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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300290

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300290

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300290
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP DESSALCES & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 18 janvier 2023, le 24 janvier 2023, le 25 janvier 2023, le 7 février 2023 et le 23 février 2023, ces dernières n'ayant pas été communiquées, M. D B [FA1]demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Aude a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aude de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale ".

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente faute de délégation régulière ;

- elle méconnait l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa vie personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bayada, première conseillère

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais né le 29 novembre 1991 a été interpellé par les services de police le 17 janvier 2023. Par un arrêté du 17 janvier 2023, le préfet de l'Aude a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par sa requête, M. B en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° DPPAT-BCI-2022-048 du 7 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 8 du 7 septembre 2022, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet de l'Aude a accordé à Mme A C, adjointe au chef du bureau de l'immigration et de la nationalité, une délégation de signature dans la limite des attributions de ce bureau, lesquelles comprennent " la mise en œuvre des mesures d'éloignement ". Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, Mme C était habilitée à signer l'arrêté litigieux. Le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.

3. En second lieu, aux termes l'article L 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger accueilli par les organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles et justifiant[FA2] de trois années d'activité ininterrompue au sein de ce dernier, du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration, peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. "

4. Le requérant soutient que sa situation relève du champ d'application de l'article précité en ce qu'il a été compagnon d'Emmaüs de mai 2019 à juin 2022. Toutefois, la seule pièce produite, à savoir, une attestation non circonstanciée du responsable de la structure Emmaüs de Narbonne, ne suffit pas à caractériser le caractère réel et sérieux de l'activité réalisée au sein de la structure au sens de l'article L. 435-2 précité ni de réelles perspectives d'intégration. Par suite, le préfet de l'Aude n'a pas commis d'erreur de droit en refusant à M. B la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. M. B, qui déclare être entré en France au cours de l'année 2018, se prévaut de sa vie commune avec une ressortissante française depuis septembre 2021, avec laquelle il s'est marié le 14 janvier 2023. Toutefois, et alors que le mariage est récent à la date de la décision attaquée, les pièces versées aux débats par le requérant, constituées d'une facture d'électricité de novembre 2022 et d'un bail d'habitation conclu au nom des deux époux le 1er janvier 2023 et d'attestations de proches du couple, ne sont pas suffisantes à établir l'ancienneté alléguée de la relation. En outre, si M. B justifie avoir travaillé en tant qu'agent de sécurité au cours de l'année 2022, il ne justifie toutefois pas d'une insertion ancienne et stable dans la société française, ni qu'il y aurait fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux, alors qu'il n'établit pas être dépourvu de tout lien avec son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans et où résident sa mère et sa sœur. S'il se prévaut enfin de l'état de santé de son père, le requérant ne produit aucun élément démontrant que sa présence auprès de son père est indispensable alors que ce dernier réside en région parisienne et que le compte-rendu d'hospitalisation établi en décembre 2022 mentionne un futur rapatriement au Sénégal le 8 décembre 2022. Dans ces conditions, en refusant d'admettre M. B au séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. B.

7. Il découle de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 17 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Aude a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de l'Aude.

Délibéré après l'audience du 24 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Gavalda, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.

La rapporteure,

A. Bayada Le président,

V. Rabaté

La greffière,

E. Tournier

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 14 avril 2023

La greffière,

E. Tournier

[FA1]Le 22/02/2023 lettre de son avocat (SCP DESSALCES) qui indique qu'il ne représente plus M. Thiaw

[FA2]à l'origine, la demande de titre du requérant était basée sur sa qualité de compagnon d'Emmaüs mais il semble avoir finalement avoir demandé un titre de séjour en sa qualité de conjoint de français par la suite. Ce qui explique les raisons pour lesquelles, dans son arrêté, le préfet indique également que M. Thiaw ne peut prétendre à la délivrance d'un TDS sur le fondement de L 423-2 en plus de L 435-2 CESEDA.

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