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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300630

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300630

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantAYADI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 février 2023, M. A B, représenté par Me Ayadi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 septembre 2022 par laquelle le préfet de l'Hérault a retiré le titre de séjour pluriannuel dont il était titulaire ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- son recours est recevable et a notamment été introduit dans les délais de recours ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure car ses observations, qui ont au demeurant été envoyées dans le délai, n'ont pas été prises en compte ;

- la décision est insuffisamment motivée au regard de sa situation familiale ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

Par un mémoire en défense enregistré le 29 avril 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 7 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lesimple, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain, né en 1981 a bénéficié de cartes de séjour temporaires délivrées au titre de sa vie privée et familiale, valables du 20 novembre 2014 au 29 janvier 2017. Il a ensuite bénéficié de cartes de séjours pluriannuelles en qualité de parent d'enfant français, valables du 13 février 2017 au 12 février 2023. Par décision du 13 septembre 2022 le préfet de l'Hérault a décidé de lui retirer la carte pluriannuelle valable du 13 février 2021 au 12 février 2023 pour lui substituer une carte de séjour d'une durée d'un an. M. B demande l'annulation de la décision de retrait de sa carte de séjour pluriannuelle.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique ". L'article L. 211-2 de ce même code comprend notamment les décisions retirant une décision créatrice de droits.

3. Il ressort des pièces du courrier que M. B a été informé par courrier du 5 août 2022 que le préfet envisageait un retrait de son titre de séjour compte tenu d'une condamnation récemment prononcée à son encontre caractérisant la menace à l'ordre public que son comportement constitue. M. B était alors invité à faire valoir ses observations dans un délai de 15 jours à compter de la réception dudit courrier. Si le requérant établit avoir réceptionné ce courrier le 12 août 2022, et non le 11 août ainsi que le soutient le préfet, il n'en demeure pas moins qu'il a adressé ses observations par courrier du 29 août 2022, vraisemblablement notifié le 30 août 2022, soit après le délai de 15 jours qui lui était imparti et qui ne constituait pas un délai franc. Dans ces conditions, et alors que le requérant ne soutient pas que le délai qui lui aurait été initialement laissé aurait été insuffisant, c'est sans commettre d'erreur de procédure que le préfet a pu relever dans la décision en litige que l'intéressé n'avait pas présenté d'observations dans le délai qui lui était imparti.

4. En deuxième lieu, le préfet a visé les considérations de droit et de fait qui fondent le sens de sa décision, permettant au requérant d'utilement la contester. Il a notamment fait état de la condamnation récente de l'intéressé, le 9 février 2022, à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour violence suivie d'une incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire. Si M. B fait grief au préfet de ne pas avoir pris en compte sa situation familiale dans la mesure où la domiciliation de ses cinq enfants, issus de trois mères différentes, et dont certains sont français, est établie à ses côtés, le préfet a estimé que le respect de la vie privée et familiale de M. B justifiait la délivrance d'un titre de séjour d'une durée d'un an. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B assume effectivement la charge et l'éducation de ses cinq enfants, dont l'un au moins est français. Toutefois, alors même qu'il n'allègue ni même établit que sa compagne actuelle et leurs enfants seraient de nationalité française, M. B ne justifie pas de l'ancrage de sa vie privée et familiale sur le territoire. En tout état de cause, il est constant que le préfet lui a délivré un titre de séjour d'une durée d'un an en qualité de parent d'enfant français dont il peut, le cas échéant, solliciter le renouvellement. Dans ces conditions, et alors que la condamnation qui a été infligée à l'intéressé tend à atténuer la force des attaches qu'il allègue sur le territoire français, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet a pu prendre la décision en litige.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du 13 septembre 2022 par laquelle le préfet de l'Hérault a décidé de lui retirer la carte pluriannuelle valable du 13 février 2021 au 12 février 2023 pour lui substituer une carte de séjour d'une durée d'un an. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. C, au préfet de l'Hérault et à Me Ayadi.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

A. Farell

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 19 septembre 2024.

La greffière,

A. Farell

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