vendredi 14 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2300310 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, avec interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à Me Ruffel au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur le refus de séjour :
- la décision est entachée d'un vice de procédure car la commission du titre de séjour n'a pas été consultée en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-son comportement ne caractérise pas une menace à l'ordre public ;
- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur l'interdiction de retour :
- elle méconnaît l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il ne s'est pas maintenu irrégulièrement en France au-delà du délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 février 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 26 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bayada, première conseillère,
- et les observations de Me Brulé, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A ressortissant géorgien né le 7 juin 1976 à Terjola, entré en France le 26 juin 2017, a vu sa demande d'asile rejetée le 28 décembre 2017 par décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), décision confirmée ensuite par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 23 août 2018. Par décision du 8 octobre 2018, le préfet de l'Hérault a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. La demande de réexamen de la demande d'asile de M. A a, par la suite, fait l'objet d'un rejet par décision de l'OFPRA du 11 février 2019, confirmée le 17 mai 2019 par la CNDA. Par arrêté du 5 octobre 2022 le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a prononcé une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an. M. A demande l'annulation de ces décisions.
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné pénalement, le 16 décembre 2020 par le tribunal correctionnel de Montpellier a une peine d'un an d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vols par effraction et par ruse dans un local d'habitation. Dans ces conditions, eu égard à la gravité et au caractère relativement récent de cette infraction pénale, le requérant n'est pas fondé à soutenir que son comportement ne représente pas une menace à l'ordre public.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. M. A fait état de son entrée en France le 26 juin 2017, accompagnée de son épouse et de leurs deux enfants, nés en 2009 et 2011 et se prévaut de la scolarisation ininterrompue en France de ces derniers depuis le mois de septembre 2017. Toutefois, M. A, actuellement hébergé avec sa famille, a fait l'objet d'une condamnation le 16 décembre 2020 par le tribunal correctionnel de Montpellier a une peine d'un an d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol par effraction et par ruse dans un local d'habitation. Par ailleurs, l'intéressé ne justifie d'aucune intégration sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français. Enfin, son épouse a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise le 7 septembre 2022 et la seule circonstance qu'il ait pu être amené à subir une opération chirurgicale au cours de l'année 2022 ne saurait établir l'existence d'un intérêt privé ou familial pour M. A sur le territoire. Dans ces conditions, alors que rien ne s'oppose à la reconstitution de la cellule familiale en Géorgie, pays où le requérant a vécu la majeure partie de sa vie et où la scolarité des enfants peut se poursuivre, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
6. Pour les mêmes motifs que ceux-ci-dessus développés, ni la durée de séjour de M. A, qui a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, ni la scolarisation de ses enfants ne permettent de conclure que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".
8. Il résulte de ce qui précède et de la situation familiale et personnelle de M. A que celui-ci n'établit pas qu'il disposerait effectivement d'un droit au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet n'a pas commis d'erreur de procédure en s'abstenant de consulter la commission du titre de séjour.
9. En quatrième lieu, il ne ressort, ni des termes de la décision attaquée qui mentionne la présence des deux enfants de M. A ni des pièces du dossier, que le préfet de l'Hérault n'aurait pas pris en compte l'intérêt supérieur des enfants de l'intéressé protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
11. M. A ne conteste pas qu'il s'est maintenu sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire de trente jours fixé par l'obligation de quitter le territoire français édictée le 8 octobre 2018. Alors que cette décision n'était pas assortie d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet pouvait régulièrement, dans ces circonstances, édicter une interdiction de retour sur le territoire français sur le fondement de l'article L. 612-7 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile, bien qu'une nouvelle obligation de quitter le territoire français, édictée le même jour, accorde un nouveau délai de départ volontaire de trente jours. Le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le préfet doit être écarté.
12. Enfin, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
13.Compte tenu de ce qui a été dit au point 4 que le préfet de l'Hérault a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
14. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A à l'encontre de l'arrêté du 5 octobre 2022 pris par le préfet de l'Hérault. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : Le présente décision sera notifiée à M. B A au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.
Délibéré après l'audience du 24 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vincent Rabaté, président,
Mme Adrienne Bayada, première conseillère,
Mme Amélie Gavalda, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.
La rapporteure,
A. Bayada Le président,
V. Rabaté
La greffière,
E. Tournier
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier 14 avril 2023,
La greffière,
E. Tournier
N°2300310
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026