vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2300592 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | SCP VIAL-PECH DE LACLAUSE-ESCALE-KNOEPFFLER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er février 2023, Mme F C A, représentée par Me Sergent , demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2023 par lequel le préfet des Pyrénées orientales l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur de fait ;
- elle méconnaît les dispositions du 1°de l'article L.731-1 et du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales représentée par la SCP Vial Pech de Laclause Escale Knoepffler Huot Piret Joubes conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Villemejeanne, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 février 2023 :
- le rapport de Mme Villemejeanne, magistrate désignée ;
- les observations de Me Sergent , représentant Mme C A, non présente, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Danet, représentant le préfet des Pyrénées-Orientales qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 16 août 2022 le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de délivrer un titre de séjour " ressortissante communautaire " à Mme C A, ressortissante espagnole née le 30 septembre 1985 et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. La légalité de cet arrêté a été confirmé par jugement n°2204697 du Tribunal administratif de Montpellier du 30 décembre 2022. Par arrêté du 31 janvier 2023 le préfet des Pyrénées-Orientales portant assignation à résidence pendant une durée de 45 jours avec obligation de présentation aux services de la police aux frontières de Perpignan tous les mercredis à 14h00. Mme C A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement Mme C A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. E D, directeur de la citoyenneté et de la migration de la préfecture des Pyrénées-Orientales. Par un arrêté n° 2022235-007 du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs du même jour, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. D pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
4. L'arrêté attaqué vise les circonstances de droit sur lesquelles ils se fondent et notamment le 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise en outre que Mme C A fait l'objet d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours le 16 août 2022 et que le recours contre celui-ci a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Montpellier du 30 décembre 2022, que la requérante n'a pas mis à exécution la mesure d'éloignement et que l'exécution de cette mesure demeure une perspective raisonnable. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni même de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme C A. En particulier, et d'une part, il ressort des termes de la décision attaquée, que le préfet a examiné si la requérante pouvait prétendre à un titre de séjour " admission exceptionnelle ". D'autre part, il doit être regardé comme ayant examiné la demande d'abrogation de la mesure d'éloignement du 16 août 2022 dont il avait été saisi la veille de sa décision puisqu'il précise " qu'au vu des éléments du dossier " la requérante ne " saurait () se prévaloir des dispositions de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relative aux protections juridiques contre les mesures d'éloignement ". Enfin, il a considéré qu'elle ne " faisait valoir aucun élément susceptible d'empêcher son éloignement à destination de son pays d'origine ". Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle doit être écarté.
6. En quatrième lieu, Mme C A ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de la mesure d'assignation à résidence en litige des dispositions du 5° de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui régissent les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant et doit être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants ; / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". ". L'article L. 732-3 du même code prévoit que : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ". Aux termes de l'article L. 733-1 de ce code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins d'un an avant la décision contestée, et le délai qui lui a été accordé pour quitter volontairement le territoire français était expiré à la date d'édiction de l'arrêté contesté. La requérante se prévaut que l'un de ses enfants, l'enfant B, né le 11 juin 2020 à Perpignan, serait français et qu'elle a déposé le 10 janvier 2023 une demande de délivrance d'un certificat de nationalité française auprès du Tribunal judiciaire de Perpignan. Mais la date de la demande de certification de nationalité français est très récente et aucun autre élément au dossier ne permet de considérer que le traitement de sa demande serait imminent. Aussi, les circonstances invoquées par la requérante sont par elles-mêmes insuffisantes pour établir que son éloignement à destination de l'Espagne ne constituerait pas une perspective raisonnable au sens des dispositions précitées. C'est donc à bon droit que le préfet a estimé qu'il n'existait pas de changement dans les circonstances de fait ou de droit de nature à faire obstacle à l'exécution de la mesure d'éloignement dans une perspective raisonnable et a assigné à résidence Mme C A sur le fondement de l'article L. 731-1 précité. Par suite, les moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'erreur de fait et de droit au regard de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, () à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales () ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
10. La décision en litige se borne à imposer à Mme C A de se rendre tous les mercredis à 14 heures, accompagné de ses enfants mineurs, dans les locaux de la police aux frontières située sur le territoire de la commune où elle réside. La requérante ne peut se borner se prévaloir de sa qualité de mère célibataire ayant en charge quatre enfants mineurs et à faire état sans davantage de précisions que cette obligation de pointage entraînerait des " difficultés d'organisation ", des " angoisses ". En tout état de cause, compte tenu des conditions de l'obligation de pointage, ces circonstances alléguées à les supposer mêmes établies ne peuvent, par elle-même suffire à caractériser une atteinte à sa vie privée et familiale ni même une atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants. Il en va de même s'agissant de la circonstance selon laquelle le mercredi constitue le jour de repos de ses enfants. Ainsi, l'assignation à résidence en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa vie et privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
11. En dernier lieu, eu égard aux motifs exposés aux points 5, 8 et 10 la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'assignation à résidence contestée serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 31 janvier 2023 par lequel le préfet des Pyrénées orientales l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, comme les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, quelque somme que ce soit au titre des frais liés au litige. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme C A, une quelconque somme à verser à l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1 er : Mme C A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet des Pyrénées-Orientales au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F C A, à Me Sergent et au préfet Pyrénées-Orientales.
Fait à Montpellier le 10 février 2023.
La magistrate désignée,
P. Villemejeanne
La greffière,
C. Touzet
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées orientales en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 10 février 2023
La greffière,
C. Touzet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026