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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300500

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300500

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300500
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 janvier 2023, M. C A, représenté par Me Bautès, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, si besoin sous astreinte, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à Me Bautès en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 en contrepartie de sa renonciation à percevoir la contribution de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur de fait et de droit dès lors que le préfet, qui n'a pas pris en compte son inscription à l'université, n'a pas procédé à un examen complet de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de ses difficultés financières et de la réalité et du sérieux des études qu'il poursuit ;

- la mesure d'éloignement est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 10 mars 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-sénégalaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Dakar le 1er août 1995 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Charvin, rapporteur ;

- et les observations de Me Balestié, substituant Me Bautès, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né en 1994, est entré en France le 28 septembre 2018 sous couvert d'un visa long séjour étudiant. Il a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étudiant qui lui a été régulièrement renouvelé jusqu'au 30 septembre 2022. Le 18 septembre 2022, M. A a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté cette demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de renouvellement du titre de séjour :

2. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour sollicité par M. A en qualité d'étudiant, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé, qui cumule quatre redoublements en première année de licence depuis 2018, ne rapportait pas la preuve d'une progression dans ses études ni du sérieux des études poursuivies. Ainsi, alors même que le préfet a également fait valoir, à tort, que le requérant ne justifiait pas d'une inscription universitaire au titre de l'année 2022-2023, cette circonstance est restée sans incidence sur l'appréciation qu'il a ainsi portée sur le caractère réel et sérieux des études poursuivies. Dès lors qu'il résulte des motifs de l'arrêté contesté que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas commis cette erreur, le moyen tiré de l'erreur de fait ainsi que celui tiré de l'erreur de droit, en tant qu'il n'aurait pas été procédé à un examen complet de la situation de M. A, ne peuvent qu'être écartés.

3. Aux termes de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures () sur le territoire de l'autre État doivent () présenter une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi (). / Les intéressés reçoivent, le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études (), ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants. ". L'article 13 de la même convention stipule : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ".

4. Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier et notamment au regard de sa progression dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d'orientation, si le demandeur peut être regardé comme poursuivant effectivement ses études.

5. Ainsi qu'il a été dit au point 2, le préfet de l'Hérault s'est fondé, pour refuser de renouveler le titre de séjour dont bénéficiait M. A en qualité d'étudiant, sur la circonstance qu'en l'absence de toute progression après quatre redoublements en licence, l'intéressé ne justifiait pas du sérieux des études poursuivies.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'après son entrée régulière en France, en septembre 2018, M. A s'est inscrit en deuxième année de licence Langues, littérature et civilisations étrangères et régionales à l'université de Lyon 2, au titre de l'année 2018-2019 puis de l'année 2019-2020 et de l'année 2020-2021. Après avoir échoué aux examens, il s'est inscrit, au titre de l'année 2021-2022, en première année de licence de musicologie- enseignement musical à l'université Montpellier 3 qu'il n'a pas réussi à valider. M. A ne justifie ainsi, après quatre années passées à étudier en France, de l'obtention d'aucun diplôme ni même de la validation d'aucun semestre susceptible d'attester d'une progression dans son cursus universitaire. Dans ces conditions, et alors même qu'il fait valoir qu'il a été confronté à des difficultés financières qui ont fait obstacle à ce qu'il trouve un logement sur Lyon, M. A ne peut être regardé comme justifiant de la réalité et du sérieux des études poursuivies. Par suite, en refusant un quatrième renouvellement du titre de séjour étudiant de M. A, le préfet de l'Hérault n'a entaché sa décision d'aucune erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de l'intéressé.

En ce qui concerne la mesure d'éloignement :

7. La décision de refus de renouvellement du titre de séjour portant la mention étudiant de M. A n'étant pas illégale, le moyen excipé de l'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Si M. A fait valoir qu'il souhaite développer une activité artistique pour laquelle sa licence en musicologie est indispensable, qu'il est impliqué dans la sphère associative et qu'il a tissé de nombreux liens amicaux en France, il est toutefois constant qu'il n'est demeuré en France que sous couvert de titres de séjour étudiant qui ne lui donnaient pas vocation à s'y installer durablement alors qu'il est célibataire, sans charge de famille et qu'il n'est pas soutenu qu'il ne disposerait pas d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché la décision contestée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 20 octobre 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de l'Hérault et à Me Bautes.

Délibéré à l'issue de l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Hervé Verguet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

Le président-rapporteur,

J. Charvin

La greffière,

M. BL'assesseur le plus ancien,

H. Verguet

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 18 avril 2023,

La greffière,

M. Bmf

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