Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par un mémoire enregistré le 02 février 2023, M. A... B..., représenté par Me Large-Jaeger, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 20 janvier 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et l’a informé de son signalement aux fins de non admission dans le système Schengen pour la durée de l’interdiction de retour ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur les moyens dirigés contre l’ensemble des décisions :
- elles sont entachées d’un vice d’incompétence faute de délégation de signature régulière ;
- elles ne respectent pas les garanties procédurales dès lors que leur notification s’est faite avec l’assistance d’un interprète non inscrit sur le registre arrêté par le procureur de la république ;
- elles n’indiquent pas les éléments de droit qui les motivent.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors que la menace à l’ordre public n’est pas caractérisée.
Sur la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors que le préfet n’établit pas le risque de fuite.
Sur la décision d’interdiction de retour et de signalement aux fins de non-admission dans l’espace Schengen pour la durée de l’interdiction :
- elle porte une atteinte disproportionnée à ses intérêts au regard de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 8 février 2023 la clôture de l’instruction a été fixée au 13 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Souteyrand, président-rapporteur ;
- et les observations de Me Agier, représentant le préfet des Pyrénées-Orientales.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 23 janvier 2023 le préfet des Pyrénées-Orientales a pris à l’encontre de M. B..., ressortissant Serbe né en 1975 et écroué depuis le 25 novembre 2022 au centre pénitentiaire de Perpignan, un arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai, assorti d’une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans. Il a également prononcé le signalement de M. B... aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen pour la durée de l’interdiction de retour. M. B... demande l’annulation de l’ensemble de ces décisions.
Sur les moyens dirigés contre l’ensemble des décisions :
2. En premier lieu, l’arrêté attaqué a été signé par Monsieur D... C..., directeur de la citoyenneté et de la migration de la préfecture des Pyrénées-Orientales qui bénéficie d’une délégation de signature l’habilitant à signer les décisions « mettant en œuvre les mesures d’éloignement concernant les ressortissants étrangers en situation irrégulière » en vertu d’un arrêté n°2022235-0007 du 23 août 2022. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 614-14 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « En cas de détention de l’étranger, celui-ci est informé dans une langue qu’il comprend, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qu’il peut, avant même l’introduction de sa requête, demander au président du tribunal administratif l’assistance d’un interprète ainsi que d’un conseil ». M. B... ne peut utilement se prévaloir de la circonstance que la notification de l’arrêté attaqué a été faite par le truchement d’un interprète incompétent, circonstances liées aux modalités de notification de l’arrêté et qui sont sans incidence sur la légalité des décisions qu’il contient. Dès lors ce moyen est inopérant.
4. En troisième lieu, l’arrêté en litige mentionne les dispositions normatives applicables, notamment le 5° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et les circonstances de faits relatives à la situation de M. B... qui le fondent. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement en mesure le requérant de discuter les motifs de l’arrêté. Par suite, le moyen tiré du défaut de fondement doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité (…) / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public (…) ».
6. Il ressort de l’arrêté litigieux que M B... ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu’il n’a pas sollicité de titre de séjour depuis son arrivée en France. Il ressort également de la décision attaquée qu’il a été condamné le 25 novembre 2022 à une peine de 3 ans d’emprisonnement dont 2 avec sursis par le tribunal correctionnel de Perpignan pour des faits de « transport non autorisé de stupéfiants et détention non autorisée de stupéfiants ; trafic et transport de marchandise dangereuse pour la santé publique sans document justificatif régulier ; fait réputé d’importation en contrebande ». Il suit de là que le comportement personnel de l’intéressé constitue une menace pour l’ordre public. Par suite, le préfet a fait une exacte appréciation de la situation du requérant.
Sur la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire :
7. D’une part, aux termes de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public (…) / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. » ; au termes de l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour (…) / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce (…) qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ».
8. L’arrêté attaqué vise les textes dont il fait l’application, notamment les articles précités. Il précise, d’une part, que M. B... constitue une menace pour l’ordre public en raison de la condamnation pénale dont il a fait l’objet et, d’autre part, qu’il existe un risque qu’il puisse se soustraire à la décision portant obligation de quitter le territoire français du fait qu’il ne peut justifier d’une domiciliation fixe et stable et de l’insuffisance des liens dont il peut se prévaloir avec la France. Par suite le moyen tiré de la mauvaise appréciation du risque de fuite du requérant par le préfet ne peut qu’être écarté.
Sur la décision d’interdiction de retour sur le territoire français :
9. Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour (…) ». Par ailleurs, aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour (…), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France (…) et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (…) ». Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
10. Il ressort de l’acte attaqué que la durée de l’interdiction de retour sur le territoire français est fixée à 3 ans. Pour justifier cette mesure, la décision retient que les liens personnels et familiaux en France de Monsieur B... ne sont pas plus anciens, intenses et stables que ceux dont il dispose dans son pays d’origine ou résideraient son épouse et ses deux enfants selon ses propres déclarations. En outre, la seule circonstance, à la supposer établie, que son activité professionnelle soit affectée par la décision litigieuse, ne peut suffire à caractériser une atteinte à sa vie privée familiale au sens de l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur les conclusions tendant à l’annulation du signalement de M. B... aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen :
11. Aux termes de l’article L. 613-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu’il fait l’objet d’un signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen (…) ». Lorsqu’elle prend, à l’égard d’un étranger, une décision d’interdiction de retour sur le territoire français, l’autorité administrative se borne à informer l’intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la décision d’interdiction de retour sur le territoire français. Il suit de là que les conclusions à fin d’annulation de cette mesure sont irrecevables et doivent être rejetées.
12. Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d’annulation présentées par M. B... à l’encontre de l’arrêté du 20 janvier 2023 pris par le préfet des Pyrénées-Orientales. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions présentées au titre des frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet des Pyrénées-Orientales.
Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Eric Souteyrand, président,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller,
Mme Audrey Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.
Le président-rapporteur,
E. SouteyrandL’assesseur le plus ancien,
N. Huchot
La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées- Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 20 avril 2023.
La greffière,
M-A. Barthélémy