mardi 18 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2300506 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 janvier et le 21 mars 2023, M. A E, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2023 du préfet de l'Hérault portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, à destination de l'Albanie, avec interdiction de retour d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de condamner l'Etat à payer à Me Ruffel la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai :
- il est entaché d'un vice d'incompétence ;
- il est entaché d'un défaut de base légale ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur l'illégalité de la décision fixant l'Albanie comme pays de destination :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence de son signataire ;
- elle est insuffisamment motivée, entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur d'appréciation quant aux risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine en violation des articles L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur l'illégalité de la décision d'interdiction de retour pendant un an :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une décision du 1er mars 2023 le président du bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. E l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Couégnat, rapporteure ;
- et les observations de Me Barbaroux, représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant albanais né le 24 décembre 1988, déclare être entré en France en mars 2017. Il a déposé une demande d'asile qui a été enregistrée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 12 juin 2017 en procédure accélérée. Le rejet de cette demande par l'OFPRA le 10 octobre 2017 a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 12 avril 2018. La demande de réexamen déposée par M. E le 17 juillet 2018 a été rejetée le 23 novembre 2018. Le 26 janvier 2023, M. E a été interpellé par les services de police de Montpellier et placé en garde à vue le même jour pour des faits de " recel de vol ". Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire à destination de son pays d'origine et lui a fait interdiction de retour pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Par un arrêté du 20 juillet 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, produit à l'appui de son mémoire en défense, le préfet de l'Hérault a donné délégation à Mme C B, signataire de l'arrêté, cheffe de la section éloignement de la préfecture, aux fins de signer notamment tout arrêté " ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions prises par l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. () ". Pour prendre l'obligation de quitter le territoire français contestée le préfet s'est fondé, en application des 2°, 4° et 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur les circonstances que M. E se maintient de manière irrégulière sur le territoire français depuis l'expiration de son visa, qu'il a été définitivement débouté de sa demande d'asile et qu'il a travaillé de manière illégale sans autorisation de travail ni titre de séjour. Si le requérant soutient qu'il ne lui a pas été délivré d'autorisation provisoire de séjour et qu'il n'a pas été procédé au réexamen de sa situation postérieurement à l'annulation par jugement du tribunal administratif de Nancy du 19 juillet 2018 de l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet par un arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle du 25 mai 2018, cette circonstance ne faisait pas obstacle à ce que le préfet de l'Hérault, à la date de l'arrêté contesté et après un examen complet de sa situation, regarde l'intéressé, qui, postérieurement au jugement précité a vu sa demande de réexamen de demande d'asile rejetée, comme entrant dans le champ d'application du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions et alors que les deux autres fondements de l'obligation de quitter le territoire français ne sont en tout état de cause pas contestés, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.
4. M. E, célibataire et sans enfant, n'apporte pas d'éléments suffisants pour établir la continuité de son séjour depuis le rejet définitif de sa demande d'asile. S'il se prévaut de la présence en France d'une sœur en situation régulière, il n'établit pas être isolé dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans. Compte tenu notamment de ses déclarations relatives à l'exercice d'un travail sans autorisation et de son interpellation pour recel de vol, il ne peut être regardé comme justifiant d'une quelconque intégration. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision contestée ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
5. Aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ". Selon l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ". L'article L. 721-3 du même code dispose que " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". En vertu du dernier alinéa de l'article L. 721-4 de ce code, un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950.
6. Le préfet, qui a visé les articles cités au point précédent, mentionne dans son arrêté la nationalité du requérant, rappelle les décisions de rejet de sa demande d'asile et précise que l'intéressé ne prouve pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. La décision fixant le pays de destination est ainsi suffisamment motivée.
7. Il ne ressort ni des termes de la décision ni des pièces du dossier, qui font apparaître que le requérant n'a fait état lors de son audition que de difficultés économiques en cas de retour dans son pays d'origine, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de l'intéressé.
8. Si M. E soutient dans sa requête avoir été condamné dans son pays d'origine pour des faits qu'il n'a pas commis et y avoir subi à plusieurs reprises des mauvais traitements en raison de son appartenance à la communauté Rom, il ne produit pas d'élément à même d'établir la matérialité de ces allégations alors que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 10 octobre 2017, décision confirmée par la CNDA le 14 avril 2018. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les stipulations précitées ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en prenant l'arrêté en litige.
Sur l'interdiction de retour d'une durée d'un an :
9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour fixer la durée de l'interdiction de retour, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
10. Le requérant ne justifie pas d'une présence ancienne sur le territoire national, où il ne dispose d'aucune cellule familiale. S'il affirme n'avoir commis aucune infraction, il ressort des pièces du dossier que la décision contestée a été prise à l'issue d'une garde à vue dont il a fait l'objet pour des faits de recel de vol. Dans ces conditions et même si la précédente obligation de quitter le territoire français dont il avait fait l'objet a été annulée, l'ensemble des circonstances propres à sa situation personnelle est de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, qui n'est pas en l'espèce disproportionnée, la circonstance qu'il n'ait pas cherché à se cacher étant sans incidence sur cette appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 27 janvier 2023 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de M. E à fin d'injonction de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, au préfet de l'Hérault et à Me Ruffel.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Jérôme Charvin, président,
M. Hervé Verguet, premier conseiller,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.
La rapporteure,
M. Couégnat
Le président,
J. Charvin
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 18 avril 2023
La greffière,
M. D
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026