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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300584

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300584

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300584
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantZEKRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 janvier 2023, M. A B, représenté par

Me Zekri, a saisi le tribunal administratif de Paris.

Par une ordonnance en date du 31 janvier 2023, le Président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Montpellier les conclusions de la requête présentée par M. B, en application des articles R.776-15 et R.312-8 du code de justice administrative.

M. B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 janvier 2023 du préfet de police de Paris ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention vie privée et familiale en sa qualité de parent d'enfants français, et, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui remettre, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 € sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision n'est pas motivée dès lors que le préfet de police de Paris n'a pas porté d'appréciation concrète sur sa situation personnelle et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il est père de deux enfants français et dispose de liens stables et intenses avec la France où il réside depuis 10 ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2023, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre une décision inexistante, sa décision du 26 janvier 2023 étant une décision de placement en rétention administrative et non une décision d'obligation de quitter le territoire français.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Souteyrand.

Considérant ce qui suit :

1. M A B, ressortissant égyptien né le 20 octobre 1984, déclare être entré en France en 2010 et y vivre depuis cette date. Il a présenté une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français qui a été rejetée par une décision du 21 septembre 2021. Le 5 décembre 2022, le préfet de la Seine Saint-Denis a pris à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français, à destination du pays dont il a la nationalité, ou qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité, ou de tout autre pays dans lequel il établit être légalement admissible, et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. Cette décision lui a été notifiée le 5 décembre 2022. Le 26 janvier 2023, le préfet de police de Paris a pris à son encontre, en se référant à l'obligation de quitter le territoire français du 5 décembre 2022, une décision de placement en centre de rétention administrative.

2. Si la requête présentée par M. B mentionne comme décision attaquée la décision du préfet de police de Paris du 26 janvier 2023, il y a lieu, eu égard aux moyens qu'il développe dans la requête de les regarder dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en date du 5 décembre 2022 dont il n'est pas établi, par les pièces du dossier, qu'elle est devenue définitive.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. L'article L. 211-2 du code de relations entre le public et l'administration dispose : " les personnes physiques () ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code, la motivation ainsi exigée " doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit ou de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. L'arrêté du 5 décembre 2022 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 311-1, L. 611-1 à

L. 611-3, L. 612-6, et le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 121-1. Le préfet de la Seine Saint-Denis a rappelé la date d'entrée en France de

M. B et l'historique de sa situation sur le territoire. Ainsi, l'arrêté du 5 décembre 2022 comporte, de manière circonstanciée permettant à M. B de les discuter, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. De la même manière, il ne ressort ni des termes de l'arrêté ni des pièces du dossier que le préfet de Seine Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. B avant de prendre sa décision. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " l'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° l'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 3° l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ; 5° le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace à l'ordre public ; 6° l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L.5221-5 du code du travail. () " Aux termes de l'article L. 611-3 du même code, " ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° l'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () " Par ailleurs l'article L. 423-7 du même code prévoit que " l'étranger qui est père () d'une enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention ''vie privée et familiale'' d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Enfin, l'article L. 423-23 du même code dispose que " l'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles ()

L. 423-7, () ou dans celles ouvrant droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention ''vie privée et familiale'' d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L.412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () " Il résulte de ces dispositions qu'un étranger qui peut bénéficier de plein droit d'un titre de séjour, notamment en qualité de parent d'enfant mineur français résidant sur le territoire français, ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

6. Pour fonder sa décision du 5 décembre 2022, le préfet de Seine Saint-Denis a retenu que M. B ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, se trouve en situation irrégulière depuis le rejet le 21 septembre 2021 de sa demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, n'a effectué aucune démarche en vue de régulariser sa situation, qu'il a déclaré exercer illégalement une activité professionnelle, qu'il constitue une menace pour l'ordre public en ce qu'il a été interpellé pour des faits de violences, qu'il est également connu au fichier automatisé des empreintes digitales dans des procédures d'infractions à la législation sur les stupéfiants, de conduite d'un véhicule sans permis, de dégradations du bien d'autrui.

7. En premier lieu, si M. B soutient qu'en sa qualité de parent d'enfant mineur français résidant sur le territoire français, il est éligible à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et dispose d'une protection contre l'éloignement en application de l'article

L. 611-3 du même code, cette situation de parent d'enfant mineur français résidant sur le territoire français ne ressort pas des pièces du dossier, M. B se bornant à affirmer être père de deux enfants français âgés de 5 et 7 ans, sans produire aucun justificatif venant corroborer ses dires. Par ailleurs, à supposer qu'il soit effectivement parent de deux enfants français mineurs résidant sur le territoire français, il n'apporte aucun élément établissant qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de ces enfants et il ressort de ses déclarations devant les services de police, d'une part, que ceux-ci ne sont pas à sa charge, et, d'autre part, qu'il a, dans le cadre d'un contrôle judiciaire prononcé le 19 juillet 2021, interdiction d'entrer en relation avec la mère de ceux-ci à la suite d'une procédure judiciaire pour des chefs de violences par conjoint. Ainsi, le préfet de la Seine Saint Denis n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 423-7 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En second lieu, si M. B soutient qu'il dispose de liens stables et intenses avec la France où il réside depuis plus de dix ans, il résulte des textes précités que ces liens ne peuvent être ceux tirés de sa qualité de parent d'enfant français. Il ressort des propres déclarations de M. B, lors de son audition par les services de police, qu'il est séparé de celle qu'il indique être la mère de ses enfants et ne vit avec sa nouvelle compagne que depuis le 1er avril 2022, ces éléments étant purement déclaratifs, M. B ne versant à la procédure aucune pièce venant au soutien de ses dires. S'il déclare travailler régulièrement, il admet que, du fait de sa situation administrative irrégulière sur le territoire français, ce travail est exercé de manière non déclarée. Ainsi, il n'est pas établi que M. B dispose en France de liens intenses et que son éloignement du territoire français porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le préfet de Seine Saint Denis n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté et que la requête de M. B dirigée contre la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français doit être rejetée.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de 24 mois :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit sa décision obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " L'article L.612-10 du même code précise que " pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L.612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

11. A supposer que M. B ait également entendu contester la décision de refus par le préfet de la Seine Saint-Denis de lui accorder un délai de départ volontaire, le moyen tiré du fait qu'il est parent d'enfant mineur français résidant en France, seul moyen soulevé par l'intéressé, est inopérant au regard de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté et que la requête de M. B dirigée contre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Il résulte de tout ce qui précède que, par voie de conséquence du rejet des conclusions en annulation, les conclusions à fins d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de police de Paris et au préfet de la Seine Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023 à laquelle siégeaient :

M. Souteyrand, président,

M. Huchot, premier conseiller,

Mme Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023

Le président-rapporteur,

E. Souteyrand

L'assesseur le plus ancien,

N. Huchot La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 20 avril 2023.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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