " évoquées ni à en préciser la nature et les circonstances. Sa décision ne vise en outre aucune condamnation pénale. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont est entaché le motif de l'obligation de quitter le territoire français contestée doit être accueilli.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant obligation de quitter le territoire français contenue dans l'arrêté du préfet de l'Aude du 17 décembre 2022 doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

6. L'annulation, par le présent jugement, de l'arrêté attaqué implique nécessairement, en application des dispositions citées au point précédent, que le préfet de l'Aude délivre à M. B une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. En revanche il n'implique pas que le préfet délivre à l'intéressé un titre de séjour. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre seulement au préfet de l'Aude de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas dans le délai de deux mois.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de quelque somme que ce soit au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Aude du 17 décembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Aude de munir M. A B d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours jusqu'à ce qu'il ait statué sur son cas dans un délai de deux mois.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Aude.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

Mme Camille Doumergue, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La rapporteure,

M. Couégnat

Le président,

J. Charvin

La greffière,

L. Salsmann

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 4 avril 2023

La greffière,

L. Salsmann

Ls

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